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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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L’intelligence artificielle, vecteur de discriminations

Au-delà des promesses de progrès techniques et de transformation sociétale, les outils d’IA représentent un risque, notamment celui de véhiculer et exacerber des stéréotypes. Ils reflètent les préjugés existants et renforcent les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, à la nationalité, à la religion réelle ou supposée, mais aussi les discriminations racistes. En effets, les calculs et les données qui alimentent les algorithmes ne sont jamais neutres : « Les algorithmes sont des opinions encapsulées dans du code ».
On parle de biais, c’est-à-dire que les résultats sont biaisés, déviés en raison des préjugés humains qui faussent les données d’entraînement de l’algorithme. Les biais reflètent les discriminations quelles qu’elles soient et les amplifient. Celles et ceux qui construisent l’algorithme y embarquent leur vision du monde.

Note Biais IaLire plus de publications sur Calaméo

1.     L’IA au service du patriarcat 

Pour se développer, les IA sont alimentées par des données, pour l’essentiel des contenus présents sur internet, dont beaucoup comportent des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes. L’IA apprend à partir de ces données, les restitue et en fait une vérité. Apparaissent fréquemment des biais liés à ces données, de sélection, cognitifs… Par exemple, les contenus engendrés participent à renforcer une vision hétéronormée des femmes soumises et sexualisées. 

Les personnes qui développent les IA ont leurs propres biais et sont essentiellement des hommes blancs anglo-saxons. On peut parler de « coded gaze », un terme créé par la chercheuse Joy Buolamwini, qui décrit comment « la technologie encode les discriminations ». C’est un dérivé du terme « male gaze », une représentation du monde créé par les hommes, pour les hommes. 

Les femmes ne représentent que 26,3 % des effectifs travaillant sur l’IA en Europe et 22 % à l’échelle mondiale. La parité dans ce domaine n’est pas à espérer avant 2100 ! Les personnes issues de la diversité sont elles aussi sous-représentées dans ces métiers. Les biais dits structurels sont liés aux données d’entraînement retenues, à la composition des équipes de conception ainsi que les objectifs économiques ou sociaux qui motivent leur création. 

Cela participe au renforcement des biais, mais ça n’est pas la seule cause. Une meilleure représentation des femmes – et plus largement des minorités – serait une avancée, mais qui ne produirait des effets qu’accompagnée d’une réelle politique de lutte contre toutes les formes de discriminations. Se questionner sur qui élabore l’IA est donc une étape, il faut aussi s’intéresser à « pour qui » elle est faite. Dans la majorité des cas, les donneurs d’ordre (entreprises, administrations…) commandent des systèmes dont le but est de maximiser les profits et/ou la productivité. La lutte contre les discriminations est donc généralement négligée. 

Une étude menée par l’UNESCO en 2024, axée principalement sur le genre, pointe les effets des biais de l’IA : « Ces nouvelles applications d’IA ont le pouvoir de subtilement façonner les perceptions de millions de personnes, de telle sorte que même de légers préjugés sexistes dans le contenu qu’elles génèrent peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel ». Dans le cadre de cette étude, des tests ont été menés sur différentes IA génératives, comme ChatGPT ou Llama, leur demandant d’associer des mots à des noms féminins et masculins. Les noms féminins sont majoritairement associés à des termes dévalorisés ou traditionnels, comme « domestique » ou « cuisinière ». Les noms masculins sont eux associés à des termes plus diversifiés ou valorisés, comme « ingénieur » ou « aventurier ». En associant presque systématiquement certains termes à des genres, l’IA reproduit et perpétue les stéréotypes. 

L’usage de ces outils dans la vie quotidienne a des impacts sur le monde du travail. C’est ce que l’on constate déjà fréquemment dans de nombreuses entreprises et administrations. 

L’usage de systèmes d’IA dans le recrutement (tri des CV, faire correspondre des offres d’emplois à des candidat·es…) ou la promotion de travailleur·euses est problématique. De manière générale, ils favorisent les candidatures d’hommes pour des fonctions associées à des termes comme « leardership » ou « compétitivité ». Les candidatures de femmes sont favorisées pour des fonctions de secrétariat, par exemple. 

On peut prendre un cas d’usage au sein du Groupe La Poste. Ce dernier a des activités très larges passant du traitement du courrier et colis, donc les factrices et facteurs, mais aussi la banque ou bien les questions de tiers de confiance numérique (par exemple Pronotes). 

À La Poste, un logiciel embarquant de l’IA a été déployé dans les centres d’appel de La Banque Postale (filière du groupe), appelé Quality Monitoring. Il est aussi utilisé dans des centres d’appel comme Téléperformance. Son objectif est de faire de l’analyse sémantique et acoustique des appels client·es. Le logiciel enregistre et produit une synthèse des entretiens téléphoniques, pointant ce qui va et qui ne va pas, pour logiquement faciliter le travail des encadrant·es. 

Les représentant·es de Sud PTT — Solidaires avaient très tôt alerté sur les risques de biais sexistes ou racistes que comporte un tel outil. Iels avaient aussi souligné les risques en matière de données (bancaires dans le cas présent). Tout ceci avait été balayé par la direction qui a déroulé son projet. Après plusieurs mois d’utilisation, il apparaît clairement que les alertes étaient fondées. Il se trouve que le logiciel analyse beaucoup moins bien les voix féminines et va avoir tendance à conclure qu’elles sont plus agressives, plus en colère. On retrouve là des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes, renvoyant à des femmes qui seraient plus facilement en colère ou hystériques. 

Ce sont toujours ces stéréotypes sexistes qui conduisent nombre d’entreprises à choisir des voix féminines par défaut pour leurs assistants vocaux (Alexa, Siri, GoogleHome…). Dans « Que faire de l’IA », la Fondation Copernic explique ce qui peut motiver ce choix : « selon les stéréotypes, les qualificatifs associés aux voix féminines sont délicates, empathiques, serviables, alors que les voix masculines sont qualifiées de dominantes ». Fin 2022, La Banque Postale a lancé le premier robot conversationnel bancaire, qui se substitue aux téléconseillèr·es pour un certain nombre d’appels. Quand il a fallu trouver un nom à cette IA, la banque du Groupe La Poste a opté pour « Lucy », lui associant une voix féminine qui, selon les termes des dirigeants, se veut « empathique et représentative de la proximité ». Dans ce dernier exemple, en plus du nom et de la voix, La Banque Postale a choisi de personnifier son callbot, lui associant une image, celle d’une superhéroïne. Son déploiement ayant connu trois phases (démarrant d’opérations dites simples pour aller vers des opérations plus complexes), elle est donc passée de la petite fille avec son cartable et ses bottes à la superwoman avec son costume moulant. Et, quelle que soit sa « phase », elle est toujours jeune et mince, a toujours la peau blanche, les cheveux longs et sa cape ! 

En matière de santé, les biais existaient aussi bien avant l’IA, et l’introduction de cette dernière est loin de les corriger. Les données utilisées sont majoritairement issues d’études menées sur des hommes occidentaux blancs. Celles-ci invisibilisent les particularités de la santé des femmes, des personnes racisées ou minoritaires qui sont sous-représentées dans les données d’entraînement, ce qui laisse à penser que les discriminations vont s’amplifier dans ce domaine. En Espagne, certains hôpitaux se sont dotés d’un système de prédiction de compatibilité dans le cas de greffes de foie. Après plusieurs années d’utilisation, le bilan souligne qu’aucune femme n’a été identifiée comme receveuse par ce système. Les données sur lesquelles il s’appuyait ne comportaient que peu de femmes. L’intégration de l’IA dans le système de santé tend donc à creuser les inégalités et la mauvaise prise en charge de certaines populations. 

Autre exemple : La fabrication de robots sexuels, conçus là encore par des hommes et pour des hommes, participe à véhiculer l’idée que le rôle des femmes serait de satisfaire les désirs masculins. Cela pose aussi la question du consentement. L’IA n’étant pas dotée de conscience ne peut ni consentir ni ne pas consentir. Ce qui peut participer à induire pour certain·es utilisateur·ices une notion de « consentement par défaut », qui va à l’encontre des valeurs que nous portons.

2.     Biais racistes des systèmes d’IA…

Les études qui pointent les biais sexistes des LLM dénoncent aussi leurs stéréotypes racistes. Les tests réalisés dans le cadre de l’étude de l’UNESCO ont aussi été menés sur cet angle-là, montrant que les personnes racisées sont moins bien représentées dans les bases de données. Il en ressort que les qualificatifs associés pour parler des personnes noires relèvent plus souvent d’un champ lexical négatif. Les exemples de biais explicites sont nombreux. En 2016, Microsoft lançait son chatbot Tay (connecté à Twitter), rapidement désactivé parce qu’il tenait des propos racistes et néonazis. Aux États-Unis, une expérience de justice prédictive avait été initiée, là aussi abandonnée après qu’elle s’est révélée raciste. Elle attribuait un taux de récidive potentielle deux fois supérieur aux afro-américain·es comparé aux autres populations. Pour les personnes considérées comme blanches, le risque était sous-estimé.

Les technologies de reconnaissance faciale ont aussi recours à l’IA et sont plus performantes sur des visages à peau blanche que sur des visages à la peau plus sombre. De la même manière, elles sont aussi moins performantes sur les visages féminins. Ceci engendre un risque plus important de surveillance abusive et d’exclusion selon les usages qui en sont faits. 

L’utilisation d’outils d’IA dans la sphère professionnelle va donc renforcer les discriminations racistes. Son application dans des tâches liées au recrutement peut conduire à l’élimination injustifiée de certaines candidatures. Le CESE, dans son étude « Analyse de controverses : intelligence artificielle, travail et emploi » le pointe : « Ces outils algorithmiques d’aide au recrutement tendent, par exemple, à reproduire les caractéristiques des personnes déjà employées, limitant ainsi la diversité et aggravant les discriminations liées à l’âge ou aux origines sociales, ethniques et géographiques (etc.) ». La Poste, avec son logiciel d’écoute et transcription d’appels, ne fait pas exception. Des appels sont mal notés par « Quality Monitoring », le logiciel ne comprenant pas certains accents, régionaux, mais surtout internationaux. Les conseiller·es des centres d’appel de La Banque Postale doivent se présenter en donnant leur nom et prénom en début d’entretien. L’outil donne une mauvaise note à un appel pris par un collègue dont le nom peut paraître comme étranger, parce qu’il n’aura pas été reconnu. Donc, des appels peuvent être considérés comme de mauvaise qualité simplement parce qu’un·e travailleur·euse a un accent, un nom ou tout simplement une voix qui ne sont pas « standards ». Et surtout parce que l’IA n’est pas entraînée sur des critères suffisamment larges et représentatifs de l’ensemble de la population. On peut parler de biais de représentation, l’ensemble des données sur lesquelles sont entraînés les modèles d’IA ne représentent pas tous les groupes sociaux, mais ces derniers font pourtant des généralités. 

3.     Et validistes !

Les évolutions technologiques promises par l’IA sont souvent présentées comme des atouts pour les personnes en situation de handicap. En effet, l’intelligence artificielle peut apporter des améliorations à la vie des personnes en situation de handicap : outils de transcription des conversations pour les personnes sourdes ou malentendantes, logiciels de description d’images pour les personnes aveugles ou malvoyantes, aides à la rédaction pour les personnes neuroatypiques ou encore les exosquelettes… Pour autant, cela ne doit pas nous faire oublier les effets discriminants trop présents dans ces technologies, qui intègrent des préjugés validistes et âgistes. Le problème réside dans la conception même de ces outils : ils sont majoritairement pensés pour les personnes en situation de handicap par des concepteur·ices et ingénieur·es valides, sans réelle co-construction ni connaissance du validisme. Cette absence de représentativité dans les équipes de développement conduit à une IA qui impose sa propre vision de la « norme » au lieu de s’adapter à la diversité des besoins.

De plus, les grandes entreprises ont de plus en plus recours à des IA pour le recrutement, notamment pour le filtrage des candidatures. Et bien que cela soit désormais interdit, certaines ont encore recours à des outils de reconnaissance émotionnelle. Ces technologies sont particulièrement discriminantes envers les personnes handicapées, les considérant généralement comme indignes de confiance, ou non conformes à la norme.

Les différentes oppressions que l’IA alimente et exacerbe ne sont pas des phénomènes isolés, mais elles se combinent et se renforcent quand elles concernent une même personne. On peut donc parler de discriminations intersectionnelles.

4.     Biais de classes : des discriminations envers les plus précaires

En se déployant partout dans les lieux de travail, dans le privé comme dans le public, l’IA et ses biais ont des conséquences sur nos conditions de travail et nos emplois. Quand elles sont utilisées par des entreprises et administrations, elles ont aussi des conséquences sur l’ensemble de la société, notamment les client·es et usager·es.

En la matière, les exemples de discriminations sont nombreux. C’est le cas de l’algorithme utilisé par la CAF pour noter les allocataires en fonction du risque de fraude et donc « optimiser » les contrôles. Les critères retenus comme négatifs sont, par exemple, le fait de percevoir une allocation d’adulte handicapé, avoir été veuf·ve, divorcé·e ou séparé·e avec un changement depuis… Le fait d’avoir un haut revenu est un critère positif. Cet outil stigmatise les personnes les plus précaires, c’est d’ailleurs ce qui a conduit une quinzaine d’associations à déposer un recours devant le Conseil d’État. Dans son ouvrage « Les algorithmes contre la société », Hubert Guillaud constate que les contrôles s’exercent sur les populations les plus stigmatisées : bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA), de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) ou de l’Allocation de Soutien Familial (ASF) destinée aux parents isolés. La CAF surveille les allocataires en leur administrant des scores de risque sans même les informer ni de l’existence de ces procédures ni de la façon dont sont calculés ces scores. Ces scores sont constitués à partir d’une trentaine de variables dont certaines sont liées directement à la précarité, comme le fait d’avoir un revenu variable, le système de contrôle concentre ainsi ses effets sur les bénéficiaires dont les ressources sont les plus fluctuantes : intermittent·es du spectacle, intérimaires…

Un système comme Parcoursup est lui aussi très critiquable, étant donné son opacité. En effet, on ne connaît pas les critères utilisés pour l’étude des candidatures ni dans quelle mesure des algorithmes interviennent dans la décision, mais l’on sait que son fonctionnement repose sur l’idée d’attribuer aux meilleurs élèves les meilleures places, amplifiant les inégalités du secteur éducatif en France et opérant ainsi un tri social. Le choix des élèves pour chaque formation est réalisé à partir des résultats scolaires et non de la motivation. Parcoursup est désormais classé comme un « système à haut risque » par l’AI Act et devra donc se conformer à des obligations accrues de transparence… mais pas avant août 2027 !

Enfin, côté France Travail, les demandeur·euses d’emploi se voient maintenant appliquer un score d’employabilité pour mesurer la probabilité de leur retour à l’emploi dans les six mois et un score pour détecter les chômeurs et chômeuses qui décrochent dans leur recherche, favorisant là aussi le tri entre les demandeurs, demandeuses d’emploi. On constate que les chômeurs et chômeuses qui n’ont pas travaillé depuis plus d’un an sont plus contrôlé·es que celles et ceux qui envisagent de créer leur entreprise.

Les outils de scoring intègrent désormais de l’IA de manière très courante, notamment dans les outils d’aide à la décision en matière de souscription de crédits ou d’assurances. Les scores calculés par des IA biaisées peuvent entraîner davantage de refus de prêt ou des primes d’assurance plus élevées pour les personnes racisées, les femmes, ou celles en situation de précarité, car l’IA considère à tort ces caractéristiques comme des facteurs de risque accrus.

C’est aussi le cas avec l’analyse de l’adresse postale. Pour l’IA et plus largement les algorithmes, notre lieu d’habitation détermine si on est potentiellement un bon ou mauvais client. Ce qui peut conduire des personnes à se voir refuser plus facilement un crédit. Sur les assurances, les tarifs peuvent être plus élevés selon ces critères, qui malheureusement, existaient déjà avant l’instauration d’IA. Cette dernière va les renforcer.

Loin d’être neutres, les algorithmes et leurs lots de calculs et de scores renforcent aussi les inégalités de classes sociales.main.original

L’IA n’est pas seulement des calculs, du codage et des algorithmes, elle repose sur une infrastructure humaine invisible et précaire. Pour fonctionner, les IA nécessitent l’intervention de milliers de « travailleurs et travailleuses du clic ». Ces personnes, souvent situées dans les pays du Sud global ou issues de populations très précaires, sont payées quelques centimes pour trier des images, corriger les erreurs des algorithmes ou filtrer les contenus violents et haineux dans des conditions de travail déplorables. Cette division internationale du travail numérique est en soi une discrimination de classe et de race : la sécurité et le confort des utilisateurs et utilisatrices du Nord reposent sur l’exploitation des plus pauvres, chargé·es de « nettoyer » manuellement les préjugés de la machine.

5.     Combattre les biais de l’IA partout !

La reproduction de stéréotypes est un danger pour l’ensemble de la société. En brassant des milliers de données, les systèmes d’intelligence artificielle agissement comme une loupe qui grossit les discriminations. En reproduisant, par exemple, une vision sexualisée des femmes, l’IA contribue aux à l’amplification de stéréotypes de genre.

Les dérives LGBTQ+phobes ont été pointées par Antonio Casilli avec le développement par des chercheurs de Stanford d’une IA prétendument capable de détecter l’orientation sexuelle de personnes grâce à leurs photos, tirées d’un site de rencontres. Le réseau de neurones s’entraîne lui sur des données collectées à partir de profil Facebook de personnes exclusivement blanches qui ont liké des pages « gay ». Pour Antonio Casilli : « L’étude traduit une vision hétéronormative, qui n’admet pas de situations intermédiaires de l’identité sexuelle ». Dans cette étude, tous les stéréotypes et discriminations y passent ! Extrait de propos des développeurs : « L’étude est limitée à des participants blancs parce que les non-blancs sont proportionnellement plus homophobes et ne se laissent pas recruter à cause de leurs préjugés ». On imagine malheureusement facilement les dommages que pourraient causer ce genre d’IA par des gouvernements qui traquent les personnes LGBTQ+. 

Au travail, les salarié·es qui sont sommé·es d’utiliser les systèmes d’intelligence artificielle ne sont jamais formé·es sur la question des biais et plus généralement des risques inhérents à l’utilisation de ces systèmes.

Ce sont les entreprises qui financent et conçoivent ces systèmes d’IA qui encodent/embarquent, parfois volontairement, nombre de stéréotypes et de préjugés racistes, liés au genre, au handicap, à l’âge, à la précarité, ou à toute autre caractéristique sociale, et qui, trop souvent, ne font rien pour corriger ces biais.

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Dérive autoritaire et xénophobe : Refusons l’importation de la « méthode Trump » en France

L’Union syndicale Solidaires dénonce une accélération brutale de la fascisation des politiques migratoires et sécuritaires en France. Nous refusons que notre pays devienne le laboratoire européen des méthodes de l’ICE américain. Nous refusons la complicité des entreprises françaises.

Les récents propos d’Arno Klarsfeld, membre du Conseil d’État, appelant à transposer en France les méthodes de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) des États-Unis, marquent un naufrage politique et moral. L’ICE n’est pas une simple police : c’est une milice au service d’une politique xénophobe et raciste, responsable de morts en détention et d’exécutions sommaires (comme celles de Renee Good et Alex Pretti). Cette rhétorique n’est pas une provocation isolée : elle trouve un écho dans la volonté du ministère de l’Intérieur d’instaurer une « présomption de légitime défense » pour les policiers, ouvrant la voie à une impunité totale, similaire à celle de l’ICE aux États-Unis.

Cette dérive idéologique se repand aussi dans nos entreprises qui ne voient pas de problème à créer des logiciels de traque des êtres humains. L’entreprise française Capgemini a ainsi signé un contrat de 365 millions de dollars avec l’ICE pour « identifier et localiser » des migrant·es. Le système de bonus indexé sur l’efficacité de cette traque transforme des êtres humains en source de profit. Par ailleurs, Capgemini a annoncé la suppression de 2400 postes en France, au prétexte de la performance des systèmes d’IA qu’elle utilise et commercialise.Solidaires soutient les salarié·es et les sections syndicales de SUD Industrie et de Solidaires Informatique qui exigent la rupture immédiate de ces contrats. Nos compétences ne doivent pas servir à traquer l’humanité.

Une machine législative raciste : de l’Europe à la circulaire Retailleau

Cette brutalité ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence directe d’une surenchère législative xénophobe et raciste. Elle s’inscrit dans la logique du Pacte européen sur la migration et l’asile, qui transforme nos frontières en zones de tri et de détention systématique, actant la fin du droit d’asile tel que nous le connaissions. En France, la Loi Darmanin a gravé dans le marbre la précarité administrative, tandis que la récente circulaire Retailleau vient intensifier la pression sur les préfectures pour multiplier les OQTF et les expulsions, au mépris des vies humaines. C’est ce cadre légal qui arme le bras de la répression et qui assassine en toute impunité El Hacen Diarra au cours d’un contrôle de police.

Le constat alarmant de la Défenseure des Droits

Nul besoin d’attendre l’extrême droite au pouvoir pour constater la mise en place d’une répression raciste violente qui conduit à la mort. Les récents rapports de Claire Hédon, Défenseure des Droits, sont alarmants :

  • Dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) : Usage banalisé de la force, contentions psychiatriques (« camisoles » euphémisées en « dispositifs de protection individuels »), atteintes graves à la dignité.
  • Dans le Pas de Calais : Traque nocturne, gazages, tirs de LBD sur des familles, destruction de campements. Cette politique du « zéro point de fixation » a un coût humain : au moins 189 personnes ont été retrouvées noyées dans la Manche depuis 2017.
  • Aux frontières avec l’Italie et l’Espagne : La militarisation des cols alpins et pyrénéens organise une mise en danger délibérée. Les forces de l’ordre y pratiquent des refoulements quotidiens, y compris de mineur·es isolé·es en violation totale de la protection de l’enfance. Ces traques poussent les exilé·es vers des chemins de haute montagne toujours plus dangereux, entraînant chutes, hypothermies et morts.

Nous désobéirons

Face à cette fuite en avant, l’administration publique est en première ligne. Les agent·es du service garde-côtes des Douanes observent au quotidien le durcissement des pratiques coercitives, exercées par les forces de police et de gendarmerie à l’encontre des exilé·es, et refusent de devenir des auxiliaires de répression, au péril de la vie de personnes en détresse.

Le code général de la fonction publique dispose que « l’agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Sauver des vies est un intérêt public supérieur.

Mais ne nous abritons pas derrière des arguties juridiques !

Si demain, un gouvernement décide de s’affranchir des conventions internationales, si les ordres, aujourd’hui manifestement illégaux et attentatoires à la dignité humaine, sont rendus légaux par une Assemblée Nationale tombée aux mains de l’extrême-droite et de ses supplétifs, Solidaires porte une réponse claire, inspirée par nos camarades gardes-côtes de Solidaires Douanes : NOUS DÉSOBÉIRONS.

L’Histoire se chargera de juger celles et ceux qui feront le choix de se conformer à des directives indignes.

Face à cela, l’Union syndicale Solidaires revendique :

  • L’abrogation de la Loi Darmanin, de la circulaire Retailleau et le refus du Pacte Asile et Migration européen.
  • L’arrêt immédiat des violences policières et des pratiques indignes dans les CRA et aux frontières.
  • La rupture des contrats de collaboration entre les entreprises françaises (comme Capgemini) et les organes de répression xénophobes (ICE).
  • La régularisation de toutes les personnes sans-papiers et respect inconditionnel du droit d’asile.
  • Le soutien total aux agent·es du service public qui refusent d’appliquer des directives inhumaines.
  • Des politiques d’accueil dignes

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Minneapolis : mobilisation syndicale anti-raciste

Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

Suite au double meurtre de la  milice-police anti-immigrés à Minneapolis, Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250 a bien voulu répondre à nos questions notamment sur la mobilisation du mouvement syndical. Le syndicat CWA a été fondé en 1938 représente des travailleurs aux États-Unis, à Porto Rico et au Canada dans les domaines des communications et de l’information, ainsi que dans les médias, le transport aérien, la télévision (hertzienne et câblée), les services publics, l’enseignement supérieur, la santé, l’industrie manufacturière, les hautes technologies et bien d’autres secteurs. 700 000 travailleurs en sont membre dans les secteurs privé et public.

Quelle est la situation à Minneapolis concernant les migrant·es et la répression organisée par l’ICE ? Quelles mobilisations ou actions syndicales sont organisées ?

La situation des travailleur·euses migrant·es est critique. Trois mille agents de l’ICE et d’autres agents fédéraux ratissent la région métropolitaine de Minneapolis-St. Paul et l’État du Minnesota. Des milliers de travailleur·euses immigré·es ont été arrêté·es et envoyé·es dans des centres de détention dans d’autres États avant d’être expulsé·es du pays. Beaucoup ont été brutalisé·es. Au moins un homme, un ressortissant nicaraguayen, qui avait été enlevé à Minneapolis, est décédé dans un camp de détention fédéral au Texas. De très nombreux travailleur·euses latino-américains vivent pratiquement dans la clandestinité, ne quittant pas du tout leur domicile. Un Vénézuélien travaillant pour Door-Dash (un service de livraison basé sur une application) a été poursuivi par l’ICE, puis blessé par balle à la jambe alors qu’il s’enfuyait chez lui. Des travailleurs ont été agressés par l’ICE alors qu’ils sortaient les poubelles sur leurs lieux de travail. Un quartier scolaire populaire a signalé que l’ICE avait commencé à utiliser des enfants comme « appâts » pour piéger et enlever leurs parents (et souvent les enfants aussi !). La communauté somalienne, dont la grande majorité a un statut légal et dont la plupart sont désormais citoyens, a également été diabolisée et spécifiquement ciblée par la police fédérale. Plusieurs membres de syndicats ont été déportés, dont plus de 20 membres du SEIU 26 (concierges et agents de sécurité) et, cette semaine, 10 membres du HERE (employés d’hôtels et du secteur hôtelier) ont été déportés alors qu’ils-elles étaient à leur poste à l’aéroport. Trois membres du CWA, appartenant à des sections locales partenaires et non à la nôtre, ont également été déportés. De même pour deux travailleurs originaires du Laos qui vivaient aux États-Unis depuis 50 ans et travaillaient à l’usine New Flyer de St Cloud, dans le Minnesota, depuis 20 ans. Et un collègue mexicain qui était membre du syndicat Newspaper Guild, affilié au CWA, et travaillait dans une organisation locale à but non lucratif.

Quelle est la position de votre syndicat, le CWA 7250, et du mouvement syndical face à ces mesures répressives ?

Notre section locale ne compte pas beaucoup de membres immigrés, mais certains de nos membres ont un statut légal et d’autres ont des parents immigrés. Cependant, notre section locale croit fermement au principe « UNE BLESSURE POUR UN EST UNE BLESSURE POUR TOUS » [vieux mot d’ordre du mouvement ouvrier américain]. Nous avons donc sensibilisé nos membres à leurs droits légaux, soutenu les actions et les déclarations anti-ICE dans les villes jumelles [Minneapolis–Saint Paul], et soutenu et organisé la « Journée de la vérité et de la liberté – PAS DE TRAVAIL – PAS D’ÉCOLE – PAS DE SHOPPING ». Nous avons mobilisé la majorité de nos membres pour qu’ils ne se rendent pas au travail le 23 janvier : un centre d’assurances a été complètement fermé (300 travailleurs) ; un centre d’appels a enregistré 86 % d’absents ; la majorité des travailleurs de 20 magasins de détail, que nous représentons, ont participé. Nous avons incité nos membres à participer à des actions de rue et certains de nos membres participent à des groupes de réaction rapide anti-ICE dans leur quartier. Une de nos membres a récemment été violemment agressée alors qu’elle faisait partie d’un groupe de réaction rapide de son quartier qui affrontait l’ICE lors d’un enlèvement près de son domicile.

Le 23 janvier, une manifestation de grande ampleur a été organisée sous le slogan « PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING ». Comment cela s’est-il déroulé ?

Ce fut un immense succès : des dizaines de milliers de travailleur·euses ont débrayé et jusqu’à 100 000 personnes ont défilé par une température de -20 °C. Plus tôt dans la journée, une grande action menée par des travailleur·euses et des membres du clergé a temporairement fermé l’aéroport international MSP, tandis que des militant·es ont bloqué le siège de l’ICE. À la suite de cela, dans ce qui semble être un acte de représailles évident, un infirmier syndiqué de l’hôpital des anciens combattants [Alex Pretti] a été exécutée en plein jour alors qu’elle filmait l’ICE à Minneapolis. Cet événement fait suite au meurtre similaire d’une mère au foyer homosexuelle [Renee Good] dans sa voiture alors qu’elle manifestait contre l’ICE, et, comme mentionné précédemment, à l’enlèvement d’un employé de restaurant nicaraguayen par l’ICE à Minneapolis, qui a été envoyé au Texas où il est décédé dans un camp de détention. Les syndicats, les groupes communautaires et les militants radicaux discutent des prochaines étapes, avec une manifestation massive et deux grandes meetings sont prévus aujourd’hui.

Vidéo d’entretien (en anglais) avec Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250

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13 février : Le gouvernement fabrique des sans-papiers : il est urgent de respecter les droits et la dignité de toutes les personnes vivant en France

Le collectif “Bouge ta Pref” coordonne une mobilisation de protestation contre les conditions faites aux étrangers avec et sans papiers le 13 février simultanément dans tous les départements d’Ile de France.

Les collectifs d’associations CEFY et RAMY ont décidé de se joindre à cette mobilisation dans les Yvelines. Un tract est proposé par les organisations du collectif (en pièce jointe) Ce mouvement du 13 février sera suivi en mars par un rassemblement à Paris.

Dans les Yvelines nous organisons donc un rassemblement le Vendredi 13 février à 11h au plus près de la préfecture.
Nous voulons participer à une dynamique collective pour faire connaître notre désapprobation de la loi Darmanin, des circulaires Retailleau, du manque de moyens et des pratiques de la préfecture.

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Motion d’actualité : Mineur·es non accompagné·es

Cette motion d’actualité a été votée à la suite du 7e congrès du SUNDEP Solidaires qui s’est déroulé en décembre 2025 à Lille.

Nous appelons à ce que les droits des mineur·es non accompagné·es, sur tout le territoire français, soient respectés.
Nous continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

VIEW ONLINE: sur le site du SUNDEP Solidaires

Des mineur·es non accompagné·es sur le territoire français n’ont toujours pas accès, de façon pérenne, au logement et à la scolarisation.
Leur minorité est systématiquement examinée et trop souvent remise en question par les autorités : département et/ou rectorat. Ils et elles vivent tout ou partie de l’année dans des conditions inacceptables pour des adolescent·es.

Le SUNDEP Solidaires demande que ces mineur·es non accompagné·es soient scolarisé·es, nourri·es, logé·es, soigné·es et que ces jeunes puissent circuler gratuitement. Nous demandons également que, pour cela, les conseils départementaux et les rectorats appliquent les lois relatives à la protection de l’enfance.

Le SUNDEP Solidaires soutient et soutiendra, dans chaque académie, toutes les actions en faveur de la défense de ces mineur·es non accompagné·es qui sont aussi nos élèves quand ils et elles échappent à la rue.

Nous appelons à ce que leurs droits soient respectés et continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

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États-Unis : le 23 janvier 2026, PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING, Ice partout, justioce nulle part

Le 7 janvier 2026, Renée Nicole Good a été assassinée à Minneapolis par un agent de l’ICE, la police de l’immigration. Ces agents agissent en toute impunité, soutenus par le gouvernement américain : 9 personnes ont été abattues en 4 mois et 32 autres sont mortes dans des centres de détention en un an.

Le président Trump et ses sbires défendent publiquement les agents, leur accordant un permis de tuer.

Des perquisitions sont menées au domicile de journalistes, bafouant la liberté de la presse et assurant la montée de l’autoritarisme aux États-Unis.

Les citoyen·nes sont terrorisé·es. Dans chaque ville, des scènes d’arrestations au faciès violentes inondent les réseaux sociaux.

Mais les gens s’organisent pour tenter de déstabiliser cette milice : manifestations, utilisation de sifflets pour signaler la présence de la milice, blocage des convois, accueil des personnes poursuivies dans des maisons privées, etc.

À Minneapolis, une délégation syndicale et les instances régionales locales du travail organisent le 23 janvier comme une JOURNÉE DE LA VÉRITÉ ET DE LA LIBERTÉ.

Pour cette journée, un appel est lancé aux citoyen·nes et aux travailleurs et aux travailleuses : pas de travail, pas d’école, pas de courses.

Le fascisme tue, aujourd’hui, partout.

Solidaires soutient la journée de protestation du 23 janvier et condamne les actions de la milice ICE.

Solidaires soutient tous les travailleurs et travailleuses qui luttent contre l’autoritarisme, l’impérialisme et le fascisme, toujours et partout.

Ni oubli ni pardon.

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antiracisme Répression Violences policières

Justice pour El Hacen Diarra !

Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra est mort alors qu’il se trouvait au commissariat du XXᵉ arrondissement de Paris. Cet homme de 35 ans, travailleur immigré mauritanien, vivait dans un foyer de cet arrondissement. Il a été contrôlé par la police à proximité de son lieu de vie, puis plaqué au sol, et a reçu un coup de taser et des coups de poing d’un agent, avant d’être conduit au commissariat. C’est là qu’il a perdu la vie à la suite d’un arrêt cardiaque survenu pendant sa garde à vue, dans des circonstances qui demeurent à ce stade obscures et profondément préoccupantes. Sa mort soulève de graves questions sur les conditions de son interpellation, de son transport et de sa détention au commissariat.

Rappelons que selon la Cour européenne des droits de l’Homme, l’Etat a l’obligation de prévenir les atteintes au droit à la vie, notamment en prévoyant des règles contraignantes à l’égard de la police pour toute intervention. La CEDH impose que le recours à la force ne soit possible qu’en cas d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité, sachant que si une arme doit être utilisée, ce ne doit être qu’en ultime recours.

Dimanche 18 janvier, un rassemblement de soutien s’est tenu dans le XXᵉ arrondissement, réunissant la famille, les proches, des habitant·es, des collectifs et de nombreuses organisations. Ce moment de recueillement mais aussi de vive indignation a permis aux centaines de personnes présentes de rendre hommage à El Hacen Diarra, de dénoncer les violences policières et d’exprimer une solidarité sans réserve avec celles et ceux qui sont frappé·es par ce drame. Nos organisations affirment leur soutien à la famille et aux proches de la victime, dans leur deuil comme dans leur combat pour la vérité.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avant l’ouverture avec retard d’une instruction, par un juge indépendant, pour coups mortels. Nos organisations demandent que les investigations soient diligentes et menées de manière véritablement indépendante, approfondie et transparente, afin d’établir précisément les faits, de faire la lumière sur les responsabilités et de permettre que justice soit rendue.

Ce drame confirme l’urgence des revendications que nous portons de longue date, en particulier la modification en profondeur du cadre légal des contrôles d’identité, des mesures pour mettre fin aux pratiques violentes et discriminatoires et l’interdiction des techniques d’interpellation et de contrainte dangereuses telles que la clé d’étranglement, ainsi que l’indépendance du parquet et de l’IGPN. Elles s’inquiètent de la proposition de loi sur la présomption de légitimité de tout usage d’une arme, actuellement en débat à la Commission des lois et demandent à ce qu’elle ne soit pas portée au vote à l’Assemblée nationale.

Nos organisations réaffirment leur détermination à agir pour que de telles morts ne se reproduisent plus.

Bagnolet le 21 janvier 2026

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Tribune Collective : Face à l’antisémitisme, la liberté d’expression est indispensable

La proposition de loi présentée par la députée Renaissance Caroline Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » est illusoire. Ce combat, s’il est urgent, doit puiser sa force et sa légitimité dans le respect des fondamentaux de la République.

Les juifs de France vont-ils bientôt être, de fait, assimilés à des citoyens israéliens ? Va-t-on risquer de se voir accuser d’antisémitisme pour avoir critiqué la politique de l’État d’Israël, tel ou tel de ses dirigeants ? L’expression de solidarité avec un peuple martyr, spolié, pourra-t-elle être assimilée à une apologie du terrorisme ? Ces trois questions semblent surréalistes. Pourtant, la proposition de loi n° 575 déposée le mardi 19 novembre 2024 sur le bureau de l’Assemblée nationale, et qui vient en débat en commission des lois, y répond avec aplomb par un « oui » triplement inquiétant.

La députée Caroline Yadan, à l’initiative de ce texte, avance qu’il s’agit de lutter contre la montée de l’antisémitisme en France. On lui accordera le bénéfice de la sincérité, d’autant que l’urgence est là, tragique et indéniable, qui appelle riposte et fermeté. Attention, pourtant : la sincérité n’est pas exclusive de confusions ; plus elle est grande et plus il est nécessaire de cheminer avec prudence et réflexion, singulièrement lorsqu’il est question d’imposer des vocables, d’en proscrire d’autres, d’interdire et de réprimer.

Plus les maux à combattre sont féroces, plus ils sont sournois, plus les périls sont grands et plus la liberté d’expression ne devrait être remise en question que d’une main tremblante. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. La démarche qui structure cette proposition de loi, les mesures phares qu’elle préconise risquent fort d’exacerber ce qu’elle prétend combattre.

La démarche ? Elle repose sur un double postulat, trop simple et très faux. L’antisémitisme – qualifié pour la circonstance de « nouveau » – reposerait sur la critique et la haine d’Israël. Le destin des juifs – de France ou d’ailleurs – serait indissolublement et indiscutablement lié à cet État. La première mesure, partant du constat de l’existence d’un État, tend à interdire qu’on puisse en critiquer les dirigeants, les politiques, les agissements sur la scène internationale. Est-ce de la censure ? C’est à tout le moins réclamer un traitement exorbitant dont seuls se prévalent des dirigeants d’États non démocratiques. Sommes-nous rendus à ce point ? La seconde proposition est plus inquiétante. Que des juifs de France aient un rapport d’affection singulier à Israël, cela peut s’enraciner dans des raisons d’histoire, de religion, de famille…, mais il existe mille voies d’être « juif » et elles ne passent pas toutes par « l’ethnique » ou le religieux. Le gouvernement actuel d’Israël le prétend, jusqu’à en avoir fait une loi en 2018. La France doit-elle réellement adopter cette vision ? La République devrait-elle réellement décréter que tels ou tels de ses citoyens sont objectivement mis en danger par la critique d’un État, au risque d’alimenter les pires assignations identitaires ?

On objectera qu’il y a bel et bien de l’antisémitisme dans la critique d’Israël ! Cela arrive, oui, trop souvent. Comme il arrive qu’il y en ait dans les attentions dont certains gouvernements l’entourent. Comment s’y opposer sans se tromper de cible, à juste niveau et sous toutes ses formes, voilà la question qui devrait mobiliser les partisans de la liberté et de l’égalité. L’antisémitisme – qu’il soit qualifié de vieux ou de nouveau – est un tueur aux mille costumes qui n’a pas attendu la création de l’État d’Israël pour perpétrer ses crimes. Le combattre de façon efficace passe par la loi et son respect et par la répression lorsqu’elle s’avère nécessaire. Restreinte au seul bâillon, cette fermeté deviendrait vite une faiblesse et plus vite encore, un poison. La lutte contre l’antisémitisme doit au contraire puiser sa force et sa légitimité dans le respect des fondamentaux de la République, dont la liberté d’expression est un joyau fragile. Elle a besoin du choc des débats, de clarifier leurs termes et d’affronter des tabous, de s’inscrire dans une approche universaliste, et non nationaliste, de la défense des droits des peuples et des personnes.

On sait que la situation au Proche-Orient, notamment en Israël et dans le territoire palestinien occupé, dont Gaza, divise profondément la société française. Imposer le silence par la répression ne fera qu’exacerber les tensions, renforçant les courants les plus radicaux.

La proposition de loi n’hésite pas à cet égard à étendre encore les incriminations d’apologie du terrorisme (déjà sortie de la loi de 1881 sur la liberté de la presse) ou de « négationnisme », au mépris du principe de légalité qui impose une définition claire et précise pour éviter l’arbitraire.

Face au poison de l’antisémitisme – inséparable du racisme décomplexé dont certains milieux politiques et médiatiques s’emparent pour faire programme – la France a besoin d’un projet politique qui bannisse toute assignation identitaire, qui campe sur le respect des principes fondateurs de la République, singulièrement la liberté d’expression, et – alors même qu’il est violemment attaqué par des acteurs puissants et agressifs – sur le respect du droit international. Répétons-le : la panacée répressive vantée par la proposition de loi de madame Yadan est facile, mais elle est illusoire. Pire, elle est dangereuse. C’est pourquoi nous adjurons les membres de l’Assemblée nationale de lui préférer l’effort démocratique indispensable pour faire reculer durablement l’antisémitisme dans les coeurs, les consciences et les actes.

Signataires : Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT) ; François Sauterey, coprésident du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap); Caroline Chevé, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Julie Ferrua et Murielle Guilbert, codéléguées générales de l’Union syndicale Solidaires ; Karine Parrot, coprésidente du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) ; Pablo Aiquel, secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT.

Lien Tribune : https://www.ldh-france.org/19-janvier-2026-tribune-collective-face-a-lantisemitisme-la-liberte-dexpression-est-indispensable/

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La discrimination n’a pas sa place à l’hôpital – SUD Santé Sociaux 78

Le syndicat SUD Santé Sociaux 78 dénonce fermement les méthodes qui se multiplient dans les établissements de santé français et qui ciblent injustement nos collègues féminines.
Pour nous, les faits sont clairs : il s’agit de racisme et de discrimination.
De plus en plus de professionnelles sont exclues de leur hôpital ou de leur établissement médico-social sous prétexte qu’elles portent un couvre-chef. En outre, cette discrimination est faite
seulement aux femmes dites “racisées”.
Cette différence de traitement est inadmissible !
Nous constatons une intensification de la stigmatisation visant des collègues perçues comme étrangères ou supposées usulmanes. SUD Santé Sociaux 78 refuse que ces pratiques
discriminatoires s’installent dans nos structures.
Le gouvernement, par ses discours et décisions, aidé par la résonnance offerte par les médias, participe à un climat délétère qui renforce ces comportements racistes. Nous le dénonçons avec force.
C’est une nouvelle discrimination subit et vécue par les femmes, s’ajoutant à la longue liste déjà existante.
SUD Santé Sociaux 78 appelle l’ensemble des professionnel·le·s des établissements publics et privés à se mobiliser, témoigner et dénoncer ces pratiques injustes.
Nous rappelons notre attachement au principe de laïcité tel qu’inscrit dans la loi du 9 décembre 1905, qui garantit la neutralité de l’État et la liberté de conscience.
La discrimination n’a pas sa place dans nos établissements de santé !

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antifascisme antiracisme

LDH, CGT, MRAP, FSU, Solidaires – ne pas répondre à la question du recensement sur le lieu de naissance des parents

Un appel de nos syndicats et de nos associations de défense des droits

Du 15 janvier à la fin mars le recensement de la population se déroule dans 8000 communes.

Si vous habitez un des lieux recensés, vous aurez à répondre au questionnaire.

Le recensement de la population fournit des informations essentielles aux politiques publiques.

Y répondre est donc important.

Répondez au recensement de la population, mais…

Ne répondez pas à la question 7 sur le pays de naissance de vos parents nés à l’étranger

Cette question, ajoutée en 2025, n’est pas obligatoire. Vous pouvez ne pas y répondre.

Une question qui n’est pas sur nous, mais sur nos parents En France, comme dans tous les pays du monde, les questions du bulletin individuel du recensement concernent notre situation personnelle : notre sexe, notre date de naissance, notre lieu de naissance, notre nationalité, mais aussi sur notre logement, notre profession…

Depuis l’an dernier, il y a une nouvelle question qui ne porte pas sur nous, mais sur nos parents, pour savoir de quel pays ils viennent s’ils sont nés à l’étranger. Nos organisations refusent que, dans le recensement, chacune et chacun d’entre nous, soit défini-e par le lieu de naissance de ses parents.

Les raisons pour ne pas y répondre

Pourquoi la question portant sur le pays de naissance des parents nés à l’étranger a-t-elle été ajoutée ? On nous a dit que c’est pour avoir de meilleures politiques contre les discriminations. Or, les pouvoirs publics n’ont rien annoncé.

Au contraire, l’an dernier, pendant le recensement, le ministre de l’Intérieur a déclaré « je ne voudrais pas que cette statistique débouche sur la discrimination positive ». Il disait donc qu’il s’opposait à son utilisation contre les discriminations. Par contre, il a ajouté « On a besoin de connaître les mouvements migratoires, alors pourquoi cacher la réalité ? ». De quelle réalité parle-t-il ? Est-ce que les enfants de personnes migrantes seraient aussi des migrants ? A l’écouter on peine à croire à une question posée pour le bien des personnes concernées.

Dans un sondage d’opinion fait pendant le recensement de 2025, les électrices et électeurs de l’extrême droite approuvent la question à 80 %, plus que tous les autres électeurs. Pas étonnant puisque c’est dans cet électorat qu’on regarde le plus les personnes en fonction de l’origine de leurs ancêtres. Pas pour ce qu’elles sont, ni ce qu’elles veulent être.

Cette question renforce les préjugés de ceux qui ne voient l’autre que par son origine géographique, génération après génération. Et il n’y a aucune proposition concrète d’utiliser cette question pour améliorer quoi que ce soit. Elle ne changera rien aux manques des politiques concrètes contre les discriminations.

Des statistiques pour des politiques d’action contre les discriminations

Il y a beaucoup d’enquêtes et études statistiques qui mesurent les inégalités et les discriminations, notamment en raison de l’origine. Elles apportent déjà de nombreuses connaissances. Nos organisations veulent voir ces connaissances développées, mais surtout utilisées ! Ce ne sont pas tant les données qui manquent, ce sont des politiques publiques qui agissent vraiment dans tous les domaines : l’emploi, le logement, l’accès aux loisirs…

Pour conclure

Lorsque vous répondrez au recensement, ne répondez pas à la question numéro 7.

Cette question est facultative, et c’est très bien comme cela !

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