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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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Histoire Podcast

Récits de militantes : Annick Coupé, de mai 68 au mouvement altermondialiste

Johanna Bourgault-Hipszman et Fanny Gallot lancent un nouveau podcast, pour la plateforme Spectre, sur l’engagement et ses effets, au quotidien et sur toute une vie. Combats féministes, antiracistes, communistes, anarchistes, autour du travail, du genre, de la terre, des frontières ou encore de l’art, comment ces luttes bouleversent les vies de celles qui s’y consacrent ? La transmission de la parole et de l’histoire de militantes (femmes et minorités de genre) est au cœur de ce podcast qui propose de conjuguer itinéraires politique et personnel en prêtant l’oreille aux à-côtés, aux questions intimes et pratiques.

Dans ce premier épisode, elles sont allées à la rencontre d’Annick Coupé. Militante syndicale et féministe, cofondatrice de Sud PTT en 1988, puis de Solidaires dont elle fut porte-parole de 2001 à 2014, et enfin secrétaire générale d’ATTAC depuis 2016, Annick nous reçoit chez elle à Montreuil une matinée ensoleillée de juin 2023. Son parcours nous a interrogées sur les racines de l’engagement.

Illustration : Photothèque rouge.

https://www.contretemps.eu/annick-coupe-mai-68-syndicalisme-feminisme-attac

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Histoire Industrie Seule la lutte paie !

En mémoire de Charles Piaget

Charles Piaget nous a quittés ce samedi 4 novembre, à 95 ans. L’Union syndicale Solidaires veut ici dire sa profonde tristesse de cette perte et saluer la mémoire d’un militant d’une grande intégrité. Nous apportons nos condoléances à sa famille, à ses proches, à celles et ceux avec qui il a milité et s’est battu.


Syndiqué depuis 1946 à la CFTC devenue CFDT, il a été l’une des figures marquantes de la lutte des ouvrières et ouvriers de Lip à Besançon en 1973. Une lutte contre leur licenciement programmé qui les vit relancer la production en autogestion pour s’assurer une « paie ouvrière ». S’affranchir de la légalité capitaliste ne posa pas de cas de conscience, ni à Charles Piaget, ni à ses camarades : c’était ce qu’il fallait faire et c’était préparer la voie à une société débarrassée de l’exploitation.
Mis en avant lors de cette grève emblématique, il mettait toutefois en garde contre une personnalisation excessive, rappelant toujours ce que la lutte devait au collectif. Sincèrement attaché à l’auto-organisation, il était attentif aux « formes nouvelles » de lutte : l’Assemblée générale, le Comité d’action n’étaient pas pour lui en concurrence avec l’action syndicale.


Cette pratique syndicale, radicalement démocratique, est encore la nôtre aujourd’hui et la lutte des Lip est de celles qui continuent de nous inspirer.
Par ailleurs membre du Parti socialiste unifié (PSU), Charles Piaget était animé d’une profonde éthique de l’engagement qu’il puisait au cœur de ses combats : parmi les Lip mais aussi dans les années 1950 contre le colonialisme et la guerre d’Algérie. En 1993, il reprenait encore du service pour participer au lancement de l’antenne d’Agir ensemble contre le chômage (AC!) de Besançon.

Les militantes et militants des jeunes syndicats SUD puis de l’Union syndicale Solidaires l’ont alors régulièrement côtoyé dans les mobilisations bisontines jusqu’à très récemment lors de celle des Gilets Jaunes ou en défense de nos retraites.
Tant qu’il le put, tant que ses forces le lui permirent, Charles Piaget fut de toutes les manifestations. Il a été notre camarade et nous pensons à lui et aux combats qu’il a incarnés. Avec respect, émotion et amitié.


Union syndicale Solidaires, le 5 novembre 2023


Les deux interventions lues en hommage à Charles Piaget pour l’Union syndicale Solidaires et Solidaires 25.

« On te doit beaucoup », l’hommage de l’Union syndicale Solidaires à Charles Piaget Vendredi 10 novembre, un hommage était rendu à Charles Piaget au Grand Kursaal de Besançon. Le syndicaliste de Lip, le militant ouvrier, le socialiste autogestionnaire, l’anticolonialiste, celui qui refusait le chômage… c’est à toi Charles, que l’Union syndicale Solidaires a rendu hommage. Avec respect, émotion, amitié. Nous continuons tes combats. Le texte de nos interventions lues ce jour-là.

Je voudrai peut-être commencer par évoquer une séquence d’un court documentaire qui m’a marqué. C’est un échange, capté par la cinéaste Carole Roussopoulos, sans doute à la fin de la Marche du 29 septembre 1973, celle des 100 000 de Besançon, où on voit Charles parler avec un groupe de personnes, où se mêlent sans doute des soutiens et des travailleuses, des travailleurs, des camarades de Lip. Il parle avec elles, avec eux, de l’importance de la démocratie dans l’action, et voilà ce qu’il dit : « une section syndicale elle doit être sans arrêt en train de se remettre en cause, de ne pas bloquer les initiatives. Tu as besoin d’une organisation. Mais à tout moment, l’organisation elle a une tendance bureaucratique, une tendance de repli sur soi-même, de tourner en rond. Et donc il faut combattre ça. Et c’est la base qui le combat le mieux. Et si jamais tu te rends compte de ça, alors tu as la capacité d’écouter la base et de te laisser remettre en cause. Ou alors il n’y a plus rien à faire. » Et en l’occurrence n’avoir plus rien à faire, ça n’était visiblement pas son genre. Et c’est ça qui m’a marqué. Cette volonté de remise en question pour être utile au collectif, à ce « grand collectif » qu’il mettait toujours en avant.

Un autre exemple, il racontait comment, comme délégué syndical, il avait fini par se rendre compte, puisque Lip était pour plus de moitié une usine d’ouvrières, que ce n’était pas vraiment à eux les délégués hommes d’établir les revendications qui concernaient directement les ouvrières, mais à elles, les femmes. Il lui avait sans doute fallu du temps, il était l’homme qu’il était. Mais il avait fini par s’en rendre compte. Et il parlait sans problème des erreurs qu’on fait dans l’action collective, inévitablement. Il parlait des difficultés qu’il y a à trouver les leviers qui font collectif justement, qui nous permettent de combattre ce qu’il appelait « l’amputation de la matière cérébrale », causée par l’aliénation de la société et du travail capitaliste. Mais aussi, parce qu’il avait aussi cette fibre autogestionnaire, des difficultés comme de la nécessité de déborder, comme il le disait encore, ce « foutu poids de la hiérarchie qui nous bouffe la tête ».

Pour lui, il fallait d’abord écouter les autres, s’écouter toutes et tous, pour mieux penser et agir ensemble, même si parfois ça peut vouloir dire aller contre ses inclinaisons premières. Parce que le syndicalisme est une activité humaine, profondément humaine. C’est la leçon de Lip, de toutes et tous les Lip, c’est celle de Charles. Du sens du collectif et du goût de la démocratie qu’il avait et qui sont aussi les nôtres.

Ça a été dit, Charles était également membre du Parti socialiste unifié, le PSU. Il y était venu par refus du colonialisme et de la guerre d’Algérie. Là aussi ça a un sens, celui de l’engagement qui pour lui se construisait avant tout dans et par les combats menés concrètement, effectivement. Et à propos d’engagement, Charles avait eu une formule pour en parler, un peu après la lutte de 1973, en disant que le socialisme, ça se jouait « tous les jours ». Une formule qui lui ressemble.

Parce que c’est ce qu’il faut faire : c’est l’action, c’est la démarche militante même, celle qui l’a animé tant d’années pour tant de luttes, qui le faisait encore battre le pavé de Besançon, jusqu’au bout, tant qu’il en a eu les forces. Et puis c’est aussi une forme d’éthique de l’engagement en lui-même : qui nous dit qu’il doit être sincère, intègre, qu’il ne s’agit pas de se contenter de postures ou de beaux discours. Et bien on gagnerait vraiment aujourd’hui toutes et tous à s’en inspirer, et à s’en inspirer grandement.

Avec vous toutes, avec sa famille, ses proches, avec celles et ceux avec qui il a milité et s’est battu, celles et ceux qui aimaient échanger avec lui – parce que sa porte était toujours ouverte, nous pensons à toi Charles et à cette belle sincérité qui était la tienne.

On te doit beaucoup Charles. Et je ne le dis pas seulement en mon nom mais en celui de toute l’Union syndicale Solidaires, on pense à toi avec respect, avec émotion, avec amitié.

**

Cher Charles, notre bien aimé camarade, ami, compagnon de lutte, comment te dire tout ce que nous te devons, nous, les syndicalistes, les militantes et les militants des organisations à qui tu as transmis, inlassablement, ton expérience acquise durant toute une vie de combat pour la justice sociale et la conquête de droits pour les sans-droits ?

Nous voilà définitivement orphelins de notre plus cher représentant de cette génération qui, dès la fin de la guerre, s’est engagée dans les luttes ouvrières et la construction d’un syndicalisme émancipé de la tutelle des partis et des bureaucraties et, de ce fait, émancipateur. Oui, car, comme tu ne manquais pas de le rappeler dans les formations syndicales auxquelles t’invitaient les syndicats Sud, la grève des Lip de 1973 est le fruit de dizaines d’années de labeur syndical et de labour d’un monde du travail où règne en maître un patronat autocrate et autoritaire, relayé par des agents de maîtrise zélés et arrogants, que le vent de la Révolte de Mai 68 n’a pas encore fait vaciller.

Il t’en a fallu, à toi et à tes camarades de syndicat, de la patience, de la ténacité, de la détermination face aux pressions, aux intimidations, au fatalisme ambiant aussi, pour construire pas à pas cet outil qui allait se révéler d’une efficacité redoutable au moment de contrer des plans de liquidation qui ne s’embarrassaient pas des conséquences humaines de centaines de licenciements.

Mais tu es un esprit libre, Charles, tu conquiers ta liberté de penser en agissant avec les autres, en définissant avec eux une stratégie commune, car vous, l’esprit de Mai, vous n’êtes pas passés à côté : l’émancipation des travailleuses et des travailleurs de Lip sera leur œuvre-même. Et par ta droiture, ton sens de la justice, la finesse de tes analyses, parce que tu veux faire éclater les cadres anciens, parce que tu es capable, sans emportement, de forcer ta nature réservée et d’exprimer tout haut ce que d’autres hésitent à dire, tu deviens force d’entraînement, tu agglomères autour de toi les énergies et les courages, tu fais d’individus isolés dans l’usine aliénante un collectif qui prend conscience de sa puissance et qui se bat jusqu’à la subversion de l’ordre immuable. Tu creuses et tu tisses, vieille taupe ouvrière !

Beaucoup d’entre nous sommes trop jeunes pour avoir vécu l’expérience autogestionnaire des Lip, celle de la vie qui s’invente une utopie, mais celles et ceux qui t’ont vu à l’œuvre plus tard, Charles, dans le mouvement des chômeurs de la fin des années 90, savent de quoi, à 70 ans passés, tu étais toujours capable.

Avec toi, nous avons fait nos 400 coups de l’action sociale directe : une porte close ne résistait pas longtemps à ta trousse à outils et tu démontrais facilement qu’il n’y avait pas eu d’effraction. Feu l’ANPE de la rue de la République s’en rappelle encore… Aucune forteresse institutionnelle ne t’impressionnait : à la Chambre de Commerce et d’Industrie, fleuron du patronat local, les travailleuses et les travailleurs privés d’emploi étaient chez eux et, puisqu’on ne les entendait pas, elles et ils allaient s’installer pour passer la nuit. Et il faudrait des pinces coupantes aux agents de la maréchaussée, le lendemain, pour sectionner les chaînes avec lesquelles vous vous étiez attachés aux grilles, Bibi et toi, en signe de protestation. C’était l’époque de l’aventure d’Agir ensemble contre le chômage et de la multiplication des syndicats Sud. L’époque où toi, l’homme modeste, ni césar ni tribun, remettais les mains dans le cambouis des luttes parce que toujours animé de ce courage qui porte à faire ce que l’on doit pour se mettre en conformité avec ce que l’on pense.

Et durant ces 25 ans où les luttes sociales n’ont jamais cessé d’occuper la rue et les équipes militantes, tout en consacrant ton énergie et ta clairvoyance à la construction d’AC !, tu as soutenu tous les combats qui ont rempli nos vies : des Sans-Papiers aux Gilets Jaunes, des Droits des Femmes à la défense des Retraites, rien n’échappait à ta conscience de classe, à l’exercice de ton analyse si éclairante de la réalité crue du capitalisme.

Tu croisais et retissais encore le passé et le présent, et ta présence amicale, ton sourire tranquille réchauffaient nos rassemblements et nos manifestations. Nous te cherchions du regard, nous demandions à Françoise… Ces jours passés encore, dans cet hôpital où ta vie a pris fin, tu t’inquiétais du sort fait aux Palestiniens…

Aujourd’hui, bien au-delà de cette assemblée réunie ici, des milliers de syndicalistes, de militants, de travailleurs, femmes et hommes de tous âges, partagent avec nous la peine et le souvenir.

Ta place, Charles, dans nos cœurs attristés et honorés de t’avoir connu, fiers d’avoir combattu à tes côtés, restera unique.

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En grève ! Histoire Industrie

Samedi 17 juin, Oui, Lip vivra ! 50 après, que nous dit aujourd’hui la lutte des Lip ?

Ce sera la question au cœur des deux journées organisées par le Comité Lip 50 ans les samedi 17 et dimanche 18 juin prochain dans les locaux de l’Union syndicale Solidaires, 31 rue de la Grange-aux-Belles, Paris 10.
Comme le dit l’appel du comité : “La grève des Lip de 1973 porte en elle les aspirations d’égalité et d’émancipation qui nous animent, elle nous parle, elle nous inspire, elle est notre patrimoine commun.”
Au programme, des projections, une expo, 4 tables rondes : sur les luttes ouvrières des années 70, Lip et la lutte des femmes, la reprise en autogestion, l’unité syndicale et l’auto-organisation.
Un livre est également à paraître pour l’événement : Lip vivra ! – Editions SyllepseCouverture livre LIP Vivra


Et la magnifique affiche est réalisée par Alain Frappier.
Réservez votre week-end !
Blog Mediapart du Comité Lip 50 ans : Le blog du Comité Lip 50 ans | Le Club de Mediapart

L’appel sur Politis.fr : 50 ans après, que nous dit la lutte des Lip ? – POLITIS

L’appel sur le site de Solidaires : (appel unitaire) 50 ans après, que nous dit aujourd’hui la lutte des Lip ? | Solidaires

LIP50-Affiche petit


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Dans les Yvelines, une classe en lutte... Histoire Industrie International Répression Retraites Revue de presse

Dans les Yvelines, une classe en lutte, épisode n° 54

Une classe en lutte dans les Yvelines !


Petit tour d’horizon des mobilisations sociales dans le département… Liste forcément non-exhaustive, n’hésitez pas à nous transmettre vos infos à contact@solidaires78.org


Source : La Gazette en Yvelines

Source : Le Courrier de Mantes

Source : Le Parisien

Source : Le Parisien

Source : Le Parisen

Source : Le Parisien

Source : Le Parisien

Source : 78actu.fr

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Histoire

(appel unitaire) 50 ans après, que nous dit aujourd’hui la lutte des Lip ?

« On fabrique, on vend, on se paye ». C’est ce qu’ont fait les grévistes de Lip en 1973, il y a cinquante ans. Ouvrières et ouvriers de l’horlogerie à Besançon, elles et ils ont défié l’ordre et la légalité capitaliste des mois durant. Parce qu’elle a incarné l’insubordination ouvrière des années 68 et la convergence des combats de cette période, notamment avec celui du Larzac ; Parce qu’elle a rendu vivante, en pratique, l’idée d’autogestion avec la remise en route de la production de montres et le versement de « payes sauvages » pour financer la grève ; Parce qu’elle a été traversée, percutée, par l’affirmation féministe ; Parce qu’elle a été une importante lutte contre les licenciements en ces premiers temps de montée au chômage de masse :

La grève des Lip porte en elle les aspirations d’égalité et d’émancipation qui nous animent, elle nous parle, elle nous inspire, elle est notre patrimoine commun.

Nous souhaitons faire vivre la mémoire de cette grève et l’interroger au présent, au travers de nos résistances, de nos luttes et de nos espoirs d’aujourd’hui. Et nous n’en manquons pas à l’heure des imposantes et décisives mobilisations pour la défense du droit à la retraite. Nous proposons que des initiatives soient prises nationalement, en lien avec celles existant à Besançon. Nous invitons à deux temps forts pour ce cinquantenaire : Les samedi 17 et dimanche 18 juin 2023 : parce que la date du 18 juin 1973 est celle de l’AG des grévistes de Lip qui décida de la relance de la production. Les samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2023 : en écho à la manifestation nationale du 29 septembre 1973 à Besançon de 100 000 personnes en solidarité avec les Lip.

Hier comme aujourd’hui : Lip, Lip, Lip, hourra !


Les premiers signataires de l’appel :

  • Alternative ESS
  • Amis de Tribune socialiste
  • Association Autogestion
  • Ateliers Travail et Démocratie
  • Attac
  • Cerises, la coopérative
  • Confédération paysanne
  • Contretemps, revue de critique communiste
  • Éditions Syllepse
  • FSU
  • Institut Tribune socialiste
  • Politis
  • Réseau AAAEF
  • Réseau féministe « Ruptures »
  • La Révolution prolétarienne
  • Syndicollectif
  • Union syndicale Solidaires
  • Les Utopiques
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Histoire Idées, débats, cultures Podcast

Radio Lorraine Coeur d’Acier

À écouter ou réécouter une série de 3 émissions sur l’aventure de la radio libre Lorraine Coeur d’acier avec des témoignages d’ouvriers qui parlent de syndicalisme, de lutte mais aussi de poésie…


En 1982, dans une série de trois émissions, Jean-Claude Bringuier s’entretient avec Marcel Donati, ouvrier sidérurgiste qui raconte l’aventure de la radio pirate “Lorraine Cœur d’Acier” à Longwy en 1979. Une initiative de la CGT pour accompagner la mobilisation ouvrière de la sidérurgie.

En 1982, l’émission “Nous tous chacun” propose une rencontre en trois épisodes avec Marcel, ouvrier sidérurgiste et militant syndicaliste, qui raconte l’aventure de la radio pirate “Lorraine Cœur d’Acier” en 1979. Cette année-là, pour accompagner la mobilisation ouvrière contre le démantèlement de la sidérurgie lorraine, la CGT avait décidé de lancer à Longwy, pour quelques semaines seulement, une radio pirate dont elle confiait la production à Marcel Trillat et Jacques Dupont.

“Lorraine Coeur d’Acier”, l’histoire d’une radio pirate qui défie le pouvoir en 1979

“Lorraine Cœur d’Acier” était née et avec elle l’une des plus belles aventures de l’histoire des radios libres. Une aventure qui dura des mois, et non quelques semaines, jusqu’à ce que la centrale syndicale reprenne les choses en mains, en débarquant les deux journalistes en juillet 1980, coupables de s’être écartés de la ligne qu’ils étaient censés devoir suivre.

Une sélection d’archives proposée par Albane Penaranda.

  • Par Jean-Claude Bringuier – Réalisation : Jacques Taroni
  • Nous tous chacun – Marcel Donati raconte Lorraine Cœur d’Acier – 3 épisodes – (1ère diffusion du 17/11/1982 au 19/11/1982)
  • Edition web : Sandrine England, Documentation de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

En 1982, au micro de Jean-Claude Bringuier, Marcel Donati, ouvrier sidérurgiste et militant syndicaliste, raconte son expérience avec la radio “Lorraine Cœur d’Acier”, la radio pirate créée à Longwy en 1979 par la CGT. Une radio dont la direction du syndicat confie l’animation à Marcel Trillat et Jacques Dupont, avec pour mission de la faire vivre quelques semaines. Mais les deux journalistes mènent l’antenne durant seize mois, jusqu’à ce que la centrale syndicale, qui ne voyait pas d’un bon œil le contenu qu’ils avaient donnés à cette trop libre radio, ne décide de les débarquer.

Marcel Donati : “On parlait librement il n’y avait plus rien de tabou”

Grâce à une archive de “LCA”, un ouvrier témoigne : “On est comme des bêtes ici dans les usines, on a honte de montrer à nos femmes les conditions de travail, comment on est traités, comment on accepte d’être traités”. Le style de la radio “Lorraine Cœur d’Acier” ressemble à une improvisation à peine mise en forme et toujours en direct. On y parle absolument de tout.

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Un film à voir et à discuter : L’Etabli

L’Établi de Mathias Gokalp, inspiré du formidable livre du même titre de Robert Linhart, publié en 1978, racontant son année d’établissement à l’usine automobile Citroen de Choisy dès septembre 1968.

Un récit très fort où il décrit admirablement le si pénible travail à la chaîne, les brimades de la maîtrise, le racisme et la discrimination  envers les travailleurs immigrés, le machisme envers les rares femmes, mais surtout la construction collective et fraternelle de la grève sur plusieurs jours, son joyeux déploiement malgré un triste dénouement, à la mesure de l’inhumanité récurrente des patrons. Voilà un film qui tombe à pic en ces mois de mouvement social très fort, où la question du travail et de la grève en entreprise est constamment posée, sachant aussi que nous ne sommes plus dans la même période.

L’établi est magistralement incarné par l’acteur Swann Arlaud, accompagné d’autres formidables acteurs et actrices, jouant les rôles d’ouvriers et ouvrières de plusieurs nationalités. De fait, un peu avant 1968 et après, des milliers de jeunes militant.es révolutionnaires maoïstes ou d’autres tendances, pas forcement de milieux aisés, avaient choisi d’aller en usine surtout après la plus grande grève du pays en mai -juin 1968, forte de 10 millions de grévistes. Un énorme mouvement social, initié aussi par la jeunesse étudiante et lycéenne. 

Notre région à l’époque très industrialisée, a connu cette révolte dans sa chair, suite aux nombreux affrontements avec les CRS, censés aider à la reprise du travail après les accords de Grenelle, début juin à Renault Flins. On se souvient avec effroi du jeune lycéen maoïste, Gilles Tautin mort noyé dans la Seine. Dans notre région, il y eut aussi des établi.es pendant des années, ayant intégré les syndicats de lutte, car ouvriers et ouvrières. Certain.es s sont encore présent.es aussi dans les luttes locales !

Allez voir ce film, lisez le livre, parlez-en, organisez ou participez à des débats, car c’est notre histoire !

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Mercredi 8 mars – Ciné débat La Syndicaliste aux Mureaux

CINE-DEBAT

Journée internationale pour   les droits des femmes

Mercredi 8 mars 2023 – 20h

Séance unique – entrée gratuite

La syndicaliste, film de Jean-Paul Salomé, avec Isabelle Huppert

                                                                                                                                Cinéma Frédéric Dard Les Mureaux

A l’occasion du 8 Mars 2023, présenter ce combat courageux d’une syndicaliste et lanceuse d’alerte est particulièrement d’actualité. Car il y a de plus en plus de judiciarisation des actes militants, de femmes malmenées parce que femmes (inégalités de salaire, projet de loi Retraites etc..), mise en avant de l’énergie nucléaire sans débat …

La Syndicaliste rappelle une histoire vraie de 2012 rapidement étouffée : celle de Maureen Kearney, syndicaliste à Areva, retrouvée chez elle ligotée à une chaise, la lettre A scarifiée sur le ventre. Engagée dans un combat contre sa direction pour dénoncer des transferts de technologie nucléaire entre la France et la Chine via EDF… elle porte plainte, mais tout un système économique, politique et judiciaire semble vouloir sa perte : de victime de viol, elle devient inculpée !

Adapté du livre-enquête éponyme de Caroline Michel-Aguirre, le réalisateur le reprend point par point, dans un montage d’une belle intelligence. Tout est vrai dans cet exemplaire thriller qui tient en haleine !

De quoi être convaincu.es que nous devons continuer à défendre nos droits et nos vies, sans relâche. Collectivement nous sommes plus fort.es !

Soirée co-organisée par la municipalité des Mureaux et Attac 78 Nord pour le débat.

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N’Autre histoire – Sur les cheminées de Porcheville…

L’annonce de la démolition des cheminées de la centrale de Porcheville fait grand bruit dans la région mantaise. Plantées depuis plus de 50 ans avec leur 220m, « ces 2 tours » comme les nomment certains-nes, sont devenues un emblème de l’agglomération. Un brasseur récemment installé à Mantes les a même imprimées sur les étiquettes d’une de ses bières où elles sont représentées crachant du houblon. Une mise en bière prémonitoire !

Pour de nombreux militants CGT comme moi, y ayant travaillé et lutté, il faudrait ajouter à leurs sommets 2 poings serrés symboles des bagarres sociales menées. En défense du service public aujourd’hui détruit par la privatisation et l’ouverture à la concurrence avec l’envolée des prix de l’énergie. Luttes solidaires en défense des droits des sous traitants comme les femmes de ménage ou aux cotés des chaudronniers polonais payés 2 euros de l’heure en 2006 lors de la rénovation. Pour la santé collective en exigeant les protections nécessaires contre l’amiante ce poison qui a tué notre pote Serge à 53 ans, poison que j’ai également respiré dans la cheminée. Luttes contre le harcèlement moral et sexuel subis par plusieurs copines, ayant abouti à la condamnation d’EDF aux Prud’hommes et du cadre harceleur en correctionnelle. Luttes nombreuses pour la défense des retraites et toujours d’actualité…

Même rasées leurs empreintes, faites de nos luttes, de nos joies, de nos pleurs de nos tourments et aussi de nos espoirs graveront notre région. Peut être resteront – elles (avec leurs chaudières et turbines en coupe) dans les pages d’un fameux dictionnaire illustré à la page «centrale thermique » pour représenter le fonctionnement de ce type d’installation de production d’électricité ? Pour finir, à quelques jours de Noël cette évocation des cheminées me rappelle une blague qui circulait à la centrale à cette période : « N’oublies pas de déposer tes chaussures de sécurité en bas des cheminées des fois que tu y trouves une augmentation de salaires ! »

Philippe Morice

https://actu.fr/ile-de-france/porcheville_78501/porcheville-les-cheminees-de-la-centrale-electrique-vont-bientot-disparaitre_55367384.html

https://actu.fr/ile-de-france/porcheville_78501/porcheville-la-disparition-des-cheminees-de-la-centrale-electrique-fait-debat_55715246.html

https://actu.fr/ile-de-france/mantes-la-jolie_78361/mantes-la-jolie-la-brasserie-artisanale-gardera-les-cheminees-de-la-centrale-de-porcheville-sur-ses-etiquettes_55718767.html

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Histoire Les travailleur·euses n'ont pas de pays ! Luttes migrant·es

Les gueules noires du Maroc, oubliées de l’histoire de France

Dans les années 1960 et 1970, la France a recruté 80 000 Marocains pour travailler à bas coût dans les mines du Nord et de la Lorraine. La sociologue Mariame Tighanimine, fille d’un de ces mineurs, et la journaliste Ariane Chemin braquent les projecteurs sur cette histoire absente des manuels scolaires. 

Rachida El Azzouzi

9 décembre 2022 à 19h43

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