Mardi 28 mai, manifestation nationale à Paris, 12h30, Place d’Italie en direction de Montparnasse.
Une mobilisation unitaire de tout∙es les cheminot∙es, organisée par l’intersyndicale cheminote CGT – UNSA – SUD Rail – CFDT.
Une mobilisation de toutes et tous avec l’Alliance écologique et sociale (AES-PJC) : rendez-vous derrière la banderole AES dans le cortège de SUD Rail.
Pour un moratoire sur la liquidation de Fret SNCF prévue par le gouvernement, imposée par la Commission européenne !
Pour donner un avenir au fret ferroviaire public !
En pleine crise écologique et sociale, le gouvernement veut liquider Fret SNCF. Cette décision est à la fois une catastrophe sociale (suppression de 500 postes) et une aberration écologique. Alors que le transport est le principal émetteur de gaz à effet de serre en Europe, le développement du fret ferroviaire public est un levier incontournable pour la décarbonation en France.
Le matériel de mobilisation pour la manifestation du 28 mai :
Après une première rencontre autour de la projection de Fernand Pelloutier et les Bourses du travail (mardi 14 mai), 2e volet de cette initiative…
VENDREDI 31 MAI 2024 à 19H
~ à la Maison des Syndicats ~
19, rue de la Vaucouleurs, Mantes-la-Ville
L’Université Populaire du Mantois
en partenariat avec SUD Education 78 et La Maison des Syndicats
vous proposent
Une Histoire de la Bourse du Travail de Mantes la Jolie
présentée par Roger Colombier
Auguste Goust, maire de Mantes-la-Jolie, lors de l’inauguration de la Bourse du travail Place de Lorraine, affirmait qu’établie en ce lieu central de l’agglomération mantaise, elle offrait “aux travailleurs et à leurs syndicats tous les dégagements nécessaires et évitait de trop longs trajets pour s’y rendre”.
Puis le temps a passé … et les choses ont changé …
Il y a onze ans, Clément Méric, militant antifasciste et syndical, était assassiné par des néo-nazis, en plein Paris. Aujourd’hui, onze ans après sa mort, le combat que menait Clément est toujours aussi nécessaire.
Onze ans après avoir rejoint la longue liste des victimes du fascisme, cette même extrême droite néofasciste peut toujours parader, visages dissimulés, et arborer des croix celtiques dans la capitale. Encore nous assistons à la recrudescence des violences perpétrées par ces mêmes groupes comme il en a été le cas le 25 novembre 2023 à Roman sur Isère où près de 80 personnes venant de tout le territoire se sont données rendez-vous à l’entrée du quartier de la Monnaie pour une expédition punitive raciste.
Aujourd’hui leurs idées circulent librement, des plateaux télés jusqu’au sommet de l’État et l’on fait face partout dans le monde à l’essor spectaculaire des partis nationalistes, comme encore prochainement à l’occasion des élections européennes.
Depuis onze ans, nous avons vu la chasse aux migrant·e·s s’intensifier, les actes antisémites augmenter, le racisme institutionnel et l’islamophobie gagner en légitimité dans toutes les sphères de la sociéteé. Les violences policières se multiplient, tandis que des politiques néolibérales frappent de plein fouet les plus démuni·e·s. Les mouvements sociaux de ces dernières années ont été largement réprimés, cette répression s’étendant à celles et ceux qui luttent contre les idées réactionnaires, qu’ielles soient antifascistes, syndicalistes ou militant·e·s LGBTQIA+.
Dernièrement, c’est la solidarité avec les palestinien·ne·s qui subit de plein fouet cette répression, alors même que le peuple palestinien résiste avec courage à l’oppression d’un État colonial génocidaire. Cette lutte de libération résonne avec le soulèvement qui a lieu en ce moment même en Kanaky contre l’administration néocoloniale de l’État français et qui subit déjà une répression sanglante de la part de la police, de l’armée mais aussi de milices de civils.
Face au tournant autoritaire de l’État et à la radicalisation d’une large partie du champ politique français, nous serons dans la rue le samedi 1er juin, en mémoire de Clément, mais aussi pour appeler à poursuivre les combats qu’il menait, contre le fascisme et l’impérialisme, en France et partout où les opprimé·e·s luttent pour leur auto-détermination.
Soyons nombreuses et nombreux ce samedi 1er juin, place de la République !
Clément Méric. Une vie, des luttes
5 juin 2013, Clément Méric, jeune libertaire, militant syndicaliste et antifasciste, meurt sous les coups de néonazis en plein Paris. L’affaire fait grand bruit et provoque une vague d’émotion dans le pays. Mais, rapidement, l’indignation cède la place au doute, voire à un renvoi dos à dos des « extrêmes ». Aujourd’hui, en dehors des cercles avertis, l’événement est quasi oublié. Cet ouvrage collectif d’ami·es et de proches de Clément Méric évoque la vie du jeune homme engagé qu’il était. Il s’attache aussi à restituer la vérité des faits, ceux qui ont provoqué sa mort, et ceux qui ont conduit à un brouillage de son image et de celle de ses camarades. Et parce que le meilleur hommage, c’est de continuer le combat, ce livre se voudrait un ferment pour les luttes présentes et à venir.
Le Festi’Fffrac, c’est la première édition d’un festival féministe, local & inclusif qui s’adresse à tou.te.s. Le festi ‘Fffrac est à l’initiative de la collective Forte Fière Féministes et Radicale implantée dans le Mantois (78) depuis 2020. Le Festi’Fffrac propose, sur une après-midi et une soirée, des activités pluridisciplinaires, à la fois artistiques (danse, théâtre, concert..etc) des activités tournées vers la réflexion (conférence & table ronde) et des ateliers créatifs !
https://sudtelecomidf.wixsite.com/sudtidf Prochaine action intersyndicale pour les NAO Orange : (Ci-joint le tract d’appel à la grève IDF à partir du tract NAO périmètre SUD 44/85)
Grève mercredi 22 mai, jour de l’AG des actionnaires d’Orange,
Manifestation 14h SALLE PLEYEL 252 RUE DU FAUBOURG-SAINT-HONORE PARIS 8
Une “contre AG” est prévue également par l’intersyndicale, le matin dans une des Bourses du Travail.
Pour plus de transparence dans les débats, nous vous communiquons également la réponse faite par le Bureau Fédéral Télécom à l’intersyndicale :
Chers camarades,
Notre organisation syndicale soutient le projet d’une pétition à destination des salarié·e·s, même si nous aurions souhaité qu’elle soit plus incisive vis-à-vis des actionnaires et surtout qu’elle propose une plateforme revendicative minimum commune.
La demande de réouverture des NAO nous exclut, nous ainsi que les autres OS non représentatives, de toute discussion future dans un cadre intersyndical.
SUD s’est mobilisé dès le 26 mars, que ce soit à Paris ou en Province, et continuera à le faire dans l’intérêt des salarié·e·s.
Toutefois, au-delà de la pétition commune, nous demandons que les OSR exigent une réunion avec toutes les OS présentes dans ce mouvement face à la direction pour négocier une augmentation collective, sur la base d’une plate-forme revendicative commune a minima (pas en % car chez SUD, notre volonté a toujours été de réduire les écarts de salaires), et l’arrêt de toute réorganisation visant à supprimer des emplois, donc une remise en cause totale de la politique de la direction.
Un appel intersyndical 78, avec la FCPE 78, à la manif du 25 mai à Paris contre le Choc des savoirs.
Contre le “choc des savoirs” Pour l’école publique : un choc des moyens et la lutte contre les inégalités !
Les organisations syndicales des Yvelines, CGT éduc’action 78, FSU 78, Sgen-CFDT 78, Unsa éducation 78, SUD éducation 78, ainsi que la FCPE 78 appellent à poursuivre toutes les mobilisations possibles dans les établissements contre le choc des savoirs, mais aussi pour un choc des moyens et pour la lutte contre les inégalités. Vous trouverez ci-dessous du matériel commun pour dénoncer les mesures inégalitaires et stigmatisantes du gouvernement (tract pour les familles, motions pour les CA, conseil d’école ou conseil école-collège).
Ces organisations appellent à la journée de mobilisation du 25 mai et à la manifestation parisienne qui aura lieu dans l’après-midi.
Matériel à diffuser auprès des familles
Ces mêmes organisations (CGT éduc’action 78, FSU 78, Sgen-CFDT 78, Unsa éducation 78, SUD éducation 78, ainsi que la FCPE 78) ont produit un tract commun, à l’attention des parents d’élèves.
Agent·es territorial·es – Connaître ses droits pour mieux les défendre
Ce stage syndical est ouvert à toutes et tous, adhérent·es ou non, fraîchement syndiqué·es ou non, en instance de le devenir ou encore en réflexion, vous êtes les bienvenu·es !
Tou·tes les personnels ont droit à 12 jours de congés pour formation syndicale par an, sur temps de travail et rémunérés.
La date limite d’inscription est le 27 mai (il suffit d’écrire à sudeducation78@ouvaton.org et de déposer votre demande d’autorisation d’absence pour stage syndical auprès de ta hiérarchie – voir le document ci-dessous)
En pièce jointe, vous trouverez le modèle de demande d’autorisation d’absence pour stage.
En espérant vous retrouver nombreuses et nombreux !
“Parallèlement à l’offensive accrue sur Rafah ces derniers jours, les bombardements israéliens aériens, terrestres et maritimes se poursuivent dans la majeure partie de la bande de Gaza, entraînant de nouvelles victimes civiles, des déplacements et la destruction d’habitations et d’autres infrastructures civiles. Environ 20 % de la population de Gaza a de nouveau été déplacée au cours de la semaine dernière, notamment de Rafah vers le nord de l’enclave. Des incursions terrestres et des combats violents continuent également d’être signalés dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans la ville de Gaza et dans l’est de Rafah. Depuis le 13 mai, le point de passage de Rafah reste fermé et il n’y a toujours pas d’accès sûr et logistiquement viable au point de passage de Kerem Shalom.” Lire la suite sur la situation à Rafah sur le site de l’Agence. A lire aussi sur le site de l’Agence: Gaza : 34 904 Palestiniens tués par Israël, dont au moins 14 500 enfants Et cet article d’un journaliste de Gaza: Cela fait plus de 200 jours que nous montrons les souffrances de Gaza. Ne détournez pas le regard maintenant.
Attachés, les yeux bandés, en couche-culotte : des lanceurs d’alerte israéliens décrivent les mauvais traitements infligés aux Palestiniens dans un centre de détention clandestin
“CNN s’est entretenue avec trois dénonciateurs israéliens qui travaillaient dans le camp du désert de Sde Teiman, où sont détenus des Palestiniens lors de l’invasion israélienne de Gaza. Tous se sont exprimés au risque de subir des répercussions juridiques et des représailles de la part de groupes soutenant la politique dure d’Israël à Gaza. Ils dressent le tableau d’un établissement où les médecins amputent parfois les membres des prisonniers en raison des blessures causées par les menottes constantes, où les procédures médicales sont parfois effectuées par des médecins sous-qualifiés, ce qui lui vaut la réputation d’être « un paradis pour les internes », et où l’air est empli de l’odeur des plaies négligées et laissées à l’abandon. « On nous a dit qu’ils n’avaient pas le droit de bouger. Ils doivent s’asseoir en position verticale. Ils n’ont pas le droit de parler. Ils n’ont pas le droit de regarder sous leur bandeau. » D’après les témoignages, l’installation située à environ 28km de la frontière de Gaza est divisée en deux parties : des enclos où environ 70 détenus palestiniens de Gaza sont soumis à des contraintes physiques extrêmes, et un hôpital de campagne où les détenus blessés sont attachés à leur lit, portent des couches et sont nourris à l’aide de pailles. « Ils les ont dépouillés de tout ce qui pouvait les faire ressembler à des êtres humains », a déclaré un lanceur d’alerte qui travaillait comme infirmier à l’hôpital de campagne de l’établissement. Lire la suite de cette enquête accablante de CNN en date du 11 mai dernier sur le site de l’Agence. A lire aussi sur le site de l’Agence cette interview menée le 12 mai dernier par l’Agence Média Palestine avec une étudiante de l’EHESS: La mobilisation de l’EHESS : Vue de l’intérieur A lire aussi sur le site de l’Agence cet article en date du 12 mai dernier : Comment la « Big Tech » américaine soutient le génocide et l’apartheid israéliens propulsés par l’IA Et cet article de l’Agence en date d’hier: Afrique du Sud-Israël : de nouvelles audiences devant la CIJ le 16 mai prochain
#Nakba76 : Exigez que des mesures soient prises et que des comptes soient rendus
Trop connotée, difficile à mettre en œuvre sur le plan pratique et contradictoire avec le système capitaliste, pour ses contempteurs, l’autogestion serait reléguée au rang des utopies passées de mode depuis les années 1970. Pourtant, la période montre qu’il est plus que jamais nécessaire de reposer la question de la démocratisation de l’économie et du travail qui concilierait (voire réconcilierait) le rôle de travailleur/travailleuse et citoyen/citoyenne. La première partie de ce texte est initialement paru dans Cerises la coopérative n°47, mai 2023 (www.ceriseslacooperative.info)
Militante de Solidaires Finances publiques dont elle a été déléguée nationale adjointe, Ophélie Gath est membre du Secrétariat national de l’Union syndicale Solidaires. Elle a publié (avec Vincent Drezet) Argent public pour mieux vivre ensemble. Impôts, dépense publique, service public, protection sociale : et maintenant que fait-on ? Éditions L’Harmattan, 2021.
[DR]
Si pour les gouvernants, la crise démocratique n’existe pas au motif qu’ils ont été élus et qu’ils appliquent un programme dans le respect du cadre institutionnel, nous vivons en réalité la plus grave crise démocratique de ces 50 dernières années. On observer une fracture entre une grande partie de la population et celles et ceux qui exercent le pouvoir. Le président de la République a négligé depuis le début de son mandat les « corps intermédiaires » de toute sorte, et singulièrement les organisations syndicales (si tant est que ce soient des « corps intermédiaires). Malgré des alertes récentes comme la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron et son gouvernement ont estimé que leur projet était le seul possible et qu’il ne souffrait d’aucune alternative. Dés lors, face au rejet massif du projet de contre-réforme, la seule issue possible pour le pouvoir était de l’imposer, « coûte que coûte » et de veiller à ne tenir aucunement compte de la position des organisations syndicales alors que celles-ci étaient jugées plus représentatives et légitimes que le gouvernement. Les artifices et arguments du pouvoir (l’utilisation de textes constitutionnels, l’absence de vote de l’Assemblée nationale, le 49-3, les déclarations provocatrices ou encore la répression policière ont largement contribué à aggraver la crise.
Ce qui est aujourd’hui rejeté est donc sa manière d’être, de se comporter, ses mesures et la façon dont fonctionnent les institutions, en quelque sorte une crise d’illégitimité de cet ensemble. A contrario, le conflit retraites et les enjeux liés au pouvoir d’achat dans un contexte inflationniste ont réhabilité le rôle et la légitimité des organisations syndicales et du mouvement social. Comment éviter qu’une nouvelle mesure illégitime soit imposée et comment faire vivre une vraie démocratie sociale, dans l’exercice du pouvoir et dans nos entreprises et administrations, sur nos lieux de travail ? Répondre à ces questions est d’autant plus nécessaire que les enjeux économiques, sociaux et écologiques actuels sont immenses.
La question démocratique se pose à tous les niveaux
Dans le monde du travail, il est urgent d’associer les salarié·es aux décisions de l’entreprise, concerné·es au premier chef. Ceci suppose de donner un véritable rôle aux travailleur·ses et à leurs représentant·es, dans toutes les instances – y compris celles qui régissent les stratégies. La démocratie sur les lieux de travail ne saurait toutefois être réelle si elle reste guidée par les objectifs actuellement dominants. Ceci implique par conséquent de sortir du management actionnarial, avec la finance et les profits pour seule boussole, et préférer des formes de lieux de travail plus coopératifs et solidaires au sein desquels la démocratie sociale s’exprime réellement. Il s’agit aussi ici de refaire sens et de faire rimer conditions de travail et conditions de vie. « L’objet social » de l’entreprise en serait profondément réorienté et les services publics retrouveraient leur sens premier. La démocratie doit également pouvoir vivre et s’exprimer dans les choix concernant la population. De ce point de vue, l’exercice solitaire et de plus en plus intolérant est discrédité.
[Solidaires/Syllepse]
Il nous faut donc revoir le modèle social dominant et faire émerger un autre projet, celui auquel semble aspirer une part croissante de la société au regard de l’érosion intrinsèque du modèle capitaliste qui au-delà de creuser les inégalités, aliène les travailleurs∙ses et pourrit la planète. Cette transformation sociale passe par une forme d’autogestion, laquelle reste cependant à définir et construire collectivement, et qui ne peut être déconnectée des enjeux écologiques. Dans cette approche, et sans aller dans le détail, la population doit se sentir représentée légitimement avec des consultations des organisations du mouvement social, mais aussi des consultations directes de la population et globalement à réussir le défi de construire une société des égalités, avec le respect des minorités.
La démocratie ne résulte pas en un vote périodique, lequel exclut au passage les personnes qui vivent et travaillent dans notre société, les étranger·es sont privé·es d’un droit fondamental qu’est celui de l’expression, et de participer à une vie collective. Sur la base de règles claires connues et reconnues, la démocratie : c’est partout et tout le temps. Un nouveau contrat social, en somme !
Face à la crise du « travail », quelle voie pour l’autogestion sociale et écologique ?
Le débat sur le travail que la contre-réforme des retraites a, de facto, alimenté le démontre aisément : parler de la place et du rôle du travail, mais aussi de son organisation et de son sens profond est l’affaire de chacun∙e. Dès lors, on ne peut ignorer les enjeux et l’approche d’une organisation dans laquelle les travailleuses et travailleurs auraient une place centrale dans les décisions et qui remettrait en cause le management, l’individualisation et, finalement, l’objectif surdéterminant consistant à dégager un profit capté pour l’essentiel par une minorité d’agents économiques. La question est d’autant plus sensible que, fidèle à sa capacité d’appropriation des concepts pouvant le gêner, le capitalisme porte une approche très individualisée de l’autogestion. Face à celle-ci, qui ferait de l’autogestion un outil au service de la seule rentabilité, il nous faut donc penser une organisation qui place les travailleuses et travailleurs au centre des décisions dans la gestion de la production et la répartition de la richesse créée.
« L’autogestion » à la sauce capitaliste
La flexibilité, la performance ou encore l’évolution du mode de travail redessinerait-elle l’autogestion ? C’est ce que pourrait laisser croire le discours managérial selon lequel il faudrait que la coordination du travail, certains arbitrages ou encore des choix techniques et fonctionnels soient décidés par les travailleurs et travailleuses. A titre d’exemple, dans le secteur privé comme dans le secteur public, les réunions visant à les « associer » pour porter des propositions de simplifications, de revue et d’amélioration des process ou tout simplement pour l’organisation matérielle des open-spaces évoluant vers des flex-offices ont tendance à se multiplier. Il en va de même pour l’organisation du télétravail, de plus en plus répandu. La participation de toutes et tous étant au cœur de ces échanges, cette évolution du travail est par conséquent présentée comme procédant d’une meilleure collaboration et le fruit d’une intelligence collective de l’ensemble des personnels. Ces transformations redéfiniraient le rôle du manager, lequel serait incité à mieux gérer l’humain grâce à des techniques de coaching, de communication et de gestion du stress. Tout cela relèverait donc d’une autogestion positive, car tournée vers la performance et le développement des compétences.
Seulement voilà, outre que ce qu’il faut bien appeler « mode de gouvernance et de management » n’associe pas les citoyen∙nes à l’orientation que doit prendre le travail par exemple, l’objectif reste d’améliorer la productivité pour, in fine, améliorer la rentabilité de l’entreprise et, dans le secteur public comme dans le secteur privé, de réduire les coûts. Évidemment, la propriété de l’entreprise relève ici toujours des actionnaires qui veillent jalousement à leurs intérêts ; en témoignent les versements records de dividendes de ces deux dernières années. Ces dividendes nourrissent non seulement des patrimoines économiques et personnels de plus en plus importants, mais aussi un système de domination, au sein duquel le pouvoir est concentré dans un nombre réduit de personnes et de (très grandes) sociétés, qui pèse sur l’organisation de la vie en société. Cette captation de la valeur apparaît d’autant moins soutenable et supportable que nos sociétés font face à des défis écologiques et sociaux majeurs. Permettre à chacun et chacune de vivre dignement implique d’améliorer la rémunération du plus grand nombre de d’augmenter la part des salaires dans la valeur ajoutée. En outre, financer la transition climatique et réduire les inégalités suppose ainsi des rentrées fiscales, mises à mal par des décennies de politiques fiscales injustes marquées d’une part, par des baisses d’impôt dont les grandes entreprises et les plus riches sont les grands bénéficiaires et d’autre part, par un évitement colossal de l’impôt. Ces politiques ont accru les injustices et nourri une crise démocratique qui est apparue au grand jour au premier semestre 2023.
Lier « travail » et « démocratie » ne saurait donc s’inscrire dans une approche qui fait du capitalisme un système indépassable face auquel il n’y aurait pas d’alternative.
Quelle approche de l’autogestion de demain ?
L’autogestion consiste à penser un travail (ou une activité) dirigé directement par les travailleurs/travailleuses, qui en définissent et suivent collectivement et directement les règles, les normes et les institutions. Il ne s’agit plus ici d’obéir à des consignes décidées en amont. Le refus d’une hiérarchie verticale et d’une division entre « gouvernant∙es » et « gouverné∙es », autrement dit entre patrons ou actionnaires et salarié∙es (direct∙es ou sous-traitants) accompagne cette organisation. Enfin, dans un tel cadre, les citoyen∙nes sont également associé∙es aux objectifs et sont informé∙es de l’évolution du travail d’une entreprise. Toutes les parties prenantes (travailleurs, producteurs, utilisateurs, consommateurs, membres de soutiens divers, etc.) étant concernées, il est en effet légitime qu’elles aient leur place dans les prises de décisions et dans leur mise en œuvre.
Outil d’une véritable transformation sociale, qui doit également poursuivre un objectif écologique, l’autogestion demeure compatible avec des formes d’entreprises coopératives et ce qu’il est convenu de nommer « l’économie solidaire ». Basée sur une remise en cause du fonctionnement managérial et hiérarchique traditionnel, elle n’implique pas pour autant une absence de la division du travail ni par conséquent que tous les personnels fassent tout et n’importe quoi. Elle repose sur le principe fondateur selon lequel elle se concentre sur la participation aux décisions, leur mise en œuvre et sur l’organisation du travail.
Une telle organisation doit donc être structurée afin que les modalités de discussions, de décisions et de mise en œuvre soient claires, démocratiquement décidées ex ante et évaluées ex post. Ce faisant, elle favorise l’implication et l’émancipation de chacun.e. Au fond, si plusieurs modalités pratiques sont possibles (rotation de mandats, contrôle, etc), le principe est que la décision finale est toujours du ressort du groupe formé par les travailleuses et travailleurs. Les décisions et les orientations doivent par ailleurs associer les populations puisqu’elles peuvent directement être concernées sur les conséquences des choix de l’entreprise qu’il s’agisse des conséquences sociales (la politique de l’emploi dans un bassin économique donné) ou environnementales (pour faire face au risque de pollution) par exemple.
« Le patron a besoin de l’ouvrier. L’ouvrier n’a pas besoin du patron… » [DR]
Quelle forme pourrait prendre les entreprises autogérées ? On peut évoquer ici les actuelles Sociétés coopératives de production (SCOP), qui reposent sur une gouvernance démocratique. Les salarié∙es ayant le statut d’associé∙e sont en effet nécessairement associé∙es majoritaires de la société et possèdent donc au minimum, ensemble, 51 % du capital social. Aucun∙e associé∙e ne peut détenir plus de la moitié du capital et concentrer ainsi le pouvoir. Lors d’un départ d’un∙e salarié∙e ayant le statut d’associé∙e, le capital qu’il ou elle a investi lui est remboursé, Tous les salarié∙es d’une SCOP n’en sont pas associé∙es, mais ont vocation à le devenir. La forme associative, à but non lucratif, est également une forme d’organisation à prendre en compte. Cet existant constitue en quelque sorte un « point de départ » que rien n’empêcherait de faire évoluer. Dans une action complémentaire à celles des services publics, ces organisations nouvelles du travail pourraient également se décliner en Sociétés coopératives d’intérêt général. Celles-ci n’auraient pas vocation à dégager un profit. Organisées autour du principe « un associé = une voix », elles pourraient intervenir dans la prise en charge de certains travaux, par exemple en matière d’isolation thermique des bâtiments publics ou de transports publics de proximité. Là aussi, la population et ses représentant∙es seraient associé∙es aux décisions et à la gestion d’une structure poursuivant par définition un objectif d’intérêt général.
Pour nourrir la réflexion, il peut être utile d’analyser par exemple la façon dont plus d’une centaine de maisons médicales fonctionnent en Belgique. Celles-ci ont en effet remis en cause le fonctionnement hiérarchique traditionnel et offrent une large place aux travailleuses et travailleurs dans la gestion. Si la place centrale revient à l’usager∙e, toutes les parties prenantes travaille ensemble : médecins généralistes, infirmier∙es, travailleurs et travailleuses sociaux, etc. Du fait de leur proximité avec la population, elles occupent une place importante dans les quartiers où elles sont situées.
Si cette nouvelle autogestion peut se concevoir à l’échelle locale voire sur certains secteurs particuliers et dans des structures de taille réduite voire moyenne, rien n’empêche de réfléchir à un mode d’organisation inspiré des mêmes principes dans des structures de grande taille. Chaque salarié∙e peut en effet être associé∙e aux décisions de son unité de travail locale et mandater un ou une représentant∙, qui rendrait compte, pour le niveau que l’on qualifiera ici de plus « global ». Enfin, l’idéal serait qu’au plan national, cette organisation autogérée du travail soit portée dans une orientation politique et mise en œuvre dans le cadre d’une planification stratégique. Sans cela en effet, elle n’apparaîtra que comme un supplément d’âme dans un système inchangé alors qu’elle a vocation à s’inscrire dans une transformation profonde et globale.