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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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antiracisme Défense de nos libertés

Contre le racisme et la xénophobie, mobilisons-nous !

Communiqué du collectif Né-es ici ou venu-es d’ailleurs dont la LDH est membre, appel à mobilisation entre le 14 et le 21 mars partout en France

Quand les discours racistes prolifèrent jusque dans la bouche des représentants de la Nation,

Quand les pires préjugés s’expriment dans les institutions censées garantir l’accès aux droits,

Quand tant de personnes aujourd’hui, du fait de leur origine, de leur couleur de peau, de leur religion sont victimes de comportements racistes et xénophobes dans leur quotidien,

Quand de nombreux médias se font les porte-voix de la haine contre les étranger-e-s et leurs enfants, les musulman-e-s notamment, installant et construisant des discours de haine qui se banalisent dans la société

Quand des manifestations d’extrême-droite suintent la haine de l’Autre, avec des saluts nazis,

Quand le racisme et l’antisémitisme s’amplifient dans la société,

Quand le nombre d’actes racistes et antisémites augmente dans des proportions alarmantes,

Quand 1,2 million d’individus estiment avoir été victimes de racisme en 2022 mais que seulement 3% l’ont signalé,

Quand les discriminations à caractère raciste restent massives dans l’accès à l’emploi et au logement, dans les rapports avec les institutions, notamment la police et la justice,

Quand les crimes racistes se multiplient mais ne semblent plus susciter de mobilisations massives,

Quand des Juifs vivent dans l’inquiétude,

Quand des musulman-e-s se demandent si la haine qui les cible témoigne de l’impossibilité de notre pays de les accepter pleinement un jour, et que l’islamophobie s’exprime de manière toujours plus violente dans certains médias comme au sein de formations politiques,

Quand les restrictions drastiques des conditions d’accueil pour les demandeur-euse-s d’asile attentent à leurs droits et à leur dignité,

Quand les conditions de recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ne garantissent plus pleinement le droit à un procès équitable,

Quand les refus de régularisation et de renouvellement de titres de séjour détruisent des vies, que les préfectures « fabriquent » des sans-papiers,

Quand les obligations de quitter le territoire français (OQTF) deviennent systématiques afin d’agiter des chiffres visant à créer un « problème étranger »,

Quand la remise en cause des allocations logement (APL) pour les étudiant-e-s étranger-e-s précarise de nombreux jeunes,

Quand des dizaines de milliers de personnes étrangères perdent tout ce qu’elles ont construit à cause de la loi immigration du 26 janvier 2024, de la circulaire Retailleau du 23 janvier 2025, et des autres lois xénophobes qui les ont précédées,

Nous avons, plus que jamais, le devoir et le besoin de retrouver le chemin de l’égalité et du refus des haines,

Nous ne voulons pas d’une société raciste. Ensemble, construisons la société dans laquelle nous voulons vivre, une société de solidarité, de justice, et de respect des libertés.

Les organisations du collectif Né-es ici ou venu-es d’ailleurs, actrices de la société civile, appellent en toute indépendance vis à vis des formations politiques à une large mobilisation de la société, dans toute sa diversité, pour les mobilisations autour de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale entre le 14 et le 21 mars, partout en France. Défendons le projet d’une société antiraciste, c’est-à-dire une société humaniste, solidaire et égalitaire.

Premiers signataires : Attac, CGT, Femmes Egalité, FSU, Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré·es), LDH (Ligue des droits de l’Homme), Mémorial98, Mrap, Solidaires, SOS Racisme.

Remplir ce formulaire si votre organisation souhaite être signataire de l’appel (uniquement des signatures d’organisations par son ou ses représentants, pas de signatures individuelles).

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antifascisme antiracisme Défense de nos libertés Éducation

L’extrême droite et l’école – Brochure SUD éducation

Sommaire

  1. Edito
  2. Rééducation nationale
    1. Municipales 2026 et extrême droite
    2. Le Rassemblement national est l’ennemi des personnes racisées, des LGBTQIA+ et des femmes
    3. La transphobie à l’Ecole
    4. L’extrême droite, ennemie des personnes handicapées 
    5. Argentine : Javier Milei contre le service public d’éducation
  3. Retour à l’ordre moral
    1. Pourquoi l’extrême droite déteste l’école publique ?
    2. Cartographie des croisé·es de l’anti-genre
    3. L’extrême droite et son projet raciste à l’assaut de l’école
    4. Contre Bolloré et son monde 
    5. Pierre-Édouard Stérin, « Saint Patron des réacs »
  4. Contre révolution scolaire
    1. Quand l’extrême droite remet en cause un projet pédagogique à Valenciennes 
    2. Idéologie et pratiques de l’extrême droite dans les facs
    3. Des pratiques éducatives pour lutter contre l’extrême droite à l’école
  5. Des outils, des lectures
    1. Petit dico des termes de l’extrême droite
      1. Partie I : Les mots de l’extrême droite
      2. Partie II : L’extrême droite, mieux la connaître pour mieux la combattre
    2. Bibliographie

1 – Edito

Agir syndicalement contre l’extrême droite pour l’école publique, ses personnels et ses élèves
Dans un contexte de montée des idées d’extrême droite, complaisamment relayées par des médias du milliardaire Bolloré, et aujourd’hui largement reprises par la droite et l’extrême centre, il apparaît plus que jamais nécessaire de s’outiller syndicalement pour lutter contre ces idées qui mettent en danger l’école publique, ses personnels et ses élèves.

Laisser l’extrême droite aux manettes de collectivités territoriales, ou après-demain à la tête de l’exécutif, serait un coup fatal porté contre l’école publique et nous renverrait plus de quatre-vingts ans en arrière quand l’école devait servir le projet vichyste de “Révolution nationale”.

Les projets éducatifs de l’extrême droite attaquent directement les personnels : attaques contre le statut de fonctionnaire, attaques contre les libertés pédagogiques, mise en concurrence des établissements et des enseignant·es ; mais aussi les élèves : tri social, embrigadement de la jeunesse, autoritarisme à tous les niveaux… sans parler du sort qui attend les élèves trans ou racisé·es. Les familles précaires, racisées, non hétéronormées, seront également les premières victimes d’une école sous la coupe d’un projet politique réactionnaire.

La mise au pas de l’école est une vieille obsession des extrêmes droites (3.1). Aujourd’hui les quelques mairies aux mains du RN ou des ses alliés servent de laboratoire (2.1) et nous rappellent que l’extrême droite ne renie jamais ses obsessions autoritaires, sécuritaires, sexistes et racistes lorsqu’elle arrive, même légalement, au pouvoir (2.2). Les prochaines échéances électorales, où le RN espère emporter de nombreuses villes (2.1), pourraient être un moment de bascule pour l’école publique et plus généralement pour les politiques à l’encontre des jeunesses. Les exemples ne manquent pas à l’étranger des effets concrets et directs des politiques d’extrême droite (2.5).

Si l’extrême droite n’est pas (encore !) au pouvoir, ses idées infusent de plus en plus et les signes d’un retour à un ordre moral réactionnaire sont partout présents. L’école n’échappe pas à cette atmosphère brune et c’est bien la célébration d’un ordre moral moisi, souvent avec l’argument ubuesque de protection de l’enfance, qui conduit les croisé·es anti-Évars (3.1) ou les milliardaires Stérin ou Bolloré (3.4 et 3.5) dans leurs offensives réactionnaires. Ces attaques visent à empêcher des projets pédagogiques et mettent des collègues en danger (4.1). Dans le supérieur, les mêmes offensives réactionnaires, avec là encore des méthodes importées notamment des États-Unis, (4.2) attaquent les libertés pédagogiques.

Contre le projet pédagogique promu par l’extrême droite (Espérance Banlieue, Excellence Ruralités), et aujourd’hui relayé et porté par la droite et l’extrême centre, qui sert les intérêts de classe, de la suprématie blanche et vise essentiellement à imposer une politique de séparatisme scolaire, de ségrégation raciale et la reconnaissance de l’enseignement privé, même hors contrat, au même titre que le public, nous avons à leur opposer, en tant que pédagogues, une pédagogie émancipatrice (4.3) et, en tant que syndicalistes, une résistance avec nos propres outils. Pour une école antiraciste, inclusive et émancipatrice, pas de combat syndical sans combat antifasciste !

Cette autodéfense populaire contre l’extrême droite, ses idées et ses méfaits a un nom, elle s’appelle l’antifascisme. Alors aujourd’hui portons haut cet étendard : antifascistes parce que syndicalistes, syndicalistes donc antifascistes !

2 – Rééducation nationale

à l’école de l’extrême droite : autorité, inégalités, identité

2.1 – Municipales 2026 et extrême droite

SUD éducation a produit une longue contribution à la brochure de VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) concernant les prochaines élections municipales de 2026. Retrouvez-la en ligne sur notre site.

Pas de quartiers pour les fachos…

S’il est encore peu implanté à l’échelon local, les municipales 2026 sont un enjeu de taille pour un RN soutenu par des milliardaires comme Bolloré et Stérin.

De nouvelles mairies RN, c’est un danger pour l’école publique, ses personnels et ses élèves. Car l’extrême droite, certain·es l’ont déjà essayée dans une quinzaine de municipalités où l’école est déjà un « laboratoire d’expérimentations » inégalitaires, identitaires et autoritaires.

Partout la chasse aux pauvres

Là, le prix des transports, des cantines et du périscolaire a été augmenté, quand ce n’est pas tout simplement leur gratuité qui a été supprimée – afin de « responsabiliser » les familles modestes.

Cette chasse aux pauvres est encore plus féroce à l’encontre des populations racisées. À Orange, la mairie refuse de réhabiliter un quartier délabré, ferme le dernier centre social et diminue les places de cantine et en centre aéré.

Un racisme décomplexé

Racisme et islamophobie s’affichent : interdiction des repas sans porc dans les cantines (Cogolin), dénigrement des zones d’éducation prioritaire, que le RN souhaite totalement supprimer, en réclamant l’abandon de toute « discrimination positive » dans le secondaire et le supérieur, mais aussi la fin de la gratuité de l’école pour les enfants étranger·es et l’interdiction des missions de services publics pour les personnes non-françaises.

À Cogolin, le maire prétend que les enfants étranger·es seraient responsables d’une baisse du niveau et celui de Beaucaire déplore devoir inscrire « des élèves pour la plupart originaires du Maghreb et/ou de nationalité espagnole grâce à l’Europe passoire et laxiste en matière de naturalisation et de droit du sol ».

Un projet éducatif nationaliste et autoritaire

Le « Big Bang de l’autorité » de Bardella, c’est envoyer les élèves « radicalisés et perturbateurs » dans des centres spécialisés et les orienter vers des filières professionnelles ou des centres éducatifs fermés.

Partisane de la stricte reproduction de l’ordre social et des hiérarchies, l’extrême droite rêve d’une école du tri social : orientation précoce, fin du collège unique avec un examen d’entrée en 6e, mise à l’écart des élèves handicapé·es, etc.

Le RN veut aussi recentrer le primaire autour de savoirs dits « fondamentaux » (maths, français, histoire) en supprimant les langues vivantes, les arts, la géographie, etc.

Un projet réactionnaire pour l’école

« Anti-pédagogistes » et passéiste, le programme se résume à « l’école c’était mieux avant » … quand tout le monde n’y allait pas.

Mais les écoles privées, sous et hors contrat, ont la cote : Stéphane Ravier loue ces établissements « avec de vrais enseignants, et non ces militants des écoles publiques, pas respectables, qui ne protègent pas les enfants ».

Une gestion brutale et antisyndicale

Les enseignant·es et les agent·es territoriales·aux sont dans le collimateur : le maire de Beaucaire fustige les « syndicalistes sans éducation, privilégiés, aigris et sectaires dont le comportement n’a rien à envier à celui des racailles ». Ménard promet de « passer l’école de 68 au karcher » et Ravier rêve d’éradiquer les « métastases rouges du quartier ».

À Bollène (Ligue du Sud), le nombre d’Atsem a été divisé par deux en 10 ans. Et, dans ces mairies, les atteintes aux droits syndicaux, le déplacement des agent·es, ainsi que la gestion clientéliste des contrats précaires sont la norme. C’est la mise au pas des personnels qui est à l’ordre du jour. Le RN souhaite réduire à néant la formation des enseignant·es, augmenter les inspections, promouvoir le « mérite » et accroître le contrôle hiérarchique en matière « politique, idéologique et religieuse ».

Une mise en danger des minorités

Enfin, l’extrême droite cible les personnes LGBTQIA+. Roger Chudeau anime une association de parlementaires « antiwoke », hostile aux revendications des personnes trans. Le RN s’oppose à l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Évars). Quant à Zemmour, il promet de chasser « des classes de nos enfants le pédagogisme, l’islamo-gauchisme, et l’idéologie LGBT » et dénonce le « Grand endoctrinement » scolaire, au service du « Grand remplacement ».

Comment combattre l’extrême droite dans l’éducation ?
  • Décrypter et déconstruire les fausses solutions comme le port de l’uniforme qui ne permet en rien de lutter contre les inégalités sociales, rappeler que l’extrême droite ne propose ni augmentation du budget de l’Éducation nationale ni baisse des effectifs…
  • Convaincre nos collègues que l’école nationaliste est une école de ségrégation, d’exclusion, de sélection et de soumission au service d’un projet de société violent et inégalitaire.
  • Parler des conséquences sur nos élèves.
  • Rappeler le bilan de l’extrême droite municipale mais aussi dans les pays qu’elle dirige.

Nous devons également continuer notre travail de formation et d’information, par des stages, des analyses et des campagnes (« Désarmer Bolloré »), investir les collectifs intersyndicaux comme VISA. Le syndicalisme de lutte est un barrage puissant pour s’opposer au management toxique et à la casse néo-libérale des services publics.

Combattre l’extrême droite c’est défendre une pédagogie antifasciste, antisexiste, anti-validiste et antiraciste. L’école telle que nous la souhaitons doit être un outil d’émancipation individuelle et collective, d’égalité et de justice sociale, pas de discriminations.

Témoignages Béziers → L’affiche de rentrée 2025 est l’occasion pour la ville de Béziers de faire la propagande des uniformes portés par les élèves de seulement 4 écoles pour un coût de 450 000 euros. Passéisme des dessins, uniformes genrés et sexualisés, enfants blanc·ches et invisibilisation des enfants non blanc·ches. Tout y est. → Un·e enfant sur deux est confronté·e à la pauvreté à Béziers. Mais les dispositifs périscolaires sont payants : 11 euros par mois pour les contribuables biterrois·es et 18 euros pour les élèves qui vivent hors Béziers. → Animateurice ce n’est pas une sinécure à Béziers. Pas de reconnaissance. Des conditions de travail dégradées. Pas de budget pour le matériel. Taux d’encadrement souvent inférieur aux besoins, absences non remplacées. Résultat : parfois 2 – 3 agent·es pour 60 élèves. → Les travaux dans les écoles les plus anciennes ne sont pas à la hauteur de leur état de délabrement. Manque d’isolation, fuites et infiltrations sont le lot quotidien. Et quand on rénove une cour, que fait-on ? On végétalise ? Surtout pas : on coupe les arbres. → La mairie offre aux élèves de jolis cadeaux : un bleuet à arborer obligatoirement pour la commémoration du 11 novembre, histoire de financer le nouveau fonds de l’association des Bleuets de France, qui participe à l’entreprise actuelle de militarisation de la jeunesse. → Le label Cité éducative obtenu par la ville de Béziers est une source de financement pour mener des projets et acheter du matériel à destination des jeunes de 3 à 25 ans sur le centre-ville. C’est ainsi que tou·tes les élèves de Béziers ont reçu un dictionnaire. Une édition spéciale avec la photo du maire ! → A Béziers le label cité éducative contribue au financement du centre de loisirs de la police nationale. Un agent de police armé est ainsi mis à la disposition des collèges pour faire la leçon aux élèves exclu·es de cours, ces sauvageons.
Témoignages Perpignan → Louis Aliot a changé le logo municipal dès le début de son mandat : du Castillet aux couleurs catalanes, on est passé à Saint-Jean Baptiste avec son agneau dans les bras, une auréole autour de la tête. Ce logo d’inspiration catholique est complété par la devise : Perpignan la « rayonnante ». Ces symboles religieux chrétiens bafouent le principe de laïcité. Comment une mairie peut-elle arborer une préférence religieuse et sortir de son devoir de neutralité ? Comment l’État peut-il ainsi laisser bafouer le principe de laïcité et la loi de 1905 ? Pour rappel : ce logo apparaît sur tous les documents officiels de la mairie (inscription à l’école, cantine, garderie…), sur les frontons des écoles, stades et piscines municipales, bibliothèques, affiches publicitaires… Et au cas où on ne l’aurait pas encore bien vu, la mairie appose des banderoles et autres drapeaux lors des manifestations scolaires dans les cours d’écoles : fêtes de fin d’année… Une directrice a refusé l’installation d’une telle banderole dans son école ; d’autres ont laissé faire, faute de directive claire. → Les interventions de la brigade des mineur·es dans les espaces scolaires posent un problème à Perpignan. Le droit des enfants à être en sécurité quand ils sont dans l’enceinte de leur établissement scolaire est fondamental. Il est pourtant bafoué quand la brigade vient chercher un·e enfant sur le temps scolaire pour lui faire passer des examens médico légaux à l’hôpital à la suite d’un signalement. Situation vécue : un élève récupéré par son père sur le temps scolaire et qui est reparti en Hollande avec lui sans prendre le temps de dire au revoir à ses camarades de classe ou aux personnels de l’école. La police utilise l’école comme lieu d’intervention pour régler des problèmes familiaux car c’est plus facile pour elle d’intervenir dans cet espace qu’aux domiciles. Ces situations génèrent un grand sentiment d’insécurité. Exprimer cela et questionner ces méthodes auprès de la hiérarchie, c’est faire le triste constat que la sécurité psychologique des élèves et des enseignant·es n’est pas prise en compte.

2.2 – Le Rassemblement national est l’ennemi des personnes racisées, des LGBTQIA+ et des femmes

SUD éducation a produit une version plus détaillée et fournie de cet article. Retrouvez le en ligne sur notre site.

Le Rassemblement national est porteur de mesures dangereuses pour les personnes racisées, LGBTQIA+ et les femmes, qu’il nous faut combattre. Le programme qu’il porte instrumentalise les dominations pour son projet réactionnaire et suprémaciste. Il ne doit pas arriver au pouvoir !

Le Rassemblement national défend un projet réactionnaire, raciste et patriarcal

Le RN défend un programme raciste et suprémaciste, visant à instaurer une logique de « préférence nationale », c’est-à-dire la supériorité des Français·es blanc·hes sur les autres composantes de la société. A cette fin, il reproduit et accentue les dynamiques patriarcales : les obsessions natalistes, imposant aux femmes une assignation à un rôle de mère chargée de la reproduction, répondent à l’idée d’un « grand remplacement » des personnes blanches par des populations issues de l’immigration. De même, un renforcement des normes de genre binaires et hétérosexuelles est pour l’extrême droite la garantie d’un rétablissement de l’ordre établi, centré sur la famille et la suprématie des valeurs dites traditionnelles. Le RN souhaite une éducation autoritaire, célébrant la race blanche et renforçant les rapports de genre inégalitaires pour permettre un « réarmement démographique » patriarcal et raciste.

A l’école, ce projet s’illustre par la volonté d’instaurer de nouvelles mesures toujours plus islamophobes et autoritaires. Le « Monsieur école » du RN, Roger Chudeau, annonce vouloir interdire aux accompagnatrices scolaires de porter le voile et souhaite créer des centres spécialisés pour les élèves dits « perturbateurs » ou dits « radicalisés ». Le durcissement des lois visant le contrôle des habits des élèves musulmanes est également à l’étude. Si le RN arrive au pouvoir nos élèves racisé·es seront directement visé·es et seront touché·es par une répression raciste violente.

Le Rassemblement national aggrave les rapports de dominations

Le RN, malgré ses discours de façade destinés à le présenter en défenseur des droits des femmes, est en réalité un défenseur du système patriarcal, et s’accommode très bien de la perpétuation des oppressions systémiques qui touchent les femmes et les personnes LGBTQIA+. Il le montre clairement par ses votes dans les différentes instances, européennes et nationales, tout comme dans les prises de parole publiques de ses élu·es.

Il faut craindre également pour les associations féministes (le planning familial par exemple), régulièrement attaquées par les militant·es d’extrême droite. Il est à craindre que le RN s’attaque à leurs subventions et entrave leurs interventions dans les établissements scolaires. Au contraire des associations réactionnaires pourraient se voir faciliter l’accès aux écoles pour s’y livrer à leur propagande nauséabonde contre l’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (Évars).

Le RN prétend défendre la liberté des femmes à disposer de leur corps ? Aucun·e député·e RN n’a voté pour l’allongement du délai à 14 semaines pour l’IVG. Les député·es RN glorifient au contraire la figure de la mère au foyer, réduite à sa capacité de procréation : « une mère au foyer est peut-être mieux à s’occuper des enfants » (J. Dessigny), « moi je préfère qu’on fabrique des travailleurs français plutôt qu’on les importe […], qu’on ait des petits Français demain, plutôt que d’ouvrir les vannes et de voir l’immigration comme un projet de peuplement » (S. Chenu).

Quant aux droits des personnes LGBTQIA+, pas un mot dans leur programme. En lieu et place, on y retrouve diatribes contre le « wokisme » et le lobby LGBT, qui seraient à l’œuvre dans la société en général, et dans l’Éducation nationale en particulier.

On le voit, la société rêvée par le RN est une société toujours plus patriarcale, marquée par une vision réactionnaire et sexiste de la place des femmes, et sourde aux violences et discriminations qui les frappent tous les jours.

Détournement du féminisme à des fins racistes et nationalistes

Le RN instrumentalise le féminisme en s’en servant comme prétexte pour proposer d’interdire le port du voile dans les espaces publics. Pour l’extrême droite, les femmes portant le voile seraient soumises aux injonctions religieuses et par extension aux hommes racisés de leur famille, ou à des idéologies religieuses radicales. En voulant contrôler le corps et les habits des femmes, le RN s’inscrit dans une idéologie patriarcale et coloniale de dévoilement des femmes.

En 2024, Jordan Bardella affirmait que 77% des viols étaient commis par des étrangers. En réalité, les violences sexuelles sont commises à 91% par des agresseurs proches des victimes, dans les familles et dans les cercles proches. Cette volonté de faire croire que les violences qui s’exercent sur les femmes seraient le fait des hommes étrangers nourrit un discours sécuritaire et xénophobe. Le fémonationalisme du RN participe sciemment à construire des stéréotypes racistes, coloniaux et xénophobes. Il invisibilise par ailleurs les vrais enjeux des violences sexistes et sexuelles dont toutes les femmes peuvent être victimes et qui relèvent d’une culture du viol qui traverse tous les espaces sociaux.

Parallèlement, l’extrême droite instrumentalise les luttes des lesbiennes, gays et bisexuel·les à des fins racistes et transphobes dans la société et à l’école. Le Rassemblement national se présentait en 2022 comme le parti ayant le plus de députés gays. En réalité l’extrême droite reste et demeure LGBTIphobe tant par les votes de ces député·es que par les violences dont les militants fascistes se revendiquent auteurs. Elle continue à véhiculer l’idée erronée que les agressions LGBTiphobes sont le fait des personnes étrangères et racisées.

La lutte pour les droits des femmes ou la lutte contre les LGBphobies ne peuvent pas et ne doivent pas être au service du racisme. SUD éducation affirme qu’il ne peut y avoir de féminisme sans toutes les personnes LGBTQIA+ et sans les femmes racisées.

2.3 – La transphobie à l’Ecole

Nous nous sommes entretenu·es en décembre 2025 avec 3 membres de l’association NOSIG (Nos Orientations Sexuelles et Identités de Genre), qui gère le centre LGBTQIA+ de Nantes depuis 1993, et fédère 29 assos adhérentes : Anne-Lise, la présidente, également enseignante en lycée à Nantes, Roby et Félix, membres de la commission trans et inter(sexes) ainsi qu’avec François, salarié à disQutons, association qui siège au CA de NOSIG.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que vous faites ?

Anne-Lise (AL) : Nos missions à NOSIG sont d’informer, d’accueillir, de soutenir les démarches dans une transition et de lutter. Il y a des commissions accueil, santé, médiathèque, trans et intersexes, intervention en milieu scolaire et formation, droit d’asile.

François (Fr) : disQutons est une association avec 2 salarié·es. On bosse sur l’Évar et l’Évars, de 3 ans jusqu’à l’âge adulte et avec des adultes qui sont au contact d’enfants.

Roby ® : dans la com’ trans inter nous sommes 3 bénévoles dans le noyau dur. On travaille en priorité sur l’accueil et des entretiens d’écoute de personnes en questionnement ou en période de transition.

Félix (Fé) :Qu’on soit concerné·e facilite les choses, on parle entre semblables. Des fois des gens attendent juste confirmation de ce qu’iels ressentent. Donc être accueilli·e par quelqu’un·e de la communauté, c’est rassurant.

R : On peut partir de notre parcours mais on essaie au maximum de ne pas influencer les personnes avec qui on discute, contrairement à ce que prétend l’extrême droite ! On ne donne pas de produits médicaux, ça doit passer par un parcours médical.

Comment ressentez-vous la transphobie à l’école ?

AL : c’est beaucoup lié à de la méconnaissance : il y a beaucoup de fake news qui circulent sur les réseaux. Une fois on m’a demandé pourquoi dans LGBTQIA+ il n’y pas le Z pour zoophilie ! Les élèves relaient les débats sur les personnes trans dans le sport.

On rappelle que, dans la loi, toutes les discriminations sont punies de la même manière. Pour certaines classes ça choque, iels pensent que le racisme c’est quand même plus grave.

Les plus gros points de friction c’est plutôt avec des collègues, certain·es ont vraiment dit des choses horribles.

Fr : La transphobie repose sur l’ignorance. C’est aussi le reflet du masculinisme montant de la société. Pour pallier ça, on essaie d’intégrer les personnes trans dans nos interventions, les mises en situation. On va parler de personnes intersexuées pour arriver au fait qu’il y a plein de réalités différentes, pas juste des hommes et des femmes. Ça permet de se représenter plus facilement que la transidentité peut revêtir de nombreuses formes.

AL : quand même la majorité des interventions se passent bien. En 2024 on a touché 300 collégien·nes, 1000 lycéen·es, plus encore en 2025 et les demandes augmentent encore pour 2026… Après on est limité, faute de moyens humains.

C’est pas toujours facile mais dans l’ensemble pas mal d’élèves sont prêt·es à en parler. Les clichés ont la vie dure, en particulier dans les lycées pro mais aussi dans les lycées chics du centre ville.

Avez-vous ressenti des évolutions dans le temps ?

AL : Oui et non. Oui parce qu’on en parle plus, les élèves maîtrisent mieux les notions. C’est devenu plus facile de parler d’un questionnement. Les collègues sont moins réfractaires. Non car les gens qui s’y opposent sont plus violents, plus décomplexés. On sait que les personnes trans sont les premières personnes ciblées. Les “parents vigilants” ont réagi l’année dernière à la médiathèque de Nantes métropole, lors de moments de lecture par des drag queen.

 : Il n’y a pas longtemps, des TERF se sont pointées à une projection qu’on organisait. Elles portent une théorie dégueulasse de grand remplacement des femmes par les femmes trans. Ça craint quand quelqu’un comme Aurore Berger s’affiche à côté de TERF connues comme Marguerite Stern et autres femellistes. Heureusement elles ont peu d’espace à Nantes. C’est sûr qu’on subit le matraquage médiatique de Bolloré et de ses médias contre la communauté trans. Dans les lgbtphobies ce sont les trans qui sont les plus visé·es, en particulier les femmes, TDS, racisées. Elles cristallisent toute la haine.

R : les femmes trans, ça touche à la masculinité. Les hommes se sentent en risque, ça les touche personnellement. Leur rôle déterminé socialement n’est plus aussi net. Chez les mascus anti-trans, il y a la peur qu’une femme trans puisse te piéger au lit ! J’ai l’impression que les hommes trans c’est moins choquant, c’est moins pensé.

F : Quand on parle transition dans les médias c’est majoritairement d’un point de vue négatif. C’est ce que pointe bien l’AJL, l’association des journalistes LGBT. Il y a beaucoup de brain-wash !

De quels outils disposez-vous pour lutter contre la transphobie ?

R : Pour nous, c’est essentiel de pouvoir se voir entre personnes concernées. Une fois par mois on organise une rencontre conviviale en mixité choisie. Tous les ans NOSIG organise la Pride à Nantes, c’est d’ailleurs comme ça que je suis rentrée dans l’asso.

 : On a plein d’outils ! Tous les ans on prépare quelque chose pour la journée mondiale du souvenir trans. Dans la com’ on reçoit beaucoup de sollicitations pour des entretiens, on fait de la formation en interne. On a mis en place des commandes groupées de sous-vêtements car ça coûte cher et notre communauté est souvent touchée par un certain déclassement social, par la pauvreté.

Fr : A disQutons, on renvoie souvent vers des assos avec qui on est en réseau, que ce soit pour des questions de transphobie ou d’homophobie. On ne va pas s’inventer des compétences qu’on n’a pas ! Après on s’assure que les personnes arrivent au bon endroit.

AL : Il y a la circulaire Blanquer qui, depuis 2021, encadre l’accueil des élèves trans. Sur certains aspects elle est très concrète, sur d’autres volontairement floue pour éviter de se positionner. Par exemple, on a besoin de l’accord d’un·e élève pour parler de sa transition à ses parents : ça c’est une avancée. Si les deux parents sont d’accord, les enseignant·es sont obligé·es d’accepter le changement de prénom s’il est demandé. Par contre, s’iels ne le sont pas, la circulaire ne dit pas ce qu’on peut/doit faire.

R : Il y a un gros travail d’information à faire. C’est important que ça ne repose pas que sur des personnes trans ! On aimerait bien que les cis puissent le faire et nous enlever une partie de cette charge mentale. En même temps des personnes cis, même alliées, peuvent parfois poser des mauvaises questions, créer de la gêne. Il faut qu’on arrive à avancer ensemble.

2.4 – L’extrême droite, ennemie des personnes handicapées 

SUD éducation a produit une version plus détaillée et fournie de cet article. Retrouvez le en ligne sur notre site.

L’extrême droite, aujourd’hui et dans l’histoire, propage une vision de la société organisée selon une hiérarchie des vies, qu’elle estime “naturelle”. Dans cette hiérarchie revendiquée par l’extrême droite, les personnes en situation de handicap sont considérées comme inférieures et affublées d’une image sociale extrêmement négative : criminalisée ou reléguée hors de la société.

Un validisme profondément ancré dans la société

La France est très fortement imprégnée par l’oppression systémique que constitue le validisme : ce qui est acquis pour les valides demeure inaccessible aux personnes handicapées, et il est communément admis que les vies des personnes handicapées ont moins de valeur que celles des valides. C’est une réalité objective (attestée par les sciences sociales, le Défenseur des droits…), transversale (impactant tous les aspects de la vie sociale et politique des personnes concernées : emploi, scolarité, santé…) et institutionnelle (l’État et les institutions comme l’école en sont les acteurs majeurs). Cette oppression produit des violences et des discriminations.

Le développement de l’institutionnalisation – un argument électoral pour les partis d’extrême droite en France

Les programmes des partis d’extrême droite français sont unanimement pour le développement de l’institutionnalisation. Selon CLE Autistes (Collectif pour la liberté d’expression des autistes) : “L’institutionnalisation est le processus de placement d’une personne handicapée dans un milieu ségrégué sur la base de son handicap. Par exemple, un hôpital de jour (HDJ) ou une institution médico-sociale (IME, MAS, FAM, ITEP…) sont des structures spécialisées et ségréguées.”

Eric Zemmour déclare être favorable à l’accueil des enfants en situation de handicap dans des « établissements spécialisés, sauf pour les gens légèrement handicapés évidemment », et que « l’obsession de l’inclusion est une mauvaise manière faite aux autres enfants et à ces enfants-là qui sont, les pauvres, complètement dépassés par les autres enfants ». Marine Le Pen abonde : « Il faut […] améliorer l’accueil dans ces établissements, augmenter leur nombre […]. »

Les établissements spécialisés sont pourtant dénoncés par le comité des droits des personnes handicapées de l’ONU ainsi que son sous-comité de prévention de la torture et des traitements inhumains et dégradants.

Contre l’extrême droite, contre toutes les oppressions, pour la justice sociale et l’émancipation de tou·tes

SUD éducation est un syndicat de transformation sociale engagé radicalement contre toutes les oppressions et contre l’extrême droite et qui lutte aux côtés des collectifs anti-validistes et antifascistes pour la construction d’une société juste, égalitaire et d’une école émancipatrice et débarrassée des oppressions.

Pour un système éducatif inclusif, public et gratuit, SUD éducation revendique :

  • la fin du financement des structures médico-sociales privées qui font des bénéfices sur le dos des personnes concernées. Cette gestion néolibérale des services publics n’est plus supportable : de l’argent public, pour une école publique inclusive !
  • l’inclusion progressive dans l’Éducation nationale des établissements médico-sociaux par le transfert des moyens et des personnels dans l’école publique, en concertation avec les personnels du santé-social, de façon à inclure tou·tes les élèves en situation de handicap au sein d’une seule école ;
  • le renforcement des liens avec les travailleur·euses du secteur médico-social et la multiplication de leurs interventions sur les lieux de vie pour répondre aux besoins de tou·tes les élèves ;
  • la restructuration de l’école en profondeur, en privilégiant les aménagements au niveau organisationnel sur les compensations individuelles, en repensant le métier d’AESH pour en faire un·e véritable collaborateur·rice de l’enseignant·e ;
  • en dégageant des temps de formation et de concertation des personnels sur temps de travail, avec des effectifs allégés, une large politique de recrutement et des pédagogies émancipatrices et coopératives.

2.5 – Argentine : Javier Milei contre le service public d’éducation

« L’éducation devrait être un business. Si on la considère comme un droit, on est foutu. » (Benegas Lynch, tête de liste des député-es du parti de Milei).

L’extrême droite est au pouvoir en Argentine depuis l’élection de Javier Gerardo Milei en décembre 2023, malgré la forte campagne syndicale unitaire « Pas une voix à Milei, avec lui, tu perdras des droits » organisée entre les 2 tours de la présidentielle par les 3 centrales syndicales CGT, CTA‑T et CTA‑A.

Sur place, nos camarades constatent que cette victoire insensée de Milei est la conséquence directe de gouvernements progressistes n’ayant pas fait ce qu’ils avaient promis, discréditant ainsi l’argumentaire de notre camp social. La droite avait trouvé un supposé outsider équipé d’une tronçonneuse, illustrant sa politique de la haine, un programme d’austérité, de perte de droits pour les travailleurs, travailleuses, retraité·es, privé·es d’emploi et une garantie de la concentration des richesses pour la classe dominante et le FMI. Ce dernier dicte de drastiques réformes fiscales, du droit du travail et des retraites.

Comme partout dans le monde, l’extrême droite en Argentine supprime les droits conquis au cours des dernières décennies, véhicule des discours très conservateurs sur les questions de genre et se focalise sur l’école prétendument promotrice de ce qu’elle appelle « l’idéologie de genre ». Le gouvernement de Milei a fermé le Ministère des Femmes, du Genre et de la Diversité et le Sous-secrétariat à la protection contre la violence de genre et cherche à retirer le financement de nombreuses politiques visant à promouvoir l’égalité.

L’éducation est attaquée de plein fouet par des coupes budgétaires drastiques comme le démontrent nos camarades de la Confédération des travailleurs de l’éducation de la république argentine (CTERA). Depuis 2023, on note une baisse des moyens de 84,4 % pour l’infrastructure et l’équipement des établissements scolaires, de 77,4% sur les bourses des étudiant·es, de 71,2% pour la formation des enseignant·es et de 84,5% pour les Instituts Nationaux d’Éducation Technique. En 2023, les enseignant·es avaient déjà vu leur salaire perdre 30% de sa valeur réelle.

Une série de (contre-)réformes à la tronçonneuse est en route

Via son projet de loi dite “Loi omnibus” visant à déréguler en profondeur le cadre économique, social et institutionnel, Javier Milei projette de modifier l’ensemble des lois cadres de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et du périscolaire géré par les collectivités territoriales.

Voucherisation de l’enseignement

Il serait aussi désormais permis que, dès le deuxième cycle de l’école primaire (soit à partir de 9 ans) l’enseignement puisse être dispensé sous forme hybride : virtuelle et en présentiel.

Par ailleurs, Milei a évoqué la suppression du caractère obligatoire de l’Éducation à la sexualité intégrale dans les écoles, estimant que cette décision doit revenir aux parents. Selon lui, chaque famille devrait pouvoir décider de l’éducation à la sexualité de ses enfants. La réforme inclut également la possibilité de l’instruction à domicile, permettant aux parents d’éduquer leurs enfants chez eux.

Sa mesure phare enfin, la proposition d’un bon attribué par l’État grâce auquel chaque famille pourrait choisir librement l’école de son choix, ce qui serait censé garantir la « qualité ». Il s’agit concrètement d’un financement par l’État de la demande et non de l’offre, instaurant une libre concurrence entre écoles publiques et privées pour attirer le plus grand nombre possible de « client·es ». La transformation du système éducatif argentin en un système de bons s’appuie sur l’argument fallacieux de l’idéologisation supposée des écoles publiques, dans lesquelles les enseignant·es « endoctrineraient » les enfants, adolescent·es et étudiant·es avec des idées progressistes, socialistes et communistes.

Frais universitaires

La gratuité des études supérieures serait supprimée pour les étudiant·es étranger·es non résident·es, les universités étant désormais autorisées à facturer des frais d’inscription. Celles et ceux qui célèbrent cette première mesure xénophobe dans le système universitaire ne perçoivent pas qu’elle constitue une avancée progressive vers l’instauration de frais dans l’enseignement supérieur, souhaitée de longue date par les secteurs élitistes du pouvoir qui cherchent à restreindre l’accès aux populations les moins favorisées.

Les écoles, terrain de chasse de la publicité marchande

La suppression de l’interdiction de publicité en échange de dons provenant de particuliers ou d’entreprises privées dans les écoles les transforme en des lieux privilégiés pour la promotion de produits et services privés, ciblant un public préalablement sélectionné.

Atteinte au droit de grève et de manifestation

Cette offensive s’accompagne également d’un ensemble de restrictions au droit de manifester pour les travailleurs et travailleuses. Le décret d’urgence (DNU) déclare l’éducation comme un service essentiel, ce qui implique que toute action de grève doit être limitée à 25 % du personnel concerné. Les 75 % restants doivent rester à leur poste. Le droit d’organiser des assemblées sur les lieux de travail, pendant les heures de travail, est également supprimé.

La parole à nos camarades de CTERA (Confédération des travailleurs de l’éducation de la république argentine) Nous continuerons de lutter pour une éducation qui forme les nouvelles générations à un projet de société respectueuse de la vie de toutes et tous, fondée sur les droits, consciente de la responsabilité environnementale envers les générations présentes et futures, et au service de son émancipation de toute forme d’exploitation et d’oppression. Les syndicats, les collectifs d’enseignant·es, les centres d’étudiant·es et les coopératives, qui défendent l’éducation publique, ont organisé leur résistance à travers 3 grèves générales, des marches “multitudinarias”, et nous continuerons à le faire. Face à cette situation, la CTERA renouvelle sa demande auprès du Congrès national d’adopter une nouvelle Loi de financement de l’éducation, visant à augmenter le budget éducatif de 6 % à 8 % du PIB. Cette augmentation permettrait d’assurer le fonctionnement de la Paritaire nationale enseignante, la restitution du FONID, des hausses salariales, une infrastructure scolaire adaptée aux besoins du système, des cantines scolaires, la distribution de livres et d’ordinateurs portables, des bourses étudiantes, ainsi que toutes les conditions dignes et indispensables à la réalisation adéquate des processus d’enseignement et d’apprentissage. Le respect des droits fondamentaux des enseignants (tels que la formation continue, des salaires décents, des écoles sûres, la valorisation de leur travail et le droit de grève) constitue une condition essentielle pour garantir une éducation publique de qualité.

3 – Retour à l’ordre moral

3.1 – Pourquoi l’extrême droite déteste l’école publique ?

Trump à la maison blanche, Milei en Argentine, Meloni en Italie, Orban en Hongrie, etc.. Tous ces gouvernements agissent sur l’école dès leur arrivée au pouvoir. L’école s’impose comme l’une des principales obsessions de l’extrême droite mondiale.

Leurs projets s’annoncent toujours au nom de la protection des enfants. Protéger les enfants oui, mais à l’école seulement.

En France trois enfants par classe sont victimes d’inceste, 81 % des violences sexuelles sur mineur·es sont commises dans leur famille. On peut penser que les proportions sont semblables ailleurs. Pourtant ces projets d’extrême droite qui concernent les écoles ne cherchent pas à prévenir ces violences, mais des violences induites par une supposée idéologie gauchiste qui pervertirait l’enseignement et les enfants.

Cela n’est pas nouveau et a notamment été fait aux Etats-Unis.

Déjà dans les années soixante, lors de la déségrégation des écoles aux États Unis, une bourgeoisie blanche réactionnaire luttait activement contre la mixité raciale dans les écoles, pour éviter l’arrivée des enfants noir·es dans les écoles blanches. En Nouvelle Orléans, par exemple, des tests très difficiles ont été imposés aux écolier·es noir·es qui voulaient rejoindre les écoles blanches.

Parallèlement, en réaction aux évolutions amenées par les mouvements féministes des années 60 – 70, des mouvements anti-gays, anti-féministes se développent menés par des femmes américaines chrétiennes voulant empêcher l’adoption de nouveaux droits. Le néolibéral Reagan des années 80 reprend à son compte cette colère blanche : sous couvert de liberté, il casse les services publics et fait des cadeaux aux plus riches. La défense de l’école privée constitue un moyen de contourner la déségrégation et de continuer à donner un enseignement religieux qui diabolise l’émancipation des femmes et l’homosexualité. Agiter la menace des violences sexuelles sur mineur·es est un moyen non pas de combattre les violences sexuelles sur mineur·es mais d’appuyer un agenda politique qui défend un ordre social hiérarchisé de classe, de race et de genre.

Cette stratégie, qui a très bien fonctionné aux États Unis, s’importe en Europe.

Commencer par une affirmation consensuelle à laquelle personne ne va s’opposer : vouloir protéger les enfants.

Puis mettre en œuvre des politiques réactionnaires au nom de cette protection : pilonner des livres qui parlent de colonisation et de féminisme, organiser le délabrement des écoles publiques en les réservant aux populations les plus défavorisées, développer l’enseignement privé en les destinant aux élites. En bref, organiser une ségrégation des populations. Il y a un lien direct entre racisme, homophobie, antiféminisme, et destruction des services publics.

Tout cela fait écho à ce qui ce passe en France : dégrader l’école publique et l’enseignement supérieur en leur coupant les financements, leur reprocher ensuite de ne pas être assez neutres idéologiquement, pas assez efficaces, pas assez performants, pour finir par appeler à l’ouverture à la concurrence.

Le mouvement de l’École libre en 1984 a obtenu le maintien des subventions pour l’école privée. En 2014, les ABCD de l’égalité, projet de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes à l’école, ont été retirés sous la pression de ses opposants. En novembre 2024, le Syndicat de la famille ( ex Manif pour tous), SOS éducation, Parents Vigilants (proche Reconquête) ont réussi à faire reculer une ministre de l’EN qui a retiré un projet qui visait à lutter contre les discriminations et les VSS à l’école, en s’en prenant aux personnes trans.

L’arrivée de l’extrême droite représenterait en France une aggravation de la situation dans nos écoles et nos universités.

SUD éducation, syndicat antifasciste, se bat contre l’extrême droite, son idéologie identitaire et nationale, son école de l’exclusion, raciste, validiste, sexiste, LGBTphobe.

SUD éducation, attaché au service public d’éducation, défend un enseignement égalitaire, la mise en place de pédagogies émancipatrices, l’application des programmes d’Évars, la lutte contre les VSS et toutes les discriminations.

L’extrême droite est et restera notre ennemie.

3.2 – Cartographie des croisé·es de l’anti-genre

Les débats autour des programmes d’Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Évars) ont remis sur le devant de la scène une nébuleuse de mouvements unis dans une même aversion pour les questions de genre. Dix ans après la bataille contre les ABCD de l’égalité et la Manif pour tous, les courants les plus réactionnaires se re-mobilisent pour défendre leur ordre moral et patriarcal.

Les politiques – électoralistes et/ou activistes

La première de ces familles rassemble des organisations qui ont fait le choix de l’action électorale. C’est le cas du RN, qui s’inscrit dans la tradition d’une extrême droite patriarcale et rétrograde. Quant à Éric Zemmour, suite à ses revers électoraux, il a, avec son réseau Parents vigilants, résolument parié sur la question éducative pour survivre médiatiquement et politiquement. Mais, de Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez, la droite catholique réactionnaire investit aussi ce combat. Si ces mouvements misent d’abord sur les élections, d’autres se distinguent par leur activisme. La Manif pour tous, rebaptisée Syndicat de la famille, rêve de renouer avec ses succès d’antan. SOS Éducation mène une stratégie de lobbying auprès du grand public et des parlementaires en lançant des campagnes de désinformation sur l’école inspirées des techniques de marketing, sans oublier d’accumuler au passage un gros pactole financier. Groupes identitaires, vieille extrême droite du type Action Française sont aussi aux aguets, autant par conviction que par opportunisme.

Les fous de Dieu

Ennemies historiques de l’école publique, les organisations traditionalistes qui ont connu leur heure de gloire pendant la Manif pour tous, se retrouvent en pointe du combat contre l’Évars, nouvelle manifestation, selon eux et elles, de l’école du diable. Leurs poils se dressent à la seule évocation du mot sexualité. La branche belge de Civitas, organisation aujourd’hui dissoute en France pour antisémitisme, s’est ainsi montrée particulièrement virulente à l’automne 2023, quand des écoles ont été incendiées. Le milliardaire Pierre-Edouard Stérin est aussi venu apporter un soutien financier important à des associations qui pratiquent l’entrisme dans les établissements scolaires. Stérin se distingue aussi par son financement d’écoles privées hors-contrat non-mixtes. Tous ces « fous de dieu » rêvent de voir advenir la dystopie de Margaret Atwood, La Servante écarlate, livre par ailleurs dans le collimateur des censeurs et interdit dans les bibliothèques dans la très conservatrice province de l’Alberta au Canada.

Les complotistes

Sortie renforcée par l’épisode du Covid, la sphère complotiste a vite prolongé sa croisade contre les masques et les vaccins par des campagnes toutes aussi délirantes contre l’Évars. De nouveaux collectifs sont ainsi apparus (Mamans Louves, Parents en colère, etc.). Se présentant comme « apolitiques », c’est pourtant sur les réseaux et dans les médias de la fachosphère qu’ils et elles s’expriment, en quête de toujours plus de notoriété. Leur modèle reste le mouvement dit de la Journée de retrait, qui, en 2014 – 2015, à l’initiative de Farida Belghoul, une proche d’Alain Soral, avait appelé au boycott des ABCD de l’égalité, obtenant l’arrêt de cette expérimentation par le gouvernement socialiste d’alors.

Les anti-genre et le lobby transphobe

Derrière un vernis scientifique, une nébuleuse de collectifs (Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et l’adolescence – REPPEA, Juristes pour l’enfance, etc.) ou « d’observatoires » (Observatoire de la Petite sirène, notamment) aux prétentions académiques, a jeté son dévolu sur ce qu’ils et elles appellent les « dérives » de l’éducation à la sexualité, et en particulier le « transgenrisme ». La communauté trans est ainsi devenue leur cible privilégiée. Leur obsession pour l’Évars, vient du fait qu’ils et elles voient derrière cet enseignement la main du lobby LGBTQIA+ et en particulier des mouvements trans – un phénomène de « contagion sociale » qui serait « influencé par le discours de militant·es trans » assimilé à un « embrigadement idéologique ». Pour l’Observatoire de la petite sirène, la transidentité serait une maladie mentale qu’il faudrait guérir. Lors de la mobilisation contre l’Évars en Belgique, des liens ont été mis en lumière entre l’Observatoire de la petite sirène et des groupes ultra-conservateurs comme Civitas.

3.3 – L’extrême droite et son projet raciste à l’assaut de l’école

Le racisme est indissociable du fascisme ; il est au cœur de la vision de la société et du projet de l’extrême droite. La suprématie blanche est actuellement incarnée par l’extrême droite française qui impose la culture occidentale comme supérieure. Les personnes racisées et étrangères sont une des cibles privilégiées des discours et actes de l’extrême droite dans le prolongement d’une idéologie colonialiste qui considère toute personne non-blanche ou étrangère (tout comme les bi-nationaux et les personnes disposant d’une carte de séjour ou de résidence dès qu’elle enfreint une loi) comme un danger pour le corps national. C’est aussi par ces biais coloniaux qu’elle défend un projet raciste (islamophobe, négrophobe, antisémite et antiziganiste notamment) fondé sur une hiérarchisation des vies.

Le rêve fasciste de régénération de la société et de mise en place d’un projet suprémaciste blanc passe par l’école, le cœur du combat culturel de l’extrême droite. Autoritarisme, soumission des enfants, répression des enfants non-blanc·ches, exclusion sociale et ségrégation raciale sont au coeur de leur programme pour l’école. Ce projet passe également par une réécriture coloniale des programmes scolaires construite sur sur l’héritage colonial d’une domination culturelle de l’occident et sur un prétendu choc des civilisations.

Avant même que l’extrême droite n’arrive au pouvoir, une partie de ses idées se sont déjà bien installées dans les politiques publiques, et défendues notamment par les gouvernements successifs.

La laïcité est instrumentalisée pour justifier des dérives racistes, islamophobes et sexistes, en s’en prenant en priorité aux personnes musulmanes ou supposées l’être. Elle stigmatise les personnes non blanc·ches et notamment la jeunesse des quartiers populaires racisés ainsi que les élèves et personnels musulmanes ou supposées l’être en imposant un contrôle permanent de leur corps, une suspicion permanente et en les présentant comme des ennemies de la République.

Les situations de stigmatisation et de discrimination ne manquent pas : polémique des repas alternatifs des cantines scolaires, interdiction du voile aux mères accompagnatrices de sorties scolaires, non respect des autorisations d’absence pour les fêtes religieuses, contrôle de la longueur des vêtements sur les élèves racisé·es, répression des soutiens à la Palestine sous couvert de laïcité dont les élèves et personnels non-blanc·ches sont les premier·es victimes…

Depuis plusieurs mois, plusieurs élèves et personnels non-blanc·ches ont été la cible de violences verbales et physiques, résultat de la banalisation des idées racistes dans notre société. En septembre, dans un lycée de Guyane, des élèves et des personnels ont été victimes de propos et comportements racistes et coloniaux.

En novembre, des affiches racistes, xénophobes et menaçantes ont été retrouvées devant une école maternelle de Toulouse.

Le même mois, c’est un élève, Thays, qui a témoigné dans les médias du harcèlement raciste (organisé par des enfants d’électeur·rices du RN) et qui l’a obligé à changer d’établissement.

Le racisme, le fascisme et son projet suprémaciste blanc progressent partout. SUD éducation alerte et rappelle que l’école ne peut être le lieu où ces idéologies se diffusent et violentent les personnes non blanc·ches. L’Education nationale doit lutter contre toutes les discriminations, contre la diffusion des idées d’extrême droite, protéger et croire les victimes, et sanctionner les auteurs. Nous devons, nous, faire vivre l’antiracisme sur nos lieux de travail (HMI, mobilisations autour de cette lutte notamment).

Ne laissons aucune place à l’extrême droite sur nos lieux de travail !

3.4 – Contre Bolloré et son monde 

Septembre 2023. Une rumeur bruisse dans les syndicats des personnels de l’Éducation : Vincent Bolloré, le tristement célèbre milliardaire d’extrême droite, posséderait jusqu’aux 3/4 des maisons d’édition de manuels scolaires françaises. De là à penser à un projet délibéré de prise de contrôle idéologique, il n’y a évidemment qu’un pas. Vérification faite, la situation est plus complexe. Via Vivendi, qui possède Editis, le numéro 2 de l’édition en France, Bolloré s’apprête à racheter le groupe de son ancien rival, Lagardère, numéro 1 sur le marché. Mais la fusion, qui créerait une situation de quasi monopole, est refusée par la direction de la concurrence de la Commission européenne. Le grand patron fait le choix de céder Editis : il perd ainsi le contrôle de Nathan, Perrin, Bordas et Plon. Alors, plus de peur que de mal ? En réalité, les raisons de s’inquiéter sont nombreuses.

Retour sur la mise en place de l’empire médiatique Bolloré

Depuis 2005, lorsque Bolloré s’empare d’Havas, la plus grande agence publicitaire française, le grand patron a multiplié les acquisitions : chaînes télé dont canal +, journaux. Avec i‑Télé, qu’il rebaptise Cnews, il crée un porte-voix pour les idées d’extrême droite dans le paysage médiatique.

Le milliardaire contrôle ses acquisitions d’une main de fer à travers son lieutenant, Serge Nedjar. Celui-ci multiplie les plans d’austérité et les restructurations brutales. Gare aux employé·es qui ne plieraient pas ! Celles et ceux qui restent doivent marcher au pas et le travail syndical est régulièrement entravé.

Le prétendu « combat civilisationnel »

Désormais à la tête d’un solide empire médiatique, Bolloré peut laisser libre cours à son obsession : la guerre culturelle contre les idéologies de gauche, une véritable « bataille civilisationnelle » pour la défense de l’« occident chrétien ». Ce combat, il le partage avec quelques grandes figures de l’extrême droite. Tout d’abord Patrick Buisson, qui se vantait d’avoir fait gagner la présidentielle à Sarkozy et qui défendait (il est mort en 2023) d’aller mener la bataille sur les thématiques acquises à la gauche pour mieux leur prendre des voix. Mais également avec Jean-Yves Le Gallou, admirateur du théoricien communiste italien Gramsci et qui considère avec lui que l’hégémonie culturelle est indispensable à la victoire politique. Leur objectif commun : la victoire électorale et culturelle de leur camp. C’est ainsi que le chef d’entreprise utilisera CNews comme rampe de lancement pour Eric Zemmour, dont il a fait son poulain pour l’élection présidentielle de 2022. En 2024, il impose cette fois à ses médias de soutenir massivement le RN et il s’impliquera personnellement dans le ralliement d’Eric Ciotti au parti d’extrême droite.

Alors, Bolloré a‑t-il vraiment délaissé le monde des manuels scolaires ?

Loin de là. Il détient toujours aujourd’hui une majorité des maisons d’édition de manuels scolaires via Hachette Éducation, qui publie actuellement des manuels de la maternelle à l’enseignement supérieur et possède également Hatier, Dunod, Foucher, Lelivrescolaire.fr, etc.

Il aurait d’ailleurs tort de le faire ! Le marché de l’édition scolaire est un marché stable, lucratif, qui représente près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires par an soit 10 % du marché total de l’édition. Cette manne lui permet de financer ses autres acquisitions, globalement déficitaires.

Faut-il craindre la mise en place de manuels scolaires d’extrême droite ?

Il semble peu probable que les changements soient brutaux car le cahier des charges reste pour l’instant assez clair sur la nécessaire neutralité des programmes. Le risque est plus subtil. Une possible première étape consisterait à expurger progressivement les manuels des discours jugés trop à gauche, comme le concept de genres en SVT, la critique du colonialisme en Histoire ou les analyses marxistes en SES. Cela au nom d’un nécessaire « rééquilibrage » d’un discours considéré comme majoritairement de gauche. Par ailleurs Bolloré, fervent catholique, pourrait être tenté d’augmenter (comme il le fait dans les médias lui appartenant) la place de la religion dans les manuels, au détriment d’une pensée critique et de la laïcité.

Ça peut marcher ?

L’Éducation nationale a longtemps été un bastion largement hermétique aux idées d’extrême droite. Mais cela est malheureusement en train de changer. Si en 2012 seul·es 3 % des enseignant·es votaient FN, en 2024, iels auraient été près de 20 % à donner leur voix au RN ! Dans les couloirs du ministère, les réactionnaires de tout poil sont de plus en plus nombreux. Il y a fort à parier qu’en cas de victoire électorale la position hégémonique créée par Bolloré lui soit un puissant outil contre notre camp social.

Que faire ?

Il est essentiel de résister contre cette intrusion mortifère dans le champ pédagogique. Il nous faut lutter sur le champ intellectuel contre les contre-vérités assénées à longueur de journée par Bolloré et ses allié·es.

Nous appelons à désarmer Bolloré. En mai 2025 un appel a été lancé à boycotter les manuels scolaires lui appartenant. Notre fédération s’inscrit pleinement dans cette initiative.

Plus récemment SUD Éducation 93 a lancé une déclinaison de cet appel qui, nous l’espérons, sera repris et relayé par toutes nos structures départementales :

« Le frapper au portefeuille est essentiel, tout comme contre attaquer ses discours de haine partout et systématiquement. Il ne faut cependant pas tomber dans le piège de se focaliser sur lui, de lui donner plus d’importance qu’il n’en a. Si ses idées prospèrent, il n’en est pas le seul artisan. La lutte contre la fascisation de la société doit être bien plus large. Nous ne combattons pas qu’un capitaliste, nous combattons tout un système.

Il nous faut aussi sortir d’une logique uniquement défensive : construire nos propres outils d’apprentissage, remettre la pédagogie critique au cœur de nos pratiques professionnelles, réinventer des maisons d’éditions indépendantes. Combattre le fascisme c’est enfin mettre en avant la vision de l’école que nous voulons, une école désirable, émancipatrice, ouverte, au fonctionnement horizontal et autogestionnaire. »

3.5 – Pierre-Édouard Stérin, « Saint Patron des réacs »

Milliardaire, catholique, « patriote » – mais exilé fiscal ! –, Pierre-Edouard Stérin, l’homme des coffrets Smartbox, met sa fortune au service d’une guerre idéologique et culturelle, à travers un plan baptisé « Périclès », du nom du stratège grec mais avant tout acronyme de « Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes ».

L’objectif à court terme ? Ce sont d’abord les élections municipales 2026, avec l’ambition de faire tomber au moins 300 villes entre les mains de l’extrême droite. À plus long terme ? C’est à l’ensemble de la société qu’il rêve d’imposer ses idées réactionnaires. Ses champs de bataille ? Le « wokisme », les « menaces islamistes », l’avortement, mais aussi l’immigration (il est adepte de la « remigration »). Tous ces thèmes constituent, selon lui, des périls mortels pour une France qu’il a entrepris de « rechristianiser ». Alors, fort de son patrimoine financier – et de ses liens étroits avec le RN – Stérin œuvre à « l’union des droites » conservatrices et libérales, comptant sur ses soutiens à l’international et sur ses relations avec l’administration Trump.

Son Fonds de dotation du Bien Commun organise, un peu partout en France, des galas de charité afin de financer des associations. Ces soirées ont aussi pour vocation de tisser des réseaux avec la petite et la grande bourgeoisie locales. Bien entendu, les associations retenues s’inscrivent exclusivement dans un « bien commun » défini par Stérin autour de 4 axes : souveraineté, solidarité, évangélisation et éducation. Dans les faits, les projets financés sont très homogènes idéologiquement, et ancrés dans des valeurs conservatrices : natalisme, non-mixité, sexualité « normée », autorité, patriotisme, ordre et excellence.

Le développement du projet Périclès passe également par le financement de « Maisons du Bien commun » et de structures plus directement politiques :

  • création d’une école de formation politique, Politicae (à destination des maires et des collaborateur·ices politiques) ;
  • création d’une école de journalisme, l’Institut Libre de Journalisme (ILJ) ;
  • soutien à l’Institut Iliade (qui forme de jeunes suprémacistes blancs – des héritiers de Génération identitaire aux intégristes d’Academia Christiana »)
  • financement de médias, d’événements culturels, etc.

Mais le programme a aussi ses ratés… Grâce à la mobilisation des salarié·es, Stérin a échoué à s’emparer de Marianne et du groupe Bayard. Après la publication de l’enquête de L’Humanité sur le milliardaire, des mécènes ont cessé de soutenir certains projets. En avril 2025, une commission d’enquête parlementaire l’a convoqué pour financement politique indirect. Il a refusé de se présenter et la commission a saisi le parquet.

Face au risque de renforcement de l’extrême droite, une riposte syndicale d’ampleur est nécessaire. Suite à la campagne menée par SUD Rail en juillet 2024, le Comité des Activités Sociales Interentreprises de Paris Sud-Est a mis fin à son partenariat avec Smartbox et a dénoncé le projet Périclès porté par Stérin.

La bataille syndicale concerne en premier lieu le secteur associatif (refuser la philanthropie individuelle, ne pas participer au système Stérin malgré l’appât du financement), mais aussi l’éducation (Évars, accompagnement à la scolarité, enseignement privé – voir article sur les écoles hors-contrat de cette brochure), la santé et le social (positionnement pseudo-humanitaire, « (ré)insertion », handicap), la culture et les collectivités territoriales.

Localement, la mobilisation contre les Nuits du bien commun passe par des appels à des contre-rassemblements, la dénonciation dans les médias et les réseaux sociaux des Nuits et des associations locales qui y participent ou encore l’organisation d’événements dénonçant le projet de société de Stérin et ses impacts sur les travailleur·euses.

Les SCAS regroupent aujourd’hui principalement des militant·es à titre individuel de différentes origines militantes, afin de regrouper, d’analyser les informations concernant Stérin & cie, et de coordonner l’ensemble des mobilisations.

4 – Contre révolution scolaire

4.1 – Quand l’extrême droite remet en cause un projet pédagogique à Valenciennes 

Les affaires de remise en cause du travail des enseignant·es par des parents affiliés à l’extrême droite se multiplient malheureusement dans notre pays. Les un·es reprochent au collège l’enseignement de l’histoire du fait religieux, notamment de la religion musulmane, d’autres au lycée l’enseignement de la Shoah, et beaucoup s’opposent, surtout dans le primaire, à la mise en place des programmes d’Évars (Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). Examinons en détail une affaire emblématique parmi ces affaires, qui a certes abouti à l’annulation d’une sortie pédagogique, mais aussi à la création d’une coordination antifasciste.

En 2022 Séverine Duminy, une professeure de mathématiques dans un lycée de Valenciennes, candidate pour Reconquête aux législatives, dénonce sur ses réseaux sociaux le projet pédagogique interdisciplinaire porté par trois collègues de philosophie, culture antique et théâtre en hypokhâgne dans un autre lycée de la même ville. Le projet pédagogique croisait les trois programmes à partir d’un objet commun, touchant aux questions migratoires. Intitulé « Exil et Frontières », il incluait une initiation aux méthodes de la recherche universitaire, une conférence sur « Ovide le déraciné », un atelier théâtre avec un metteur en scène et une sortie sur un terrain d’étude, à Calais, pour travailler sur la frontière qui passe dans une ville que la migration transforme. Dans ce cadre, il s’agissait de rencontrer aussi les bénévoles de l’Auberge des migrants afin de travailler de manière critique sur la présence citoyenne et humanitaire à la frontière.

Des communiqués de presse de Reconquête et du Rassemblement National ciblent alors l’enseignante de philosophie, l’accusant de vouloir faire de la « propagande immigrationniste » et d’endoctriner ses étudiant·es. Sur les réseaux et les sites néofascistes, le nom de l’enseignante de philosophie est lâché, accompagné de sa photographie et de son adresse professionnelle, déclenchant un violent cyberharcèlement, mêlant menaces de viol et de mort envers celle qui est accusée d’emmener des élèves dans un camp de migrant·es.

« Par sécurité », le rectorat de Lille fait annuler la sortie de Calais et effectue un signalement au Procureur de la République, tout en accordant la protection fonctionnelle prévue en pareil cas à l’enseignante de philosophie. Un fort soutien syndical s’organise localement, ainsi que celui d’environ un millier de professeur·es et de chercheur·euses dans une tribune publiée dans le journal Le Monde du 6 décembre 2022.

Eric Zemmour tweete : « nous découvrons qu’à Valenciennes, un professeur de philosophie décide d’enrôler ses élèves dans des activités pro-migrants à Calais. Le grand endoctrinement au service du grand remplacement. Est-ce l’école que nous voulons ? »

L’enseignante, placée sous protection policière, épuisée par le nombre et la violence des attaques, doit stopper son travail. Elle porte plainte pour cyberharcèlement, menaces de mort, injures sexistes et racistes. A ce jour, sept personnes ont été interpellées et seront jugées en janvier 2026. L’enseignante dépose également une plainte en diffamation à l’égard des responsables politiques et des directeurs de publication des sites néofascistes qui l’accusent de propagande et d’endoctrinement, des allégations qui portent atteinte à la probité de tout·e enseignant·e et tendent à disqualifier son travail académique sur les questions migratoires. Neuf personnes ont été mises en examen dans le cadre de cette plainte, qui passeront en jugement en mars 2026.

Tandis que Séverine Duminy, toujours à son poste, désormais porte-parole des Parents Vigilants, continue à brandir l’annulation de cette sortie pédagogique comme un trophée, évoquée par exemple lors d’un « colloque » animé par Reconquête au Sénat, l’enseignante de philosophie, elle, ne travaille plus à Valenciennes. Elle poursuit néanmoins son travail d’enseignante et de chercheuse, et milite au sein du collectif CAALAP (voir notre encadré).

Défendre la pensée critique et l’exigence de rigueur scientifique : La CAALAP, une initiative issue de notre camp  La CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques) s’est créée à la fin de l’année 2023, pour s’opposer vigoureusement à une ligne de pensée violemment réactionnaire, et notamment pour réagir à une attaque de Parents Vigilants dans le Nord contre le projet d’un atelier d’ethnologie pour des étudiant·es de classe préparatoire auprès d’une association d’aide aux migrant·es. L’enseignante de philosophie à l’origine du projet s’était trouvée alors sous le feu d’un violent cyberharcèlement. La CAALAP rassemble aussi bien des universitaires que des enseignant·es des établissements primaires ou secondaires, et des personnels éducatifs de toute la France que cet objectif antifasciste mobilise. Le nombre de ses membres ne cesse de progresser, au lendemain de son premier congrès qui s’est tenu en septembre 2025 à Roubaix. L’objectif est de résister à la volonté de l’extrême droite de museler toute pensée critique et toute exigence de rigueur scientifique. Pour cela, la coordination débusque les offensives au sein des établissements d’éducation et de recherche. Elle affirme la légitimité scientifique de la pensée critique, donne sur son site des outils théoriques et pratiques pour la mettre en œuvre. Elle défend les chercheur·es, enseignant·es, élèves et étudiant·es victimes de persécutions et menaces issues de mouvements racistes ou fascisants. On peut s’inscrire sur le site pour recevoir une newsletter bi-mensuelle, qui reprend l’actualité et annonce les différents séminaires que l’on peut suivre en visio, en présentiel, ou en différé. La fédération SUD éducation soutient la CAALAP depuis juin 2025.

4.2 – Idéologie et pratiques de l’extrême droite dans les facs

Depuis quelques années, l’extrême droite gangrène les universités, qui lui étaient traditionnellement hostiles et son idéologie s’y répand comme dans toute la société. Elle s’appuie surtout sur une vision élitiste de l’université publique. Elle soutient le tri social par l’argent couplé à des discours racistes et xénophobes. La politique macroniste appuie de plus en plus les idées réactionnaires de l’extrême droite, le plan « Bienvenue en France » qui impose des frais de scolarité différents aux étudiant·es extra-européen·nes en est un exemple notable. Dans les conseils centraux des facs, l’extrême droite pousse ainsi pour l’application ou le renforcement de ces plans.

C’est aussi une offensive de l’enseignement privé, de plus en plus radical et utilisé comme foyer de formation idéologique des cadres d’extrême droite. Qu’ils soient soutenus par des milliardaires comme Pierre-Édouard Stérin, ou directement contrôlés par des fascistes comme la désastreuse ISSEP de Marion Maréchal, ces établissements disposent de nombreux moyens pour attirer de plus en plus d’étudiant⋅es.

Dans la pratique, cette présence passe d’abord par le renforcement des organisations étudiantes, principalement la Cocarde et l’UNI. Les deux « syndicats » se rejoignent sur un soutien au projet « d’union des droites » d’Éric Zemmour, dont ils ont assuré la sécurité pendant des meetings, y compris celui de Villepinte en 2021. Leurs élu·es défendent dans les conseils les politiques les plus austéritaires et sélectives des présidences, tout en menant des campagnes contre le « wokisme », c’est-à-dire contre l’égalité et la justice sociale à l’université. De nombreuses affaires de propos ou actions racistes mettant en cause certains de leurs membres ont été publiées (Strasbourg en 2025).

Il faut y ajouter des collectifs plus violents, comme le GUD, nationaliste, ou l’Action Française, royaliste, ainsi que leurs déclinaisons locales (Oriflamme à Rennes par exemple). Ces groupes n’hésitent pas à utiliser la menace contre les mouvements progressistes, par des tags, des campagnes de harcèlement en ligne ou des tentatives d’annulation d’événements. On peut ainsi penser à l’escalier aux couleurs du drapeau de Rennes II repeint en 2025 en bleu-blanc-rouge. Ils vont aussi jusqu’à la violence physique contre la gauche : « commando » ayant attaqué la fac de Montpellier occupée en 2018, blocage de la fac de Poitiers par l’Action Française ou attaque d’un cortège étudiant par les « Waffen Assas » à Paris en 2023.

Du côté des agent·es, les initiatives type « Observatoire du décolonialisme » visent plutôt à mettre la pression sur les enseignements et à instaurer un climat de censure sur certains champs de recherche, comme les études de genre, l’histoire mondiale ou les travaux sur le monde musulman. Plus récemment, les nombreuses tentatives d’interdiction de colloques ou conférences sur la Palestine participent de ce raidissement autoritaire, où des paniques morales créées par l’extrême droite et diffusées par ses médias sont reprises par le pouvoir politique et administratif.

De plus en plus d’entreprises d’extrême droite tentent également de s’implanter dans le financement des sciences expérimentales. C’est notamment le cas de la galaxie Bolloré, via ses entreprises de sécurité et notamment Blue Systems, à la pointe des technologies de surveillance et de contrôle boostées au lithium, qui a passé des partenariats avec des laboratoires publics à l’UGA (Grenoble) et Nantes Université. La baisse des financements publics nourrit ici les appétits privés.

Campus wars : l’alt-right états-unienne passe à l’offensive Aux États-Unis, les universités sont sous le feu d’une contre-révolution idéologique. Sous prétexte de « sauver la liberté d’expression », l’extrême droite et les républicains mènent une véritable chasse aux sorcières contre tout ce qui s’oppose à leur vision réactionnaire. Les programmes sur les études décoloniales, le racisme systémique ou les droits LGBTQIA+ sont censurés, les enseignant·es progressistes harcelé·es et pris·es pour cible. Des lois scélérates, comme celles interdisant la critical race theory ou criminalisant les soins de genre (gender-affirming care), se multiplient, tandis que des fondations privées réactionnaires financent de nombreuses chaires, transformant les campus en laboratoires d’un autoritarisme décomplexé. Derrière ces attaques se déploie une stratégie claire théorisée sous le nom de « Campus wars », avatar universitaire de la guerre culturelle que mène la droite réactionnaire. Dans les faits il s’agit d’étouffer la pensée critique, de diaboliser les luttes pour l’égalité et de faire des universités des zones de non-droit pour les idées progressistes. Pendant ce temps, des tribunes sont offertes à des idéologues d’extrême droite, sous couvert de « débat » et de pluralisme, tandis que les voix antiracistes ou féministes sont, elles, réduites au silence. Bien évidemment ce mouvement s’accélère depuis l’élection de D. Trump en novembre 2023. Mais la résistance s’organise : étudiant·es, enseignant·es et syndicats se mobilisent pour défendre une éducation émancipatrice, refusant de laisser les réactionnaires imposer leur ordre moral car un campus sans débat, sans diversité, sans contestation, ce n’est plus une université, c’est une caserne.

4.3 – Des pratiques éducatives pour lutter contre l’extrême droite à l’école

Dans le contexte d’une montée de l’extrême droite à travers le monde, l’école est au cœur de la guerre culturelle : l’école d’aujourd’hui, c’est aussi la société de demain… Or, permettre que les idées d’extrême droite s’invitent dans les parcours scolaires, c’est risquer une fascisation progressive de la jeunesse. Les attaques sont légion : roman national, tentatives de militarisation de la jeunesse, officines réactionnaires (des Parents Vigilants de Reconquête au Réseau des parents, financé par Pierre-Édouard Stérin), etc.

Il nous faut livrer le combat sur tous les terrains, dont celui de l’école. À ce titre, des essais tels que La bataille culturelle de Blanche Sabbah nous paraissent intéressants à mobiliser de façon à adapter notre discours antifasciste pour qu’il soit compris de nos élèves et de la société dans son ensemble. Car l’antifascisme et le refus des discriminations ne sont pas des opinions comme les autres, c’est bien le socle d’une société égalitaire et démocratique. Pour agir concrètement, Blanche Sabbah met en avant plusieurs pistes :

  • convoquer le sensible : pour que les individus se reconnaissent et se retrouvent dans les luttes pour la liberté et l’égalité, il ne faut pas hésiter à avoir recours à des histoires personnelles.
  • rendre nos argumentaires accessibles et compris par le plus grand nombre, en privilégiant certains formats attractifs : bande dessinée, vidéos courtes, etc.
  • gommer les frontières entre l’art et la politique, en proposant des contenus transversaux.

Voici donc deux activités – à faire en classe ou ailleurs – qui ont été éprouvées auprès d’un public de Terminale en banlieue parisienne (mixte socialement : 60 % d’élèves défavorisé·es, 40 % d’élèves plutôt favorisé·es).

L’arpentage

L’arpentage est un outil d’éducation populaire de lecture collective. Inspiré de pratiques des cercles ouvriers syndicalistes de la fin du XIXe siècle, il a également été pratiqué dans les maquis des résistant·es contre le nazisme. Il permet, en deux petites heures, de lire tout un livre. Chacun·e se voit attribuer une partie et doit ensuite mettre en commun ce qu’iel a compris de son extrait afin de reconstituer, petit à petit, l’histoire dans son entièreté.

L’arpentage permet de donner une dimension sensible aux crimes perpétrés par le nazisme, en suivant l’histoire d’un individu, en l’occurrence Primo Lévi dans Si c’est un homme. L’identification avec le personnage principal, permet de se projeter plus facilement et crée de l’empathie envers le narrateur. Les élèves, en îlot de 4, lisent un extrait d’une soixantaine de pages puis remplissent un tableau à quatre colonnes, une pour chaque élève. Pendant qu’un·e élève dit ce qu’iel a compris de son passage, un·e autre prend des notes dans la colonne correspondante. Puis, iels doivent répondre à quelques questions transversales, par exemple : montrer que les camps créent de la déshumanisation. Cela permet donc de faire lire un ouvrage qui n’aurait peut-être pas été lu sinon, surtout au vu de la réticence de certain·es élèves envers la lecture. Certain·es ont d’ailleurs confié que jusqu’à présent iels n’avaient presque rien lu, hormis les lectures obligatoires en français. L’arpentage est une activité que l’on peut proposer en français, histoire, philosophie, sciences économiques et sociales, mais aussi dans des ateliers tels que les clubs égalité, clubs éco-délégué-es…

Créer sa théorie du complot

Le complotisme ou conspirationnisme laisse penser qu’il existerait des complots orchestrés par des organisations secrètes ayant pour finalité de déstabiliser la société. Très souvent, les soi-disant responsables de ces complots sont des personnes racisées (juif·ves, arabes, musulman·es) ou des personnes vues comme des ennemi·es politiques (communistes, anarchistes), quand ce n’est pas les deux à la fois (judéo-bolchévisme, islamo-gauchisme). La rhétorique du complot sert donc à stigmatiser socialement et renforcer la haine, des buts propres à l’extrême droite.

À notre époque, l’extrême droite construit sa rhétorique politique sur une vérité alternative. Peu importe qu’un fait soit vrai ou faux tant que cela sert son dessein idéologique. La conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, avait ainsi répondu à un journaliste qui l’avait déstabilisée face à ses mensonges éhontés : « vous avez vos faits, nous avons les nôtres ». La stratégie de l’extrême droite américaine consiste aussi à bombarder les espaces médiatiques de fausses informations, car il est plus facile d’en créer que de prouver qu’elles sont fausses.

Nous devons donc armer nos élèves pour qu’iels aient un recul critique sur ces pratiques. À ce titre, l’activité « Créer une théorie du complot » vise à faire comprendre avec quelle facilité il est possible de façonner de fausses informations tout en leur donnant un air vraisemblable. Afin d’éviter de reproduire des théories discriminatoires, je leur donne comme cadre de ne pas viser une communauté en particulier. Cet avertissement est important si l’on ne veut pas rejouer le scénario du livre La Vague de Todd Strasser… Il s’agit ici de faire quelque chose de totalement original. Pour cela, je les invite à mélanger plusieurs idées qu’iels ont eues au sein du groupe. Ainsi, s’il existe des théories du complot sur Donald Trump et sur les aliens, il en existe déjà moins sur le fait que Donald Trump soit un alien…

Mise en place de l’activité

Avant de commencer, les élèves sont amené·es à définir le complotisme en distribuant une carte mentale incomplète présentant ce qu’est une théorie du complot. Puis en visionnant ensuite la théorie du complot de camarades de l’année précédente en précisant pourquoi cela en est une.

Réalisation

À partir de cette carte mentale, les élèves doivent réaliser une théorie du complot qui répond aux différents critères que nous avons repérés. Suivant le résultat escompté, on peut laisser plus ou moins de temps. Il peut être intéressant ici de jouer sur la forme que doit prendre la théorie du complot : on peut faire une vidéo ou réaliser un article qui répond aux codes typographiques de la presse.

Débunkage

Enfin, dans une dernière étape, les élèves échangent leurs théories du complot et doivent prouver qu’elles sont fausses. Pour cela iels ont plusieurs outils à leur disposition :

  • utiliser des sites de débunkage de fake news : comme hoaxbuster, Debunkers de hoax, ou le site de débunkage de Libération ou du Monde ;
  • vérifier que les informations présentes dans l’article sont exactes, en les recoupant avec d’autres sites d’information ;
  • faire des recherches sur les médias : qui les possède ? (on pourra s’appuyer sur la carte d’Acrimed, qui indique les propriétaires des grands médias français).

Biblio :

Avec les élèves

  • PAVLOFF Franck, Matin brun, Cheyne, 2002
  • LONDON Ernest, C’est juste, cahier d’activités critiques, Libertalia, 2023

5 – Des outils, des lectures

Tout le matériel fédéral traitant particulièrement de l’antifascisme se trouve ici.

5.1 – Petit dico des termes de l’extrême droite

5.1.1 – Partie I : Les mots de l’extrême droite

« Les luttes politiques sont des luttes sémantiques. Celui qui impose à l’autre son vocabulaire lui impose ses valeurs, sa dialectique et l’amène, sur son terrain, à livrer un combat inégal. » (Bruno Gollnisch, ancien Secrétaire général du Front national)

Antifascisme

Ce qui caractérise aujourd’hui les régimes autoritaires et leurs partisan·es, c’est avant tout un anti-antifascisme qui consiste à renvoyer dos à dos les « extrêmes » et/ou à criminaliser les opposant·es aux idées réactionnaires. Alors que le consensus antifasciste a constitué, après la Seconde Guerre mondiale, le socle des démocraties, il est assimilé aujourd’hui, comme aux États-Unis, à une forme de terrorisme… (cf. Confusionnisme).

Cancel culture ou « culture de l’annulation »

Ce terme renvoie directement au wokisme et à la conscientisation du caractère sexiste, raciste, oppressif de nombre d’œuvres d’art, de célébrations, … Pour l’extrême droite, il s’agirait d’un outil de répression idéologique menaçant la liberté d’expression et la culture traditionnelle au nom d’une « dictature des minorités ».

École « libre »

Opposant les écoles publiques, soi-disant « décadentes », « déficientes » et outrageusement « politisées », aux établissements privés, sous ou hors-contrat avec l’État, la notion d’école « libre » construit un narratif néolibéral et ultraconservateur porté par quelques officines (Fondation pour l’école, Créer son école, etc.) rêvant de déréguler le service public d’éducation en mettant en place un marché scolaire ségrégatif du chacun pour soi.

Grand endoctrinement

Corollaire du « Grand remplacement », il s’agirait d’une entreprise d’embrigadement des élèves imposant le diktat d’idéologies aussi mortifères que l’égalité (renommé « égalitarisme »), l’entraide, l’inclusion, la connaissance et le respect de l’autre. L’« idéologie woke », l’antiracisme, le féminisme, l’intersectionnalité, l’écologie radicale seraient imposés à l’école aux élèves pour détruire les identités nationales et la culture traditionnelle occidentale.

Grand remplacement

Théorie raciste et conspirationniste selon laquelle une élite mondialiste organiserait le remplacement des populations européennes par des migrant·es extra-européen·nes de religion musulmane. Ce complot aurait pour but de détruire la culture et l’identité blanches et chrétiennes de l’Europe, en favorisant l’immigration massive et le métissage des « Français·es de souche ». Cette « théorie » a été à l’origine de tueries de masse, notamment aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande.

Islamogauchiste

Néologisme pour fantasmer la proximité supposée de la gauche envers les milieux musulmans, voire islamistes. La pertinence du terme est contestée notamment par son instrumentalisation et son aspect stigmatisant qui rappelle le terme « judéo-bolchevisme ».

Laïcité

Héritière des mouvements anti-Lumières et contre-révolutionnaires, de tous les combats réactionnaires et obscurantistes, l’extrême droite s’est découvert sur le (très) tard une passion pour la laïcité… ou plus exactement pour son dévoiement. Laïciste, quand cela sert son islamophobie, elle n’a de cesse de rappeler, à l’instar de Marine Le Pen que « Pour comprendre la nation française, la République française, il faut connaître et admettre ses fondements chrétiens ».

Neutralité

Les incessants rappels à l’ordre sur la nécessaire neutralité des services publics, et de l’école en particulier, attestent d’une volonté de neutraliser tout discours critique. Derrière ces incantations, se cache en réalité la volonté de mettre au pas les personnels, de considérer que l’antiracisme, l’antisexisme, l’antifascisme et, plus généralement, la lutte contre toutes les discriminations et inégalités, sont des opinions partisanes qu’il faudrait bâillonner.

Pédagogisme

Idéologie qui serait imposée par une élite progressiste pour saper l’autorité, la culture française et l’excellence scolaire. Souvent qualifié de marxisant, désigne le remplacement des méthodes dites traditionnelles (discipline, mémorisation, etc.) et le goût de l’effort par des approches laxistes (bienveillance, co-apprentissage, « éducation ludique »), accusées de produire des élèves « crétins » (Brighelli) éduqué·es par des enseignant·es gauchistes nourrissant une « détestation de la France » et conduisant à la décadence.

Politiquement correct

Les féministes seraient allées trop loin, et seraient devenues les oppresseures des hommes, les antiracistes seraient devenus à ce point tyranniques qu’iels brimeraient toute contestation critique. Résultat : « On ne peut plus rien dire ! ». Mais se réclamer du « politiquement incorrect » permet de justifier le maintien de la pensée dominante, du racisme et du patriarcat.

Racisme anti-blanc

La référence à un racisme anti-blanc ou à un racisme inversé participe d’une dénonciation de ce qui est qualifié par certain·es de « catéchisme ‟antiraciste” »… À travers une approche biaisée et individualisante, le terme entend disqualifier la réalité d’un véritable racisme systémique et les dominations qui le caractérisent forgées par des siècles d’oppression, d’esclavage, de colonisation, de théories raciales qui ont placé les personnes blanches au sommet de l’échelle humaine justifiant des discriminations systémique dans la société (accès au logement, à l’emploi, etc.). Le racisme anti-blanc n’existe donc pas.

Réinformation /Dissidence

La réinformation se veut « canal d’information dissident » dont l’objectif est de contrer la désinformation des médias mainstream. Sous le sceau de la « réinformation » on trouve un magma de sites complotistes, confusionnistes et d’extrême droite. La dissidence désignerait la résistance active contre une « dictature » idéologique, médiatique ou culturelle mondialiste, et le rejet des « élites », des « institutions » et des valeurs progressistes (féminisme, antiracisme, multiculturalisme).

Théorie du genre

Panique morale (renforcée par la transphobie ambiante) selon laquelle une « théorie » serait enseignée à l’école pour nier les différences biologiques entre filles et garçons et détruire le modèle traditionnel de la famille. En réalité, le genre n’est pas une théorie mais un sujet d’étude issu des sciences humaines et sociales pour affirmer l’importance de l’environnement social et culturel dans la construction de l’identité de chacun·e. Cet enseignement est préconisé dans les programmes d’Évars dans le cadre de la lutte contre les inégalités filles-garçons.

Wokisme

Mot inventé en France à partir de la dénonciation des réacs états-unien·nes des mouvements d’émancipation des minorités, regroupés sous le terme “woke” L’expression est utilisée comme repoussoir pour discréditer toute revendication progressiste et occulter la réalité des discriminations. Crier au « wokisme » permet de détourner l’attention des véritables enjeux de justice sociale. En France, ce terme a notamment été banalisé par Jean Michel Blanquer.

5.1.2 – Partie II : L’extrême droite, mieux la connaître pour mieux la combattre

Catholiques intégristes

C’est en première page du journal monarchiste et antisémite L’Action française que ressurgit, en janvier 1944, le vocable « intégrisme », mot alors tombé « en désuétude », comme le précise le quotidien. L’intégrisme catholique, explique alors L’Action française, sera sous peu le remède à tous les maux : le libéralisme religieux, le modernisme, l’américanisme, le démocratisme, le communisme, etc.

Complotisme

Le complotisme est parfois utilisé comme un élément de discours, stigmatisant une partie de la population, ou cherchant à inventer un ennemi (la « cinquième colonne », l’« ennemi de l’intérieur », etc.). Il s’agit également d’un outil de mobilisation que des militants extrémistes de droite cherchent à dresser en permanence contre un adversaire tapi et agissant dans l’ombre : le « franc-maçon », le « juif », le « bolchevique » et aujourd’hui le « musulman » défendant l’idée de l’existence d’un « métacomplot ». Voir Complotisme et Réinformation/dissidence

Confusionnisme

Le confusionnisme qualifie une désagrégation relative des repères politiques antérieurement stabilisés autour du clivage gauche/droite et du développement de passerelles discursives entre extrême droite, droite, gauche modéré et gauche radicale. Cette stratégie participe également à une quête de respectabilité et de dédiabolisation des idées d’extrême droite.

Écofascisme

L’écofascisme considère que la défense de l’identité d’une communauté politique passe par la préservation écologique de son territoire, par l’allocation préférentielle des ressources qui en sont issues à sa population autochtone et par la stigmatisation socio-écologique des groupes « allochtones » perçus comme une menace et un « péril sans précédent » non seulement pour l’identité du groupe d’accueil mais aussi pour sa survie physique.

Extrême droite institutionnelle et extrême droite extraparlementaire/de rue

Ces deux catégories permettent de distinguer les partis institutionnels, qui visent à conquérir le pouvoir par des voies légales, et les groupuscules violents et/ou agissant dans la rue. Mais cette distinction, si elle est utile, ne doit pas cacher la porosité entre ces groupes (de nombreux cadres du RN se sont formés dans les groupuscules et partagent une même vision du monde).

Fascisme/néofascisme

Le néofascisme est dans certains pays un vestige, un phénomène résiduel, dans d’autres une tentative de prolonger et régénérer le vieux fascisme. C’est le cas notamment de nombreux partis et mouvements apparus en Europe centrale au cours des vingt dernières années qui revendiquent ouvertement une continuité idéologique par rapport au fascisme historique.

Fémonationalisme/homonationalisme

Le fémonationalisme (raccourci pour « nationalisme féministe et fémocratique ») et l’homonationalisme sont des instrumentalisations des thèmes féministes et des revendications LGBTQIA+ par les nationalistes et les néolibéraux) à des fins racistes et xénophobes. Ces termes stigmatisent les hommes racisés et étrangers en les présentant comme les principaux auteurs de violences sexistes et sexuelles. Ce qui est factuellement faux.

Identitaires

Selon eux et elles, l’immigration est une colonisation qui menace l’identité européenne (ou plus largement « blanche ») et la guerre civile a déjà commencé. Au nom d’une conception ethnique et essentialisée des identités et d’un choc des civilisations, les identitaires défendent l’idée d’une « remigration » des personnes issues de l’immigration post-coloniale vivant en Europe vers leurs supposées aires civilisationnelles /pays d’origine (y compris pour leurs descendant·es).

Nationalisme révolutionnaire (NR)

Le terme de nationalisme révolutionnaire désigne globalement une forme de nationalisme radical et populiste violent s’opposant à la mondialisation au nom de la défense des traditions et coutumes. Il considère le libéralisme, le matérialisme, la société de consommation, l’immigration et la mondialisation comme les causes principales du déclin social de la nation et de l’identité culturelle.

Nazisme/néonazisme

Le néonazisme c’est la promotion de la « race blanche » (le « nazisme mondialisé »), de l’antisémitisme et de l’anticommunisme. La « race blanche » subirait aujourd’hui un génocide du fait de l’homosexualité, du métissage, du « grand remplacement » et de l’« immigration-colonisation », organisée par les Juifs. Ce néonazisme entend créer des zones de peuplement « blanches ».

Nouvelle droite /Grece

Le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece) aussi appelé Nouvelle droite, a été fondé en 1968. Alors que l’extrême droite est au creux de la vague, une poignée d’universitaires détourne les idées du théoricien marxiste et antifasciste Antonio Gramsci pour mener une bataille idéologique visant l’hégémonie culturelle de la rhétorique et des concepts de l’extrême droite. On retrouve aujourd’hui ces théories comme l’ethnodifférentialisme, expression d’un néoracisme dans les discours des mouvements dit « identitaires ».

Suprématie blanche

La suprématie blanche est un système qui traverse toute la société. Elle est au cœur de l’idéologie raciste de l’extrême droite qui l’incarne et l’assume plus ouvertement. Elle se fonde sur une théorie supposée de la supériorité des sociétés occidentales sur les autres. Elle distribue de la valeur aux personnes en fonction de leur appartenance ou non à la blanchité et hiérarchise et les personnes non-blanches en raison de critères d’assignation raciales. Le discours, autrefois basé sur le racisme biologique, s’est progressivement dissimulé derrière un racisme culturel.

Transphobes

La transphobie est un système qui traverse toute la société. L’extrême droite l’assume plus ouvertement et mène des offensives transphobes régulières. Dénonçant un « transgenrisme » et une « épidémie idéologique », des secteurs réactionnaires de la psychiatrie et la psychanalyse, mais aussi du monde universitaire (Observatoire de la petite sirène, association Ypomoni, etc.) cherchent à faire interdire les transitions pour les mineur·es et à re-pathologiser la transidentité. Quant aux héritier·es de la Manif pour tous, iels se sont saisi de cette opportunité pour de nouvelles démonstrations réactionnaires et haineuses.

Les TERF, acronyme signifiant trans-exclusionary radical feminist » (féministe radicale excluant les personnes trans) s’engagent depuis plusieurs années dans un militantisme violemment antitrans.

5.2 – Bibliographie

Livres
  • BANTIGNY Ludivine et PALHETA Ugo, Face à la menace fasciste – Sortir de l’autoritarisme, Textuel, 2021
  • BRAY Marc, L’antifascisme, son passé, son présent et son avenir, Editions Lux, 2024
  • BESSON Florian, DUCRET Pauline, LANCEREAU Guillaume, LARRÈRE Mathilde,
  • Le Puy du Faux – Enquête sur un parc qui déforme l’histoire, Les Arènes, 2022
  • BUTLER Judith, Qui a peur du genre ?, Flammarion, 2024
  • CHAMBAT Grégory, Quand l’extrême droite rêve de faire école. Une bataille culturelle et sociale. Editions du Croquant, 2023
  • CHAMBAT Grégory, L’école des réacs-publicains. La pédagogie noire du FN et des néoconservateurs. N’autre école, Libertalia, 2016
  • CHEVARIN Alain, Avant les Fake News. L’emprise des extrêmes droites sur le net, L’Harmattan, 2024
  • COQUART Benoît, Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, La découverte, 2019
  • DAHANI Safia, DELAINE Estelle, FAURY Félicien, LETOURNEUR Guillaume, Sociologie politique du Rassemblement National. Enquêtes de terrain, Presses Universitaires du Septentrion, 2023
  • DELLA SUDDA Magali, Les nouvelles femmes de droite, Hors d’atteinte, 2022
  • DUBIAU Antoine, Écofascisme, Grevis, 2022
  • ECO Umberto, Reconnaître le fascisme, Grasset, 1997
  • EDIN Vincent, En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite, Les éditions de l’Atelier, 2023
  • FARRIS Sara R., « Fémonationalisme », les instrumentalisations racistes du féminisme, Syllepses, 2021
  • FAURY Félicien, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite, Le Seuil, 2024
  • FRANÇOIS Stéphane, Géopolitique des extrêmes droites. Logiques identitaires et monde multipolaire, Le Cavalier bleu, 2025
  • FERRARI Pauline, Formés à la haine des femmes. Comment les masculinistes infiltrent les réseaux sociaux, JC Lattès, 2023
  • FONTENELLE Sébastien, Macron et l’extrême droite, du rempart au boulevard, éditions Florent Massot, 2023
  • IGOUNET Valérie, Les Français d’abord, Slogans et viralité du discours Front National (1972 – 2017), Inculte, 2017
  • JOLY Laurent, La falsification de l’histoire – Eric Zemmour, l’extrême droite, Vichy et les Juifs, Grasset, 2022
  • LA HORDE, 10 questions sur l’antifascisme, Libertalia, 2023
  • LAMY Stéphanie, La terreur masculiniste, éditions du détour, 2024
  • LEBOURG Nicolas Les nazis ont-ils survécu ? : enquête sur les internationales fascistes et les croisés de la race blanche, Paris, éditions du Seuil, 2019
  • LEBOURG Nicolas et Sommier Isabelle, La Violence des marges politiques des années 1980 à nos jours, Paris, Reveneuve, 2018
  • MAHOUDEAU Alex, La panique woke. Anatomie d’une offensive réactionnaire, Textuel 2022
  • MARSAY Julien, Queers, riposter à l’injure, Payot, 2025
  • MELIN-SOUCRAMANIEN Ferdinand et POTIER Frédéric, Contre le racisme et l’antisémitisme, Dalloz, 2018
  • PAXTON Robert, Le fascisme en action, Points Seuil, 2007
  • PAXTON ROBERT O., La France de Vichy, 1940 – 1944, Seuil, 1973
  • PLOTTU Pierre et MACÉ Maxime, Pop fascisme. Comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle sur Internet, Divergences, 2024
  • RICHARD Gabrielle, Hétéro, l’école ? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité, éditions du remue-ménage, 2019
  • ROGER-LACAN Baptiste, Nouvelle histoire de l’extrême droite, France 1780 – 2025, 2025
  • ROYER Maud, Le lobby transphobe, éditions textuel, 2024
  • VISA, Nouveaux fascismes, ripostes syndicales, Syllepse, 2025
  • Collectif, coordonné par Ugo PALHETA, Extrême droite, la résistible ascension, Institut La Boétie, 2024
  • Collectif – « Zemmour contre l’histoire », tracts Gallimard n°34, 2022
  • COLLECTIF, Clément Méric. Une vie, des luttes, Libertalia, 2023
Sites
  • Visa (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) : visa-isa.org/
  • La Horde : lahorde.samizdat.net
  • Indextreme : indextreme.fr
  • Site féministe de lutte et d’arguments contre l’extrême droite : droitsfemmescontreextremesdroites.org
  • Debunkers (démolisseurs des rumeurs, des hoax d’extrême droite sur Internet) : debunkersdehoax.org
  • Questions de classe(s) : questionsdeclasses.org
  • Les Utopiques : lesutopiques.org/eclairer-politique-antisociale-fn-mieux-combattre-lextremedroite
Lettres d’info
  • Faf, la newsletter de Street Press : streetpress.com
  • In extremis, newsletter de Médiapart
  • Frontal, newsletter de Libération
  • Portails d’informations Rezo.net et Bastamag !
Podcasts
  • sur la plateforme Spectre Media, l’émission d’Ugo Palheta « Minuit dans le siècle » : spectremedia.org/minuit-dans-le-siecle
  • l’émission « Médias et antifascisme » sur radio-libertaire.org (8 novembre 2024, émission sur l’extrême droite et l’école).
Guides et brochures
  • Voxpublic
  • Bandes dessinées
  • Beate et Serge Klarsfeld, Un combat contre l’oubli, boîte à bulles, 2020
  • La nuit sera longue, Zerocalcare, nada éditions, 2025
  • Dora, Chasseuse de nazis (4 tomes), Ignacio R. Minaverry, L’Agrume, 2017
Jeux de la Horde
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Le 8 mars, à l’école, au travail et dans la rue, mobilisons-nous contre le patriarcat

Le tract : Le 8 mars, à l’école, au travail et dans la rue, mobilisons-nous contre le patriarcat

Aujourd’hui encore la liberté des femmes, des trans et des non-binaires à disposer de leur corps est toujours attaquée par le système patriarcal : difficulté d’accès à l’IVG, incitation à réarmer démographiquement la France, volonté permanente de vouloir légiférer sur les corps des personnes trans. Les chiffres sont toujours aussi inquiétants : en 2025, 164 féminicides ont eu lieu ; un viol ou une tentative de viol a eu lieu toutes les 2 minutes 30, une femme sur deux a déjà subi des violences sexuelles. Être la cible de racisme, validisme, classisme et de LGBTIphobies rend encore plus vulnérables : 85% des personnes trans sont agressées au cours de leur vie, 75% des agressions islamophobes visent des femmes et les femmes handicapées sont encore deux fois plus victimes de violences sexuelles que les autres. N’oublions pas que les enfants sont les premières victimes des violences sexuelles (une fille sur cinq et un garçon sur treize).

En 2026, la progression de l’extrême droite partout dans le monde menace toujours plus les droits des femmes et des minorités de genre. En France, la banalisation des idées fascistes et fémonationalistes rend l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite possible à l’Assemblée nationale ou à la présidence mais aussi demain dans nos mairies.

Violences sexistes et sexuelles dans l’Education nationale, pas de double peine pour les victimes – le tract de la campagne

Au moins deux femmes sur cinq affirment avoir subi des violences sexistes ou sexuelles au travail (VSST) et une femme sur cinq déclare avoir subi des comportements à caractère sexuel sur son lieu de travail (enquête Genese 2021). Au sein du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR), ces chiffres sont sans doute encore loin de l’ampleur des VSST : dans une enquête réalisée par SUD éducation en 2024, 60% des sondé·es affirmaient avoir déjà été victimes de VSST.

Fiche analyse : Les violences sexistes et sexuelles au sein de l’Éducation nationale

En septembre 2024, SUD éducation a proposé aux personnels de l’Education nationale de remplir un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles au travail. Cette fiche présente les principaux résultats.

Matériel de la campagne
Affiche : Premiers secours en cas de violences sexistes et sexuelles
Une fiche pratique pour demander la protection fonctionnelle

 Qu’est ce que la protection fonctionnelle ? 

C’est une protection organisée par la collectivité publique dûe à l’agent·e public·que en raison de ses fonctions. Cette protection s’applique lorsque l’agent·e est victime de violences, d’agissements constitutifs de harcèlement, de menaces, d’injures, de diffamations ou d’outrages à l’occasion de l’exercice de ses fonctions.

Saisir le conseil sur le conseil d’administration sur la question des VSST
Fiche pratique : accompagner une victime de violence sexiste et sexuelle
Proposition au CA ou au conseil d’école concernant les violences sexistes et sexuelles au travail
8 mars 2026, grève féministe !

Retrouvez sur cette page tout le matériel et toutes les infos pour les mobilisations du 8 mars. Faisons la grève au travail, la grève dans nos foyers (des tâches ménagères, des courses…), dans les écoles et les universités ! Interrompons toute activité productive et reproductive, formelle et informelle, rétribuée et gratuite. Participons partout aux actions et manifestations. Réapproprions-nous tous les espaces publics !

Quelques Ressources pédagogiques sur les violences sexistes et sexuelles

Livres et ressources vidéos : – Primaire : Mai Lan Chapiron, Le loup, La Martinière jeunesse, 2021, Paris Les vidéos disponibles sur le même ouvrage sur Youtube – Collège : Juliette Boutant et Thomas Mathieu, Les crocodiles sont toujours là : témoignages d’agressions et de harcèlement sexistes et sexuels, Casterman, 2019, Paris Pénélope Bagieu, Les Culottées, Gallimard, 2016, Paris
– Lycée : Margaret Atwood, La servante écarlate, Robert Laffont, 1985, Paris La série H24 disponible sur Arte Jeux :
Le jeu de rôle du consentement, “Sexploration” Un jeu coopératif pour aborder des situations de sexisme, “Moi c’est madame, la relève” Les expositions, campagnes, kits du Centre Hubertine Auclert.

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L’intelligence artificielle, vecteur de discriminations

Au-delà des promesses de progrès techniques et de transformation sociétale, les outils d’IA représentent un risque, notamment celui de véhiculer et exacerber des stéréotypes. Ils reflètent les préjugés existants et renforcent les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, à la nationalité, à la religion réelle ou supposée, mais aussi les discriminations racistes. En effets, les calculs et les données qui alimentent les algorithmes ne sont jamais neutres : « Les algorithmes sont des opinions encapsulées dans du code ».
On parle de biais, c’est-à-dire que les résultats sont biaisés, déviés en raison des préjugés humains qui faussent les données d’entraînement de l’algorithme. Les biais reflètent les discriminations quelles qu’elles soient et les amplifient. Celles et ceux qui construisent l’algorithme y embarquent leur vision du monde.

Note Biais IaLire plus de publications sur Calaméo

1.     L’IA au service du patriarcat 

Pour se développer, les IA sont alimentées par des données, pour l’essentiel des contenus présents sur internet, dont beaucoup comportent des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes. L’IA apprend à partir de ces données, les restitue et en fait une vérité. Apparaissent fréquemment des biais liés à ces données, de sélection, cognitifs… Par exemple, les contenus engendrés participent à renforcer une vision hétéronormée des femmes soumises et sexualisées. 

Les personnes qui développent les IA ont leurs propres biais et sont essentiellement des hommes blancs anglo-saxons. On peut parler de « coded gaze », un terme créé par la chercheuse Joy Buolamwini, qui décrit comment « la technologie encode les discriminations ». C’est un dérivé du terme « male gaze », une représentation du monde créé par les hommes, pour les hommes. 

Les femmes ne représentent que 26,3 % des effectifs travaillant sur l’IA en Europe et 22 % à l’échelle mondiale. La parité dans ce domaine n’est pas à espérer avant 2100 ! Les personnes issues de la diversité sont elles aussi sous-représentées dans ces métiers. Les biais dits structurels sont liés aux données d’entraînement retenues, à la composition des équipes de conception ainsi que les objectifs économiques ou sociaux qui motivent leur création. 

Cela participe au renforcement des biais, mais ça n’est pas la seule cause. Une meilleure représentation des femmes – et plus largement des minorités – serait une avancée, mais qui ne produirait des effets qu’accompagnée d’une réelle politique de lutte contre toutes les formes de discriminations. Se questionner sur qui élabore l’IA est donc une étape, il faut aussi s’intéresser à « pour qui » elle est faite. Dans la majorité des cas, les donneurs d’ordre (entreprises, administrations…) commandent des systèmes dont le but est de maximiser les profits et/ou la productivité. La lutte contre les discriminations est donc généralement négligée. 

Une étude menée par l’UNESCO en 2024, axée principalement sur le genre, pointe les effets des biais de l’IA : « Ces nouvelles applications d’IA ont le pouvoir de subtilement façonner les perceptions de millions de personnes, de telle sorte que même de légers préjugés sexistes dans le contenu qu’elles génèrent peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel ». Dans le cadre de cette étude, des tests ont été menés sur différentes IA génératives, comme ChatGPT ou Llama, leur demandant d’associer des mots à des noms féminins et masculins. Les noms féminins sont majoritairement associés à des termes dévalorisés ou traditionnels, comme « domestique » ou « cuisinière ». Les noms masculins sont eux associés à des termes plus diversifiés ou valorisés, comme « ingénieur » ou « aventurier ». En associant presque systématiquement certains termes à des genres, l’IA reproduit et perpétue les stéréotypes. 

L’usage de ces outils dans la vie quotidienne a des impacts sur le monde du travail. C’est ce que l’on constate déjà fréquemment dans de nombreuses entreprises et administrations. 

L’usage de systèmes d’IA dans le recrutement (tri des CV, faire correspondre des offres d’emplois à des candidat·es…) ou la promotion de travailleur·euses est problématique. De manière générale, ils favorisent les candidatures d’hommes pour des fonctions associées à des termes comme « leardership » ou « compétitivité ». Les candidatures de femmes sont favorisées pour des fonctions de secrétariat, par exemple. 

On peut prendre un cas d’usage au sein du Groupe La Poste. Ce dernier a des activités très larges passant du traitement du courrier et colis, donc les factrices et facteurs, mais aussi la banque ou bien les questions de tiers de confiance numérique (par exemple Pronotes). 

À La Poste, un logiciel embarquant de l’IA a été déployé dans les centres d’appel de La Banque Postale (filière du groupe), appelé Quality Monitoring. Il est aussi utilisé dans des centres d’appel comme Téléperformance. Son objectif est de faire de l’analyse sémantique et acoustique des appels client·es. Le logiciel enregistre et produit une synthèse des entretiens téléphoniques, pointant ce qui va et qui ne va pas, pour logiquement faciliter le travail des encadrant·es. 

Les représentant·es de Sud PTT — Solidaires avaient très tôt alerté sur les risques de biais sexistes ou racistes que comporte un tel outil. Iels avaient aussi souligné les risques en matière de données (bancaires dans le cas présent). Tout ceci avait été balayé par la direction qui a déroulé son projet. Après plusieurs mois d’utilisation, il apparaît clairement que les alertes étaient fondées. Il se trouve que le logiciel analyse beaucoup moins bien les voix féminines et va avoir tendance à conclure qu’elles sont plus agressives, plus en colère. On retrouve là des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes, renvoyant à des femmes qui seraient plus facilement en colère ou hystériques. 

Ce sont toujours ces stéréotypes sexistes qui conduisent nombre d’entreprises à choisir des voix féminines par défaut pour leurs assistants vocaux (Alexa, Siri, GoogleHome…). Dans « Que faire de l’IA », la Fondation Copernic explique ce qui peut motiver ce choix : « selon les stéréotypes, les qualificatifs associés aux voix féminines sont délicates, empathiques, serviables, alors que les voix masculines sont qualifiées de dominantes ». Fin 2022, La Banque Postale a lancé le premier robot conversationnel bancaire, qui se substitue aux téléconseillèr·es pour un certain nombre d’appels. Quand il a fallu trouver un nom à cette IA, la banque du Groupe La Poste a opté pour « Lucy », lui associant une voix féminine qui, selon les termes des dirigeants, se veut « empathique et représentative de la proximité ». Dans ce dernier exemple, en plus du nom et de la voix, La Banque Postale a choisi de personnifier son callbot, lui associant une image, celle d’une superhéroïne. Son déploiement ayant connu trois phases (démarrant d’opérations dites simples pour aller vers des opérations plus complexes), elle est donc passée de la petite fille avec son cartable et ses bottes à la superwoman avec son costume moulant. Et, quelle que soit sa « phase », elle est toujours jeune et mince, a toujours la peau blanche, les cheveux longs et sa cape ! 

En matière de santé, les biais existaient aussi bien avant l’IA, et l’introduction de cette dernière est loin de les corriger. Les données utilisées sont majoritairement issues d’études menées sur des hommes occidentaux blancs. Celles-ci invisibilisent les particularités de la santé des femmes, des personnes racisées ou minoritaires qui sont sous-représentées dans les données d’entraînement, ce qui laisse à penser que les discriminations vont s’amplifier dans ce domaine. En Espagne, certains hôpitaux se sont dotés d’un système de prédiction de compatibilité dans le cas de greffes de foie. Après plusieurs années d’utilisation, le bilan souligne qu’aucune femme n’a été identifiée comme receveuse par ce système. Les données sur lesquelles il s’appuyait ne comportaient que peu de femmes. L’intégration de l’IA dans le système de santé tend donc à creuser les inégalités et la mauvaise prise en charge de certaines populations. 

Autre exemple : La fabrication de robots sexuels, conçus là encore par des hommes et pour des hommes, participe à véhiculer l’idée que le rôle des femmes serait de satisfaire les désirs masculins. Cela pose aussi la question du consentement. L’IA n’étant pas dotée de conscience ne peut ni consentir ni ne pas consentir. Ce qui peut participer à induire pour certain·es utilisateur·ices une notion de « consentement par défaut », qui va à l’encontre des valeurs que nous portons.

2.     Biais racistes des systèmes d’IA…

Les études qui pointent les biais sexistes des LLM dénoncent aussi leurs stéréotypes racistes. Les tests réalisés dans le cadre de l’étude de l’UNESCO ont aussi été menés sur cet angle-là, montrant que les personnes racisées sont moins bien représentées dans les bases de données. Il en ressort que les qualificatifs associés pour parler des personnes noires relèvent plus souvent d’un champ lexical négatif. Les exemples de biais explicites sont nombreux. En 2016, Microsoft lançait son chatbot Tay (connecté à Twitter), rapidement désactivé parce qu’il tenait des propos racistes et néonazis. Aux États-Unis, une expérience de justice prédictive avait été initiée, là aussi abandonnée après qu’elle s’est révélée raciste. Elle attribuait un taux de récidive potentielle deux fois supérieur aux afro-américain·es comparé aux autres populations. Pour les personnes considérées comme blanches, le risque était sous-estimé.

Les technologies de reconnaissance faciale ont aussi recours à l’IA et sont plus performantes sur des visages à peau blanche que sur des visages à la peau plus sombre. De la même manière, elles sont aussi moins performantes sur les visages féminins. Ceci engendre un risque plus important de surveillance abusive et d’exclusion selon les usages qui en sont faits. 

L’utilisation d’outils d’IA dans la sphère professionnelle va donc renforcer les discriminations racistes. Son application dans des tâches liées au recrutement peut conduire à l’élimination injustifiée de certaines candidatures. Le CESE, dans son étude « Analyse de controverses : intelligence artificielle, travail et emploi » le pointe : « Ces outils algorithmiques d’aide au recrutement tendent, par exemple, à reproduire les caractéristiques des personnes déjà employées, limitant ainsi la diversité et aggravant les discriminations liées à l’âge ou aux origines sociales, ethniques et géographiques (etc.) ». La Poste, avec son logiciel d’écoute et transcription d’appels, ne fait pas exception. Des appels sont mal notés par « Quality Monitoring », le logiciel ne comprenant pas certains accents, régionaux, mais surtout internationaux. Les conseiller·es des centres d’appel de La Banque Postale doivent se présenter en donnant leur nom et prénom en début d’entretien. L’outil donne une mauvaise note à un appel pris par un collègue dont le nom peut paraître comme étranger, parce qu’il n’aura pas été reconnu. Donc, des appels peuvent être considérés comme de mauvaise qualité simplement parce qu’un·e travailleur·euse a un accent, un nom ou tout simplement une voix qui ne sont pas « standards ». Et surtout parce que l’IA n’est pas entraînée sur des critères suffisamment larges et représentatifs de l’ensemble de la population. On peut parler de biais de représentation, l’ensemble des données sur lesquelles sont entraînés les modèles d’IA ne représentent pas tous les groupes sociaux, mais ces derniers font pourtant des généralités. 

3.     Et validistes !

Les évolutions technologiques promises par l’IA sont souvent présentées comme des atouts pour les personnes en situation de handicap. En effet, l’intelligence artificielle peut apporter des améliorations à la vie des personnes en situation de handicap : outils de transcription des conversations pour les personnes sourdes ou malentendantes, logiciels de description d’images pour les personnes aveugles ou malvoyantes, aides à la rédaction pour les personnes neuroatypiques ou encore les exosquelettes… Pour autant, cela ne doit pas nous faire oublier les effets discriminants trop présents dans ces technologies, qui intègrent des préjugés validistes et âgistes. Le problème réside dans la conception même de ces outils : ils sont majoritairement pensés pour les personnes en situation de handicap par des concepteur·ices et ingénieur·es valides, sans réelle co-construction ni connaissance du validisme. Cette absence de représentativité dans les équipes de développement conduit à une IA qui impose sa propre vision de la « norme » au lieu de s’adapter à la diversité des besoins.

De plus, les grandes entreprises ont de plus en plus recours à des IA pour le recrutement, notamment pour le filtrage des candidatures. Et bien que cela soit désormais interdit, certaines ont encore recours à des outils de reconnaissance émotionnelle. Ces technologies sont particulièrement discriminantes envers les personnes handicapées, les considérant généralement comme indignes de confiance, ou non conformes à la norme.

Les différentes oppressions que l’IA alimente et exacerbe ne sont pas des phénomènes isolés, mais elles se combinent et se renforcent quand elles concernent une même personne. On peut donc parler de discriminations intersectionnelles.

4.     Biais de classes : des discriminations envers les plus précaires

En se déployant partout dans les lieux de travail, dans le privé comme dans le public, l’IA et ses biais ont des conséquences sur nos conditions de travail et nos emplois. Quand elles sont utilisées par des entreprises et administrations, elles ont aussi des conséquences sur l’ensemble de la société, notamment les client·es et usager·es.

En la matière, les exemples de discriminations sont nombreux. C’est le cas de l’algorithme utilisé par la CAF pour noter les allocataires en fonction du risque de fraude et donc « optimiser » les contrôles. Les critères retenus comme négatifs sont, par exemple, le fait de percevoir une allocation d’adulte handicapé, avoir été veuf·ve, divorcé·e ou séparé·e avec un changement depuis… Le fait d’avoir un haut revenu est un critère positif. Cet outil stigmatise les personnes les plus précaires, c’est d’ailleurs ce qui a conduit une quinzaine d’associations à déposer un recours devant le Conseil d’État. Dans son ouvrage « Les algorithmes contre la société », Hubert Guillaud constate que les contrôles s’exercent sur les populations les plus stigmatisées : bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA), de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) ou de l’Allocation de Soutien Familial (ASF) destinée aux parents isolés. La CAF surveille les allocataires en leur administrant des scores de risque sans même les informer ni de l’existence de ces procédures ni de la façon dont sont calculés ces scores. Ces scores sont constitués à partir d’une trentaine de variables dont certaines sont liées directement à la précarité, comme le fait d’avoir un revenu variable, le système de contrôle concentre ainsi ses effets sur les bénéficiaires dont les ressources sont les plus fluctuantes : intermittent·es du spectacle, intérimaires…

Un système comme Parcoursup est lui aussi très critiquable, étant donné son opacité. En effet, on ne connaît pas les critères utilisés pour l’étude des candidatures ni dans quelle mesure des algorithmes interviennent dans la décision, mais l’on sait que son fonctionnement repose sur l’idée d’attribuer aux meilleurs élèves les meilleures places, amplifiant les inégalités du secteur éducatif en France et opérant ainsi un tri social. Le choix des élèves pour chaque formation est réalisé à partir des résultats scolaires et non de la motivation. Parcoursup est désormais classé comme un « système à haut risque » par l’AI Act et devra donc se conformer à des obligations accrues de transparence… mais pas avant août 2027 !

Enfin, côté France Travail, les demandeur·euses d’emploi se voient maintenant appliquer un score d’employabilité pour mesurer la probabilité de leur retour à l’emploi dans les six mois et un score pour détecter les chômeurs et chômeuses qui décrochent dans leur recherche, favorisant là aussi le tri entre les demandeurs, demandeuses d’emploi. On constate que les chômeurs et chômeuses qui n’ont pas travaillé depuis plus d’un an sont plus contrôlé·es que celles et ceux qui envisagent de créer leur entreprise.

Les outils de scoring intègrent désormais de l’IA de manière très courante, notamment dans les outils d’aide à la décision en matière de souscription de crédits ou d’assurances. Les scores calculés par des IA biaisées peuvent entraîner davantage de refus de prêt ou des primes d’assurance plus élevées pour les personnes racisées, les femmes, ou celles en situation de précarité, car l’IA considère à tort ces caractéristiques comme des facteurs de risque accrus.

C’est aussi le cas avec l’analyse de l’adresse postale. Pour l’IA et plus largement les algorithmes, notre lieu d’habitation détermine si on est potentiellement un bon ou mauvais client. Ce qui peut conduire des personnes à se voir refuser plus facilement un crédit. Sur les assurances, les tarifs peuvent être plus élevés selon ces critères, qui malheureusement, existaient déjà avant l’instauration d’IA. Cette dernière va les renforcer.

Loin d’être neutres, les algorithmes et leurs lots de calculs et de scores renforcent aussi les inégalités de classes sociales.main.original

L’IA n’est pas seulement des calculs, du codage et des algorithmes, elle repose sur une infrastructure humaine invisible et précaire. Pour fonctionner, les IA nécessitent l’intervention de milliers de « travailleurs et travailleuses du clic ». Ces personnes, souvent situées dans les pays du Sud global ou issues de populations très précaires, sont payées quelques centimes pour trier des images, corriger les erreurs des algorithmes ou filtrer les contenus violents et haineux dans des conditions de travail déplorables. Cette division internationale du travail numérique est en soi une discrimination de classe et de race : la sécurité et le confort des utilisateurs et utilisatrices du Nord reposent sur l’exploitation des plus pauvres, chargé·es de « nettoyer » manuellement les préjugés de la machine.

5.     Combattre les biais de l’IA partout !

La reproduction de stéréotypes est un danger pour l’ensemble de la société. En brassant des milliers de données, les systèmes d’intelligence artificielle agissement comme une loupe qui grossit les discriminations. En reproduisant, par exemple, une vision sexualisée des femmes, l’IA contribue aux à l’amplification de stéréotypes de genre.

Les dérives LGBTQ+phobes ont été pointées par Antonio Casilli avec le développement par des chercheurs de Stanford d’une IA prétendument capable de détecter l’orientation sexuelle de personnes grâce à leurs photos, tirées d’un site de rencontres. Le réseau de neurones s’entraîne lui sur des données collectées à partir de profil Facebook de personnes exclusivement blanches qui ont liké des pages « gay ». Pour Antonio Casilli : « L’étude traduit une vision hétéronormative, qui n’admet pas de situations intermédiaires de l’identité sexuelle ». Dans cette étude, tous les stéréotypes et discriminations y passent ! Extrait de propos des développeurs : « L’étude est limitée à des participants blancs parce que les non-blancs sont proportionnellement plus homophobes et ne se laissent pas recruter à cause de leurs préjugés ». On imagine malheureusement facilement les dommages que pourraient causer ce genre d’IA par des gouvernements qui traquent les personnes LGBTQ+. 

Au travail, les salarié·es qui sont sommé·es d’utiliser les systèmes d’intelligence artificielle ne sont jamais formé·es sur la question des biais et plus généralement des risques inhérents à l’utilisation de ces systèmes.

Ce sont les entreprises qui financent et conçoivent ces systèmes d’IA qui encodent/embarquent, parfois volontairement, nombre de stéréotypes et de préjugés racistes, liés au genre, au handicap, à l’âge, à la précarité, ou à toute autre caractéristique sociale, et qui, trop souvent, ne font rien pour corriger ces biais.

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Dérive autoritaire et xénophobe : Refusons l’importation de la « méthode Trump » en France

L’Union syndicale Solidaires dénonce une accélération brutale de la fascisation des politiques migratoires et sécuritaires en France. Nous refusons que notre pays devienne le laboratoire européen des méthodes de l’ICE américain. Nous refusons la complicité des entreprises françaises.

Les récents propos d’Arno Klarsfeld, membre du Conseil d’État, appelant à transposer en France les méthodes de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) des États-Unis, marquent un naufrage politique et moral. L’ICE n’est pas une simple police : c’est une milice au service d’une politique xénophobe et raciste, responsable de morts en détention et d’exécutions sommaires (comme celles de Renee Good et Alex Pretti). Cette rhétorique n’est pas une provocation isolée : elle trouve un écho dans la volonté du ministère de l’Intérieur d’instaurer une « présomption de légitime défense » pour les policiers, ouvrant la voie à une impunité totale, similaire à celle de l’ICE aux États-Unis.

Cette dérive idéologique se repand aussi dans nos entreprises qui ne voient pas de problème à créer des logiciels de traque des êtres humains. L’entreprise française Capgemini a ainsi signé un contrat de 365 millions de dollars avec l’ICE pour « identifier et localiser » des migrant·es. Le système de bonus indexé sur l’efficacité de cette traque transforme des êtres humains en source de profit. Par ailleurs, Capgemini a annoncé la suppression de 2400 postes en France, au prétexte de la performance des systèmes d’IA qu’elle utilise et commercialise.Solidaires soutient les salarié·es et les sections syndicales de SUD Industrie et de Solidaires Informatique qui exigent la rupture immédiate de ces contrats. Nos compétences ne doivent pas servir à traquer l’humanité.

Une machine législative raciste : de l’Europe à la circulaire Retailleau

Cette brutalité ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence directe d’une surenchère législative xénophobe et raciste. Elle s’inscrit dans la logique du Pacte européen sur la migration et l’asile, qui transforme nos frontières en zones de tri et de détention systématique, actant la fin du droit d’asile tel que nous le connaissions. En France, la Loi Darmanin a gravé dans le marbre la précarité administrative, tandis que la récente circulaire Retailleau vient intensifier la pression sur les préfectures pour multiplier les OQTF et les expulsions, au mépris des vies humaines. C’est ce cadre légal qui arme le bras de la répression et qui assassine en toute impunité El Hacen Diarra au cours d’un contrôle de police.

Le constat alarmant de la Défenseure des Droits

Nul besoin d’attendre l’extrême droite au pouvoir pour constater la mise en place d’une répression raciste violente qui conduit à la mort. Les récents rapports de Claire Hédon, Défenseure des Droits, sont alarmants :

  • Dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) : Usage banalisé de la force, contentions psychiatriques (« camisoles » euphémisées en « dispositifs de protection individuels »), atteintes graves à la dignité.
  • Dans le Pas de Calais : Traque nocturne, gazages, tirs de LBD sur des familles, destruction de campements. Cette politique du « zéro point de fixation » a un coût humain : au moins 189 personnes ont été retrouvées noyées dans la Manche depuis 2017.
  • Aux frontières avec l’Italie et l’Espagne : La militarisation des cols alpins et pyrénéens organise une mise en danger délibérée. Les forces de l’ordre y pratiquent des refoulements quotidiens, y compris de mineur·es isolé·es en violation totale de la protection de l’enfance. Ces traques poussent les exilé·es vers des chemins de haute montagne toujours plus dangereux, entraînant chutes, hypothermies et morts.

Nous désobéirons

Face à cette fuite en avant, l’administration publique est en première ligne. Les agent·es du service garde-côtes des Douanes observent au quotidien le durcissement des pratiques coercitives, exercées par les forces de police et de gendarmerie à l’encontre des exilé·es, et refusent de devenir des auxiliaires de répression, au péril de la vie de personnes en détresse.

Le code général de la fonction publique dispose que « l’agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Sauver des vies est un intérêt public supérieur.

Mais ne nous abritons pas derrière des arguties juridiques !

Si demain, un gouvernement décide de s’affranchir des conventions internationales, si les ordres, aujourd’hui manifestement illégaux et attentatoires à la dignité humaine, sont rendus légaux par une Assemblée Nationale tombée aux mains de l’extrême-droite et de ses supplétifs, Solidaires porte une réponse claire, inspirée par nos camarades gardes-côtes de Solidaires Douanes : NOUS DÉSOBÉIRONS.

L’Histoire se chargera de juger celles et ceux qui feront le choix de se conformer à des directives indignes.

Face à cela, l’Union syndicale Solidaires revendique :

  • L’abrogation de la Loi Darmanin, de la circulaire Retailleau et le refus du Pacte Asile et Migration européen.
  • L’arrêt immédiat des violences policières et des pratiques indignes dans les CRA et aux frontières.
  • La rupture des contrats de collaboration entre les entreprises françaises (comme Capgemini) et les organes de répression xénophobes (ICE).
  • La régularisation de toutes les personnes sans-papiers et respect inconditionnel du droit d’asile.
  • Le soutien total aux agent·es du service public qui refusent d’appliquer des directives inhumaines.
  • Des politiques d’accueil dignes

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Minneapolis : mobilisation syndicale anti-raciste

Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

Suite au double meurtre de la  milice-police anti-immigrés à Minneapolis, Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250 a bien voulu répondre à nos questions notamment sur la mobilisation du mouvement syndical. Le syndicat CWA a été fondé en 1938 représente des travailleurs aux États-Unis, à Porto Rico et au Canada dans les domaines des communications et de l’information, ainsi que dans les médias, le transport aérien, la télévision (hertzienne et câblée), les services publics, l’enseignement supérieur, la santé, l’industrie manufacturière, les hautes technologies et bien d’autres secteurs. 700 000 travailleurs en sont membre dans les secteurs privé et public.

Quelle est la situation à Minneapolis concernant les migrant·es et la répression organisée par l’ICE ? Quelles mobilisations ou actions syndicales sont organisées ?

La situation des travailleur·euses migrant·es est critique. Trois mille agents de l’ICE et d’autres agents fédéraux ratissent la région métropolitaine de Minneapolis-St. Paul et l’État du Minnesota. Des milliers de travailleur·euses immigré·es ont été arrêté·es et envoyé·es dans des centres de détention dans d’autres États avant d’être expulsé·es du pays. Beaucoup ont été brutalisé·es. Au moins un homme, un ressortissant nicaraguayen, qui avait été enlevé à Minneapolis, est décédé dans un camp de détention fédéral au Texas. De très nombreux travailleur·euses latino-américains vivent pratiquement dans la clandestinité, ne quittant pas du tout leur domicile. Un Vénézuélien travaillant pour Door-Dash (un service de livraison basé sur une application) a été poursuivi par l’ICE, puis blessé par balle à la jambe alors qu’il s’enfuyait chez lui. Des travailleurs ont été agressés par l’ICE alors qu’ils sortaient les poubelles sur leurs lieux de travail. Un quartier scolaire populaire a signalé que l’ICE avait commencé à utiliser des enfants comme « appâts » pour piéger et enlever leurs parents (et souvent les enfants aussi !). La communauté somalienne, dont la grande majorité a un statut légal et dont la plupart sont désormais citoyens, a également été diabolisée et spécifiquement ciblée par la police fédérale. Plusieurs membres de syndicats ont été déportés, dont plus de 20 membres du SEIU 26 (concierges et agents de sécurité) et, cette semaine, 10 membres du HERE (employés d’hôtels et du secteur hôtelier) ont été déportés alors qu’ils-elles étaient à leur poste à l’aéroport. Trois membres du CWA, appartenant à des sections locales partenaires et non à la nôtre, ont également été déportés. De même pour deux travailleurs originaires du Laos qui vivaient aux États-Unis depuis 50 ans et travaillaient à l’usine New Flyer de St Cloud, dans le Minnesota, depuis 20 ans. Et un collègue mexicain qui était membre du syndicat Newspaper Guild, affilié au CWA, et travaillait dans une organisation locale à but non lucratif.

Quelle est la position de votre syndicat, le CWA 7250, et du mouvement syndical face à ces mesures répressives ?

Notre section locale ne compte pas beaucoup de membres immigrés, mais certains de nos membres ont un statut légal et d’autres ont des parents immigrés. Cependant, notre section locale croit fermement au principe « UNE BLESSURE POUR UN EST UNE BLESSURE POUR TOUS » [vieux mot d’ordre du mouvement ouvrier américain]. Nous avons donc sensibilisé nos membres à leurs droits légaux, soutenu les actions et les déclarations anti-ICE dans les villes jumelles [Minneapolis–Saint Paul], et soutenu et organisé la « Journée de la vérité et de la liberté – PAS DE TRAVAIL – PAS D’ÉCOLE – PAS DE SHOPPING ». Nous avons mobilisé la majorité de nos membres pour qu’ils ne se rendent pas au travail le 23 janvier : un centre d’assurances a été complètement fermé (300 travailleurs) ; un centre d’appels a enregistré 86 % d’absents ; la majorité des travailleurs de 20 magasins de détail, que nous représentons, ont participé. Nous avons incité nos membres à participer à des actions de rue et certains de nos membres participent à des groupes de réaction rapide anti-ICE dans leur quartier. Une de nos membres a récemment été violemment agressée alors qu’elle faisait partie d’un groupe de réaction rapide de son quartier qui affrontait l’ICE lors d’un enlèvement près de son domicile.

Le 23 janvier, une manifestation de grande ampleur a été organisée sous le slogan « PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING ». Comment cela s’est-il déroulé ?

Ce fut un immense succès : des dizaines de milliers de travailleur·euses ont débrayé et jusqu’à 100 000 personnes ont défilé par une température de -20 °C. Plus tôt dans la journée, une grande action menée par des travailleur·euses et des membres du clergé a temporairement fermé l’aéroport international MSP, tandis que des militant·es ont bloqué le siège de l’ICE. À la suite de cela, dans ce qui semble être un acte de représailles évident, un infirmier syndiqué de l’hôpital des anciens combattants [Alex Pretti] a été exécutée en plein jour alors qu’elle filmait l’ICE à Minneapolis. Cet événement fait suite au meurtre similaire d’une mère au foyer homosexuelle [Renee Good] dans sa voiture alors qu’elle manifestait contre l’ICE, et, comme mentionné précédemment, à l’enlèvement d’un employé de restaurant nicaraguayen par l’ICE à Minneapolis, qui a été envoyé au Texas où il est décédé dans un camp de détention. Les syndicats, les groupes communautaires et les militants radicaux discutent des prochaines étapes, avec une manifestation massive et deux grandes meetings sont prévus aujourd’hui.

Vidéo d’entretien (en anglais) avec Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250

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13 février : Le gouvernement fabrique des sans-papiers : il est urgent de respecter les droits et la dignité de toutes les personnes vivant en France

Le collectif “Bouge ta Pref” coordonne une mobilisation de protestation contre les conditions faites aux étrangers avec et sans papiers le 13 février simultanément dans tous les départements d’Ile de France.

Les collectifs d’associations CEFY et RAMY ont décidé de se joindre à cette mobilisation dans les Yvelines. Un tract est proposé par les organisations du collectif (en pièce jointe) Ce mouvement du 13 février sera suivi en mars par un rassemblement à Paris.

Dans les Yvelines nous organisons donc un rassemblement le Vendredi 13 février à 11h au plus près de la préfecture.
Nous voulons participer à une dynamique collective pour faire connaître notre désapprobation de la loi Darmanin, des circulaires Retailleau, du manque de moyens et des pratiques de la préfecture.

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Motion d’actualité : Mineur·es non accompagné·es

Cette motion d’actualité a été votée à la suite du 7e congrès du SUNDEP Solidaires qui s’est déroulé en décembre 2025 à Lille.

Nous appelons à ce que les droits des mineur·es non accompagné·es, sur tout le territoire français, soient respectés.
Nous continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

VIEW ONLINE: sur le site du SUNDEP Solidaires

Des mineur·es non accompagné·es sur le territoire français n’ont toujours pas accès, de façon pérenne, au logement et à la scolarisation.
Leur minorité est systématiquement examinée et trop souvent remise en question par les autorités : département et/ou rectorat. Ils et elles vivent tout ou partie de l’année dans des conditions inacceptables pour des adolescent·es.

Le SUNDEP Solidaires demande que ces mineur·es non accompagné·es soient scolarisé·es, nourri·es, logé·es, soigné·es et que ces jeunes puissent circuler gratuitement. Nous demandons également que, pour cela, les conseils départementaux et les rectorats appliquent les lois relatives à la protection de l’enfance.

Le SUNDEP Solidaires soutient et soutiendra, dans chaque académie, toutes les actions en faveur de la défense de ces mineur·es non accompagné·es qui sont aussi nos élèves quand ils et elles échappent à la rue.

Nous appelons à ce que leurs droits soient respectés et continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

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États-Unis : le 23 janvier 2026, PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING, Ice partout, justioce nulle part

Le 7 janvier 2026, Renée Nicole Good a été assassinée à Minneapolis par un agent de l’ICE, la police de l’immigration. Ces agents agissent en toute impunité, soutenus par le gouvernement américain : 9 personnes ont été abattues en 4 mois et 32 autres sont mortes dans des centres de détention en un an.

Le président Trump et ses sbires défendent publiquement les agents, leur accordant un permis de tuer.

Des perquisitions sont menées au domicile de journalistes, bafouant la liberté de la presse et assurant la montée de l’autoritarisme aux États-Unis.

Les citoyen·nes sont terrorisé·es. Dans chaque ville, des scènes d’arrestations au faciès violentes inondent les réseaux sociaux.

Mais les gens s’organisent pour tenter de déstabiliser cette milice : manifestations, utilisation de sifflets pour signaler la présence de la milice, blocage des convois, accueil des personnes poursuivies dans des maisons privées, etc.

À Minneapolis, une délégation syndicale et les instances régionales locales du travail organisent le 23 janvier comme une JOURNÉE DE LA VÉRITÉ ET DE LA LIBERTÉ.

Pour cette journée, un appel est lancé aux citoyen·nes et aux travailleurs et aux travailleuses : pas de travail, pas d’école, pas de courses.

Le fascisme tue, aujourd’hui, partout.

Solidaires soutient la journée de protestation du 23 janvier et condamne les actions de la milice ICE.

Solidaires soutient tous les travailleurs et travailleuses qui luttent contre l’autoritarisme, l’impérialisme et le fascisme, toujours et partout.

Ni oubli ni pardon.

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Justice pour El Hacen Diarra !

Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra est mort alors qu’il se trouvait au commissariat du XXᵉ arrondissement de Paris. Cet homme de 35 ans, travailleur immigré mauritanien, vivait dans un foyer de cet arrondissement. Il a été contrôlé par la police à proximité de son lieu de vie, puis plaqué au sol, et a reçu un coup de taser et des coups de poing d’un agent, avant d’être conduit au commissariat. C’est là qu’il a perdu la vie à la suite d’un arrêt cardiaque survenu pendant sa garde à vue, dans des circonstances qui demeurent à ce stade obscures et profondément préoccupantes. Sa mort soulève de graves questions sur les conditions de son interpellation, de son transport et de sa détention au commissariat.

Rappelons que selon la Cour européenne des droits de l’Homme, l’Etat a l’obligation de prévenir les atteintes au droit à la vie, notamment en prévoyant des règles contraignantes à l’égard de la police pour toute intervention. La CEDH impose que le recours à la force ne soit possible qu’en cas d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité, sachant que si une arme doit être utilisée, ce ne doit être qu’en ultime recours.

Dimanche 18 janvier, un rassemblement de soutien s’est tenu dans le XXᵉ arrondissement, réunissant la famille, les proches, des habitant·es, des collectifs et de nombreuses organisations. Ce moment de recueillement mais aussi de vive indignation a permis aux centaines de personnes présentes de rendre hommage à El Hacen Diarra, de dénoncer les violences policières et d’exprimer une solidarité sans réserve avec celles et ceux qui sont frappé·es par ce drame. Nos organisations affirment leur soutien à la famille et aux proches de la victime, dans leur deuil comme dans leur combat pour la vérité.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avant l’ouverture avec retard d’une instruction, par un juge indépendant, pour coups mortels. Nos organisations demandent que les investigations soient diligentes et menées de manière véritablement indépendante, approfondie et transparente, afin d’établir précisément les faits, de faire la lumière sur les responsabilités et de permettre que justice soit rendue.

Ce drame confirme l’urgence des revendications que nous portons de longue date, en particulier la modification en profondeur du cadre légal des contrôles d’identité, des mesures pour mettre fin aux pratiques violentes et discriminatoires et l’interdiction des techniques d’interpellation et de contrainte dangereuses telles que la clé d’étranglement, ainsi que l’indépendance du parquet et de l’IGPN. Elles s’inquiètent de la proposition de loi sur la présomption de légitimité de tout usage d’une arme, actuellement en débat à la Commission des lois et demandent à ce qu’elle ne soit pas portée au vote à l’Assemblée nationale.

Nos organisations réaffirment leur détermination à agir pour que de telles morts ne se reproduisent plus.

Bagnolet le 21 janvier 2026

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