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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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antiracisme

Contre le racisme, la parole décomplexée et la suspicion permanente : pour l’égalité et la dignité :

Publié le 4 mai 2026

Tribune publiée sur Médiapart le 4 mai 2026

Nous, syndicalistes, élu·es politiques, acteurs et actrices associatifs, artistes, sportifs, journalistes, chercheur·euses, écrivain·es, intellectuel·les et citoyen·nes engagé·es, directement concerné·es par les discriminations liées à nos origines réelles ou supposées,

En France, en 2026, trop nombreuses sont celles et ceux d’entre nous qui vivent encore sous le poids d’un soupçon permanent. Un soupçon diffus, persistant, qui ne repose ni sur des actes ni sur des faits, mais sur un nom, une apparence, une histoire familiale. Trop souvent, nous sommes renvoyé·es à une altérité, maintenu·es à distance, placé·es sous une forme de mise en doute permanente. Ce soupçon n’est pas seulement individuel : il est devenu un fait politique. Il structure une partie du débat public, alimente des stratégies de division et fragilise le pacte démocratique lui-même.

Depuis quelques années, un seuil a été franchi. Une parole raciste s’est installée, plus libre, plus assumée. Dans l’espace public comme dans le débat médiatique, des propos qui auraient autrefois suscité une condamnation claire sont désormais banalisés, relativisés, parfois même revendiqués. Cette évolution n’est pas anodine : elle légitime des comportements, elle autorise des discriminations, elle installe un climat qui pèse concrètement sur nos vies. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de radicalisation du débat public, où l’obsession identitaire remplace les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques, et où certain-es cherchent à diviser la population plutôt qu’à construire un avenir commun.

Il est essentiel de rappeler que ces situations ne relèvent ni du hasard ni de cas isolés, mais sont le produit de constructions sociales et de stéréotypes profondément ancrés. À ce titre, il relève également de la responsabilité de nos organisations d’en assurer la déconstruction, au même titre que pour les autres formes de discriminations. Cela suppose de regarder en face les logiques systémiques à l’œuvre, y compris lorsqu’elles traversent nos propres institutions, et de refuser les dénis qui empêchent d’agir.

Ces mécanismes se traduisent de manière très concrète dans le monde du travail. À chaque étape des parcours professionnels, des inégalités persistent : difficultés d’accès à l’emploi, tri des candidatures sur des critères implicites, inégalités de traitement à compétences égales, freins dans les évolutions de carrière, plafonds invisibles, formes de mise à l’écart ou de disqualification plus ou moins explicites. Ces expériences, largement partagées, sont encore trop souvent minimisées ou invisibilisées, alors même qu’elles participent à la reproduction d’inégalités structurelles.

Nous le constatons également dans l’accès au logement, dans les interactions avec les institutions, dans les parcours professionnels ou politiques : le doute précède trop souvent la reconnaissance. À compétences égales, l’égalité ne va pas de soi. À engagement égal, la légitimité est questionnée.

Et lorsque nous accédons à des responsabilités — qu’elles soient syndicales, politiques, associatives, culturelles, sportives, médiatiques ou universitaires — l’exposition est plus forte encore. Il est trop fréquent que les attaques ne portent pas seulement sur nos idées ou nos actions, mais sur ce que nous sommes. Notre place est interrogée, notre loyauté suspectée, notre présence contestée. Cette mise en cause permanente n’est pas seulement injuste : elle vise à décourager, à invisibiliser, à exclure des voix qui dérangent parce qu’elles portent une exigence d’égalité réelle.affiche-racisme3

Nous ne l’acceptons pas.

Nous refusons que cette banalisation de la parole raciste devienne la norme. Nous refusons de devoir en permanence justifier notre place. Nous refusons que l’égalité reste un principe abstrait quand elle devrait être une réalité concrète.

Le racisme n’est pas une opinion. C’est une atteinte directe à la dignité et aux droits. Ce que nous vivons n’est pas marginal : c’est le reflet de mécanismes profonds qui traversent encore notre société.

Nous affirmons simplement que nulle personne ne doit, du fait de son origine, de sa religion, de sa couleur de peau,
prouver sa légitimité ;
s’excuser d’être là ;
accepter d’être traitée différemment.

Nous appelons à une prise de responsabilité collective.

Dans les institutions qui ont l’obligation de garantir une égalité réelle.
Dans les organisations syndicales, politiques et associatives qui doivent faire vivre des pratiques cohérentes avec les valeurs affichées.
Dans les médias que nous appelons à rompre avec les représentations biaisées, à refuser toute complaisance envers les discours racistes et à faire à nouveau une place substantielle à la parole antiraciste aujourd’hui largement marginalisée.

Dans l’ensemble de la société où chacun·e porte la responsabilité d’agir individuellement ou collectivement pour ne plus laisser passer ce qui ne devrait jamais l’être. Nous appelons aussi à reconstruire un récit commun fondé sur l’égalité, la justice et la dignité, face aux logiques de peur, de rejet et de hiérarchisation des vies.

Nous appelons aussi à reconnaître pleinement ce que nous apportons — dans tous les domaines — à la vie sociale, culturelle, économique et démocratique du pays.

Notre parole est une parole d’expérience. Elle ne cherche ni à opposer ni à diviser, mais à nommer une réalité pour mieux la dépasser. Elle est aussi une parole d’espoir : celle d’une société capable de se regarder lucidement pour devenir plus juste.

Parce qu’aucune société ne tient durablement sur l’injustice,
Parce que l’égalité ne peut rester une promesse,
Parce que la dignité ne se négocie pas,
Parce que la démocratie ne peut survivre à la banalisation du racisme,
Nous prenons la parole, ensemble. Pour l’égalité et pour la dignité.

Premiers signataires :

Tayeb Khouira : secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires
Véronique Poulain : trésorière nationale de l’Union syndicale Solidaires
Sophie Vénétitay : secrétaire générale du SNES-FSU
Myriam Lebkiri : secrétaire confédérale CGT
Kevin Razy : artiste
Nathalie Tehio : présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme)
Neyla LAKHDAR : Secrétaire SUD SOLIDAIRES BHV MARAIS
Sabina Issehnane : économiste
Mourad Guichard : journaliste indépendant
Mounir Satouri : député européen
Sandra Nkaké : artiviste, auteure-compositrice, chanteuse et productrice
Mélissa Laveaux : autrice-compositrice-interprète
Youlie Yamamoto : porte-parole d’Attac France
Jean-Benoit Diallo : humoriste
Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse
Dominique Sopo : président de SOS Racisme
Bally Bagayoko : maire de Saint-Denis / Pierrefitte-sur-Seine
Allan Barte : auteur de BD
Solène Brun : sociologue, chargée de recherche au CNRS
Lionel Crusoé : avocat au barreau de Paris
Haidari Nassurdine : président du CRAN
Aminata Niakaté : maire adjointe de Paris

Cécile Chathuant : porte-parole de Solidaires Jeunesse et Sports
Abdelkrim Bichkou : humoriste
Fatoumata Koné : maire adjointe de Paris
Nicolas Macumi : artiste-auteur, documentariste
Kader Chibane : président du Pôle écologiste d’Île-de-France
Nadège Meden : artiste lyrique
Carlos Martens Bilongo : député du Val-d’Oise
Lucie Chhieng : artiste (Planète Boum Boum)
Nacer El Idrissi : président de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)
Mélissa Camara : députée européenne
Ali Mouni (Alee) : musicien
Seinde Doucouré : adjointe au maire du 13e arrondissement de Paris
Hakim Pas Possible : vidéaste
Annie Lahmer : conseillère régionale
Mourad Musset : artiste musicien
Béchir Saket : conseiller de Paris
Myssa : artiste
Ibrahim Chenouf : conseiller municipal délégué
Nawel Ben Kraïem : artiste chanteuse
Samir Allel : sociologue
Danièle Obono : députée
HK : artiste chanteur
Nadia Azoug : première maire adjointe de Pantin, vice-présidente du conseil départemental 93
Mustapha Amokrane : artiste (membre du groupe Zebda)
Mehdy Belabbas : président de l’association Pour la mémoire, contre l’oubli
Aziz Oguz : journaliste
Michaël Nguyen : conseiller municipal de Schiltigheim et conseiller de l’Eurométropole de Strasbourg
Aurore KESSAÏ membre du Conseil Syndical Asso Solidaires
Irène Ansari : coordinatrice de l’association Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie (LFID)
Remy El Sibaïe : photographe
Hanan El Adraoui : conseillère départementale Blois 1 (Loir-et-Cher)
Hocine Rouagdia : journaliste
Rachel Keke : ancienne députée du Val-de-Marne
Goundo Diawara : adjointe au maire de Saint-Denis
Akli Mellouli : sénateur
Vincent Nativel : secrétaire adjoint SUD Logement Social
Nellie Rebib : secrétaire adjointe SUD Protection sociale
Mohamed Diaby : trésorier fédéral de SUD Solidaires des transports urbains et interurbains
Rémy Chabbouh : porte-parole du syndicat SUD SDIS
Camille Cordeau : co-porte-parole du syndicat Solidaires-Météo
Dalila Arab : première adjointe à la mairie de Sevran
Pouria Amirshahi : député
Elisabeth Abanda Ayissi : responsable de la commission antiracisme des Écologistes
Iman El Feki : doctorante, Université de Strasbourg
Imane El Hamzaoui : coordination nationale LFI (antiracisme)
Mohamed Gnabaly : maire de L’Île-Saint-Denis
Samia Lakehal : trésorière nationale des Écologistes
Slimane Tirera : président du GIST
Modibo Tounkara : président de l’association PEREFORMANT
Salima Zerroun : maire adjointe de Rosny-sous-Bois
AJAR (Association des journalistes antiracistes et racisé.e.s)

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Conditions de travail Vidéo

Lutter contre l’externalisation -Table ronde SUD Culture, SUD PTT et Solidaires du 7 avril 2026 [vidéo]

Publié le 5 mai 2026

Agent·es d’accueil, de surveillance, de médiation… Depuis plusieurs années, les salarié·es du secteur culturel se mobilisent contre leurs conditions de travail dégradées. Ces salarié·es ont en commun de travailler pour des sous-traitants dans les établissements culturels.
Toutes les missions caractéristiques d’un musée sont sous-traitées à des entreprises, dont l’unique but est le profit financier !

Depuis 2024, les syndicats Sud Culture, Sud PTT (P2ST), et Solidaires ont déposé 8 plaintes contre ces musées et leurs prestataires, pour dénoncer un prêt de main d’œuvre illicite.
Le 7 avril, les travailleur·euses et les avocat·es se sont réuni·es pour expliquer leur combat : quelles sont les conséquences concrètes de l’externalisation sur leur travail, et comment la voie judiciaire peut être un outil de la lutte.


Captation : Nicolas de Sud culture Solidaires Montage : Thibaud de Sud Culture Solidaires Enregistré dans les locaux de l’Union syndicale Solidaires le 7 avril 2026

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Ruralité

SUD Rural-Territoires Le dialogue social est au point mort, nous prenons nos responsabilités !

COMMUNIQUÉ INTERSYNDICAL

À l’attention de l’ensemble des agents du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire et de ses opérateurs.

Le mardi 5 mai 2026, l’ensemble des organisations syndicales représentatives du ministère a pris une décision unanime : le boycott du Comité Social d’Administration Ministériel (CSAM) et des instances nationales de dialogue social à venir.

Pourquoi ? Toutes font le constat amer d’un dialogue social de façade !

Depuis trop longtemps, nous dénonçons une dégradation alarmante de la qualité de nos échanges avec l’administration. Ce qui devrait être un véritable espace de construction et de respect est devenu une sorte de « chambre d’enregistrement » vidée de sa substance.

Les dysfonctionnements qui ont conduit à cette rupture sont de plusieurs natures :

  • Mépris du calendrier : Reports et décalages de dernière minute qui témoignent d’un manque total de considération.
  • Opacité documentaire : Des documents préparatoires transmis au mieux quelques heures avant les réunions, empêchant toute analyse sérieuse et des directions générales parfois absentes des instances nationales.
  • Silence administratif : Les alertes sur des situations individuelles ou collectives restent trop souvent sans réponse.
  • Déni de réalité : Face à la souffrance au travail et au manque de moyens, l’administration répond par un « tout va bien » déconnecté du terrain.

Un ministère en souffrance, des agents à bout de souffle

Partout, en administration centrale, en services déconcentrés (DDI, DRAAF), au sein des opérateurs ou dans l’enseignement agricole, la surcharge de travail est devenue structurelle. On empile les priorités comme les missions, et l’urgence du lendemain chasse celle de la veille pas encore réglée !

Les agents portent seuls les défaillances d’un système qui s’essouffle.

Nos exigences pour une reprise du dialogue

Ce boycott n’est pas une démission, mais un signal d’alarme ferme. Nous ne reviendrons à la table des discussions que lorsque l’administration apportera des garanties concrètes :

  • Le respect d’un calendrier social établi en concertation.
  • La transmission des documents avant chaque instance et groupe de travail dans les délais réglementaires.
  • Des réponses écrites et précises à toutes nos sollicitations en suspens… à commencer par un accusé de réception.
  • La tenue des engagements pris sur des dossiers majeurs (ASMA, rémunérations, AESH…).

Par souci de responsabilité envers les agents et les enjeux de service public, nous maintiendrons uniquement notre présence sur les dossiers individuels ou urgents (RESET/Brexit, CAP, CCP, conseils médicaux, …).

Les agents du ministère méritent mieux qu’un dialogue de façade. Nous attendons désormais de vrais actes.

Vos représentants reviendront à la table des discussions lorsque le ministère programmera un CSA ministériel abordant l’ensemble de ces points dans le cadre d’un dialogue constructif.

L’ensemble des organisations syndicales du Ministère de l’Agriculture.

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(re)Penser notre syndicalisme Accueils Solidaires 78 Autogestion

Mardi 5 mai Accueil syndical Solidaires 78

Spécial organisation journée Révolution espagnole 1936 – 2026

Comme nous l’avions fait en 2021 pour les 150 ans de la Commune de Paris, nous prévoyons d’organiser fin juin / début juillet une journée autour de la révolution espagnole de 1936.

Nous avons besoin de monde – et de projets ! – pour cette rencontre, c’est l’objet de l’accueil syndical de ce mardi 5 mai

Librairie la Nouvelle Réserve, Limay

Entrée libre & gratuite de 17 à 20 h

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Idées, débats, cultures

12 mai formation sur la monnaie (Attac)

La quatrième et dernière séance du cycle économie du plan de formation d’Attac portant sur la monnaie se tiendra mardi 12 mai de 18h30 à 20h30. Pour cette séance, nous recevrons Jezabel Couppey Soubeyran, maîtresse de conférences à Paris 1 et spécialiste du système monétaire et financier.  
  Cette séance sera l’occasion de nous interroger ensemble sur la question de la monnaie : comment est-elle créée ? A quoi sert la politique monétaire ? Quelles sont les spécificités de l’euro ? Pourquoi parle-t-on parfois de guerre des monnaies ? Quels enjeux pour les autres formes de monnaie (monnaie locales, cryptomonnaies) ?
Cliquez sur le lien ci-après pour vous connecter le mardi 12 mai à 18h30 : Lien pour se connecter
Si vous n’êtes pas encore inscrit au plan de formation, c’est ici.
Notez que nous démarrerons un nouveau cycle du plan de formation à l’automne 2026, qui portera sur l’écologie.
En nous souhaitant nombreuses et nombreux pour cette dernière session du cycle économie !

L’équipe d’organisation du plan de formation
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Internationalisme Palestine

Projection Collapse (Face à Gaza) Versailles, 15 mai

Vendredi 15 mai 2026 à *20 h 00

UGC Roxane, rue Saint Simon à Versailles

Projection du film d’Anat Even /Collapse (Face à Gaza)/ suivie d’un débat en présence d’Ariel Cypel, coréalisateur du film (voix off).

En partenariat avec Culture et Cinéma.

*Entrée payante* aux tarifs habituellement pratiqués par le cinéma.

Peu après le 7 octobre 2023, Anat retourne dans ce qui était autrefois sa maison. Elle erre et filme pendant plus de deux ans dans ce kibboutz incendié et sur des terres agricoles transformées en machines de destruction.

Au-delà de la clôture, Gaza est anéantie.

👉 Bande annonce <https://www.amis.monde-diplomatique.fr/Collapse-Face-a-Gaza-9652.html>

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Histoire Internationalisme Luttes féministes

Il y a 13 ans, le Rana Plazza

Dans Solidaires et égales : N°47 – Mars/avril 2026

Publié le 17 avril 2026

Le 24 avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh coûtait la vie à 1 138 personnes, majoritairement des femmes et des jeunes filles. Cette tragédie représente des failles d’un système économique basé sur le profit, un système qui s’allie à la dévalorisation du travail des femmes, surtout celles travaillant dans le Sud global.

L’effondrement est survenu après que des travailleuses eurent remarqué des fissures dans les murs et les piliers du bâtiment bétonné trop vieux, trop mal construit. Ces fissures avaient aussi étaient constatées par des experts, et les banques présentes dans l’immeuble avaient, elles, refusé d’ouvrir leurs portes. Pourtant, après une seule journée de fermeture, les propriétaires des usines de textile ont rappelé les ouvrières, les forçant à réintégrer leur poste sous peine de licenciement immédiat. Quelques heures plus tard, le bâtiment s’écroulait sur elles. Sur des milliers de corps de femmes broyés par l’impact.

Le profit avant la vie.

Face à ce massacre, l’indignation mondiale a mis en lumière un vide juridique : les multinationales donneuses d’ordres (dont plusieurs marques françaises) se dédouanaient de toute responsabilité, cachées derrière une cascade de sous-traitants. C’est pour mettre fin à cette impunité totale, où le donneur d’ordre ne “savait pas”, que la bataille pour le Devoir de Vigilance a commencé.

Une loi pionnière sous l’assaut des lobbies

En 2017, la France adoptait la loi sur le Devoir de Vigilance, une première mondiale arrachée de haute lutte. Elle oblige les multinationales à prévenir les risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement chez leurs sous-traitants. Cette loi a permis en 2023 et 2024 à SUD PTT de faire condamner La Poste pour son plan de vigilance défaillant (travail dissimulé, harcèlement). Une victoire qui prouve que la loi est une arme… et c’est précisément pour cela que le patronat veut la briser.

Le double jeu de l’Union Européenne : l’offensive “Omnibus”

Alors qu’une directive européenne ambitieuse (CSDDD) avait été adoptée en 2024 pour généraliser ce devoir de vigilance, le vent a tourné. En novembre 2025, sous la pression des multinationales de l’énergie (TotalEnergies, ExxonMobil) et de la Fédération bancaire française, le Parlement européen a adopté la directive dite « Omnibus ».

Le résultat est catastrophique :

  • Seuil d’exclusion au rabais : Seules les entreprises de plus de 5 000 salarié·es et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires sont désormais concernées (contre 1 000 salarié·es auparavant).
  • Abandon environnemental : L’obligation d’un plan de transition pour respecter l’Accord de Paris est supprimée.
  • Impunité : Le régime de responsabilité civile et de sanctions est drastiquement raboté.

Macron propose, l’extrême droite exécute : le bilan d’un sabotage

Cette régression porte une signature politique claire. Dès le printemps 2025, Emmanuel Macron appelait à l’abrogation de ces contraintes au nom de la « compétitivité ». Il a trouvé ses alliés naturels : c’est l’alliance entre la droite et l’extrême droite qui, à l’automne dernier, a vidé la directive de sa substance.

Alors que la COP 30 d’octobre 2025 aurait dû marquer un tournant écologique, l’UE a envoyé le pire des signaux en sacrifiant le devoir de vigilance : les droits humains et la planète passent après les dividendes. Ce verrouillage politique entre libéraux et réactionnaires confirme que pour le patronat, la vie des travailleuses du Sud global n’est qu’une variable d’ajustement.

Solidaires ne lâche rien

L’Union syndicale Solidaires exige que toute entreprise soit contrainte au respect de l’ensemble des droits humains, sociaux et environnementaux quel que soit le lieu et le fabricant des marchandises dont elle fait ensuite commerce.

Nous n’oublions pas les mort·es du Rana Plaza. Le 28 avril, journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail, et le 1er mai, transformons notre colère en action !


Le poème : En mémoire des ouvrières du Rana Plaza

Contre ce luxe obscène bâti sur le silence,
Où chaque couture saigne une invisible violence,
Le 8 mars, ma grève est une question de décence.


Je me souviens de 2013, du ciel qui s’effondre,
Du Rana Plaza, de la poussière et des décombres.
Mille cent trente-huit ouvriers et ouvrières,
Ensevelies sous le poids d’une mode meurtrière.
Des murs qui se fissurent, des experts disaient “fuyez”,
Mais le profit hurlait “cadence” et les a sacrifiées.
Parce qu’un vêtement jetable vaut plus qu’une vie humaine,
On a cousu leur mort dans l’ourlet de nos laines.
Fils coupés, lendemains absents.
Machines tues, corps gisant.
Multinationales complices,
Aucune justice …

(silence)

Notre responsabilité.

(Silence)

Alors, contre ce luxe obscène bâti sur le silence,
Où chaque couture saigne une invisible violence,
Le 8 mars, ma grève est une question de décence.

____________________

Les entreprises présentes dans le Rana Plaza étaient au nombre de cinq : New Wave Style, Ether Tex, Canton Tech Apparel, Phantom Apparels et New Wave Bottoms. Celles-ci produisaient des vêtements pour les marques, entre autres : Mango, Benetton, The Children’s Place, Cato Corp, Joe Fresh possédée par la société canadienne Loblaws et vendues dans les magasins J.C. Penney, les marques Cerdarwood et Denim Co. de la compagnie irlandaise Primark, la marque Papaya Denim de la société britannique Matalan, Free Style Baby vendue dans la chaîne El Corte Inglés et la marque espagnole Velilla.

Des étiquettes de vêtements Carrefour (marque Tex), Auchan (marque In Extenso), Camaïeu et H&M ont été retrouvées dans les décombres du Rana Plaza résultant, selon ces distributeurs, d’actions de sous-traitance non déclarées.

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En grève ! Lecture

Les Utopiques n°31 – La grève

Publié le 30 avril 2026

« La grève », tel est le thème du dossier de ce numéro. Un sujet évident pour le syndicalisme qui se dit « de luttes ». Certes, mais la réalité est plus complexe. « Grève générale ! », le slogan est connu, souvent entendu, peut mis en pratique ; il fait partie de l’imaginaire syndical collectif nous dit Gérard Gourguechon, tandis que Nicolas Bouchouicha retrace les origines de cette stratégie révolutionnaire. A propos d’histoire et de grèves, nous ne pouvions occulter le rôle de « la revue qui n’a pas observé le mouvement ouvrier mais qui l’a vécu » : des extraits d’articles sur la grève des mineurs de 1963 paru dans La Révolution prolétarienne en témoignent.

D’autres moments grévistes sont évoqués : la grève contre la guerre coloniale du Rif en 1925, par Alain Ruscio ; celle du Parisien libéré (1975-1977), décrite comme une expérience marquante de la solidarité ouvrière par Rosa Feinte ; la grève de 1989 aux Impôts et aux Finances, « une belle grève » nous dit Gérard Gourguechon ; Rémi Azemar explique la pluralité de la grève de novembre-décembre 1995, « des grèves » en réalité ; Aurélien Boudon et Julie Le Mazier reviennent sur la grève étudiante qui a permis le mouvement interprofessionnel de 2006, connu comme la victoire contre le Contrat première embauche (CPE).

Julie Ferrua et Murielle Guilbert racontent la grève féministe. « Appliquons la grève aux armées », disent les paroles de L’internationale ; pas si simple mais pas impossible, explique Patrick Silbesterin. Anouk Colombani décrit les spécificités du recours à la grève dans le secteur professionnel de la culture, tandis que Francis et Julien, à partir de Belfort, illustrent comment la grève dans une entreprise peut devenir un mouvement social territorial. Enfin, Chloé Lebas questionne : l’ubérisation offre-t-elle de nouvelles perspectives à la grève ?

La dimension internationale est bien entendu présente : Sara Sellami nous parle des mobilisations ouvrières sous la dictature religieuse iranienne ; la remise en cause mondiale du droit de grève est documentée par José Álvarez Díaz, ainsi que par l’indice 2025 des droits dans le monde, publié par la Confédération syndicale internationale, dont Christian Mahieux a sélectionné des extraits. Ce dernier, en s’appuyant sur l’exemple du secteur ferroviaire, raconte comment le droit de grève est sans cesse attaqué par le patronat et ses alliés.

Hors dossier mais en pleine actualité, Simon Duteil propose des pistes quant à ce que peuvent les syndicalistes face à l’extrême droite. Des animateurs de SUD Industrie réfléchissent aux sources des conflits dans l’organisation syndicale et à leurs résolutions possibles. Gérard Vaysse tisse le lien entre Le droit à la paresse de Paul Lafargue, écrit en 1880, et nous, en 2026. Enfin, quatre livres sont présentés, car « nos camarades écrivent ».

Un numéro qui, comme les précédents, est majoritairement écrit par des syndicalistes – de l’Union syndicale Solidaires bien sûr, mais pas seulement : de la CGT pour cette livraison – et enrichi de contributions d’animateurs et animatrices de mouvements sociaux, d’historien‧nes, de sociologues.

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