Skip to content

Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

Catégories
antifascisme antiracisme

Dérive autoritaire et xénophobe : Refusons l’importation de la « méthode Trump » en France

L’Union syndicale Solidaires dénonce une accélération brutale de la fascisation des politiques migratoires et sécuritaires en France. Nous refusons que notre pays devienne le laboratoire européen des méthodes de l’ICE américain. Nous refusons la complicité des entreprises françaises.

Les récents propos d’Arno Klarsfeld, membre du Conseil d’État, appelant à transposer en France les méthodes de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) des États-Unis, marquent un naufrage politique et moral. L’ICE n’est pas une simple police : c’est une milice au service d’une politique xénophobe et raciste, responsable de morts en détention et d’exécutions sommaires (comme celles de Renee Good et Alex Pretti). Cette rhétorique n’est pas une provocation isolée : elle trouve un écho dans la volonté du ministère de l’Intérieur d’instaurer une « présomption de légitime défense » pour les policiers, ouvrant la voie à une impunité totale, similaire à celle de l’ICE aux États-Unis.

Cette dérive idéologique se repand aussi dans nos entreprises qui ne voient pas de problème à créer des logiciels de traque des êtres humains. L’entreprise française Capgemini a ainsi signé un contrat de 365 millions de dollars avec l’ICE pour « identifier et localiser » des migrant·es. Le système de bonus indexé sur l’efficacité de cette traque transforme des êtres humains en source de profit. Par ailleurs, Capgemini a annoncé la suppression de 2400 postes en France, au prétexte de la performance des systèmes d’IA qu’elle utilise et commercialise.Solidaires soutient les salarié·es et les sections syndicales de SUD Industrie et de Solidaires Informatique qui exigent la rupture immédiate de ces contrats. Nos compétences ne doivent pas servir à traquer l’humanité.

Une machine législative raciste : de l’Europe à la circulaire Retailleau

Cette brutalité ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence directe d’une surenchère législative xénophobe et raciste. Elle s’inscrit dans la logique du Pacte européen sur la migration et l’asile, qui transforme nos frontières en zones de tri et de détention systématique, actant la fin du droit d’asile tel que nous le connaissions. En France, la Loi Darmanin a gravé dans le marbre la précarité administrative, tandis que la récente circulaire Retailleau vient intensifier la pression sur les préfectures pour multiplier les OQTF et les expulsions, au mépris des vies humaines. C’est ce cadre légal qui arme le bras de la répression et qui assassine en toute impunité El Hacen Diarra au cours d’un contrôle de police.

Le constat alarmant de la Défenseure des Droits

Nul besoin d’attendre l’extrême droite au pouvoir pour constater la mise en place d’une répression raciste violente qui conduit à la mort. Les récents rapports de Claire Hédon, Défenseure des Droits, sont alarmants :

  • Dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) : Usage banalisé de la force, contentions psychiatriques (« camisoles » euphémisées en « dispositifs de protection individuels »), atteintes graves à la dignité.
  • Dans le Pas de Calais : Traque nocturne, gazages, tirs de LBD sur des familles, destruction de campements. Cette politique du « zéro point de fixation » a un coût humain : au moins 189 personnes ont été retrouvées noyées dans la Manche depuis 2017.
  • Aux frontières avec l’Italie et l’Espagne : La militarisation des cols alpins et pyrénéens organise une mise en danger délibérée. Les forces de l’ordre y pratiquent des refoulements quotidiens, y compris de mineur·es isolé·es en violation totale de la protection de l’enfance. Ces traques poussent les exilé·es vers des chemins de haute montagne toujours plus dangereux, entraînant chutes, hypothermies et morts.

Nous désobéirons

Face à cette fuite en avant, l’administration publique est en première ligne. Les agent·es du service garde-côtes des Douanes observent au quotidien le durcissement des pratiques coercitives, exercées par les forces de police et de gendarmerie à l’encontre des exilé·es, et refusent de devenir des auxiliaires de répression, au péril de la vie de personnes en détresse.

Le code général de la fonction publique dispose que « l’agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Sauver des vies est un intérêt public supérieur.

Mais ne nous abritons pas derrière des arguties juridiques !

Si demain, un gouvernement décide de s’affranchir des conventions internationales, si les ordres, aujourd’hui manifestement illégaux et attentatoires à la dignité humaine, sont rendus légaux par une Assemblée Nationale tombée aux mains de l’extrême-droite et de ses supplétifs, Solidaires porte une réponse claire, inspirée par nos camarades gardes-côtes de Solidaires Douanes : NOUS DÉSOBÉIRONS.

L’Histoire se chargera de juger celles et ceux qui feront le choix de se conformer à des directives indignes.

Face à cela, l’Union syndicale Solidaires revendique :

  • L’abrogation de la Loi Darmanin, de la circulaire Retailleau et le refus du Pacte Asile et Migration européen.
  • L’arrêt immédiat des violences policières et des pratiques indignes dans les CRA et aux frontières.
  • La rupture des contrats de collaboration entre les entreprises françaises (comme Capgemini) et les organes de répression xénophobes (ICE).
  • La régularisation de toutes les personnes sans-papiers et respect inconditionnel du droit d’asile.
  • Le soutien total aux agent·es du service public qui refusent d’appliquer des directives inhumaines.
  • Des politiques d’accueil dignes

Catégories
antifascisme antiracisme Internationalisme Répression Violences policières

Minneapolis : mobilisation syndicale anti-raciste

Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

Suite au double meurtre de la  milice-police anti-immigrés à Minneapolis, Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250 a bien voulu répondre à nos questions notamment sur la mobilisation du mouvement syndical. Le syndicat CWA a été fondé en 1938 représente des travailleurs aux États-Unis, à Porto Rico et au Canada dans les domaines des communications et de l’information, ainsi que dans les médias, le transport aérien, la télévision (hertzienne et câblée), les services publics, l’enseignement supérieur, la santé, l’industrie manufacturière, les hautes technologies et bien d’autres secteurs. 700 000 travailleurs en sont membre dans les secteurs privé et public.

Quelle est la situation à Minneapolis concernant les migrant·es et la répression organisée par l’ICE ? Quelles mobilisations ou actions syndicales sont organisées ?

La situation des travailleur·euses migrant·es est critique. Trois mille agents de l’ICE et d’autres agents fédéraux ratissent la région métropolitaine de Minneapolis-St. Paul et l’État du Minnesota. Des milliers de travailleur·euses immigré·es ont été arrêté·es et envoyé·es dans des centres de détention dans d’autres États avant d’être expulsé·es du pays. Beaucoup ont été brutalisé·es. Au moins un homme, un ressortissant nicaraguayen, qui avait été enlevé à Minneapolis, est décédé dans un camp de détention fédéral au Texas. De très nombreux travailleur·euses latino-américains vivent pratiquement dans la clandestinité, ne quittant pas du tout leur domicile. Un Vénézuélien travaillant pour Door-Dash (un service de livraison basé sur une application) a été poursuivi par l’ICE, puis blessé par balle à la jambe alors qu’il s’enfuyait chez lui. Des travailleurs ont été agressés par l’ICE alors qu’ils sortaient les poubelles sur leurs lieux de travail. Un quartier scolaire populaire a signalé que l’ICE avait commencé à utiliser des enfants comme « appâts » pour piéger et enlever leurs parents (et souvent les enfants aussi !). La communauté somalienne, dont la grande majorité a un statut légal et dont la plupart sont désormais citoyens, a également été diabolisée et spécifiquement ciblée par la police fédérale. Plusieurs membres de syndicats ont été déportés, dont plus de 20 membres du SEIU 26 (concierges et agents de sécurité) et, cette semaine, 10 membres du HERE (employés d’hôtels et du secteur hôtelier) ont été déportés alors qu’ils-elles étaient à leur poste à l’aéroport. Trois membres du CWA, appartenant à des sections locales partenaires et non à la nôtre, ont également été déportés. De même pour deux travailleurs originaires du Laos qui vivaient aux États-Unis depuis 50 ans et travaillaient à l’usine New Flyer de St Cloud, dans le Minnesota, depuis 20 ans. Et un collègue mexicain qui était membre du syndicat Newspaper Guild, affilié au CWA, et travaillait dans une organisation locale à but non lucratif.

Quelle est la position de votre syndicat, le CWA 7250, et du mouvement syndical face à ces mesures répressives ?

Notre section locale ne compte pas beaucoup de membres immigrés, mais certains de nos membres ont un statut légal et d’autres ont des parents immigrés. Cependant, notre section locale croit fermement au principe « UNE BLESSURE POUR UN EST UNE BLESSURE POUR TOUS » [vieux mot d’ordre du mouvement ouvrier américain]. Nous avons donc sensibilisé nos membres à leurs droits légaux, soutenu les actions et les déclarations anti-ICE dans les villes jumelles [Minneapolis–Saint Paul], et soutenu et organisé la « Journée de la vérité et de la liberté – PAS DE TRAVAIL – PAS D’ÉCOLE – PAS DE SHOPPING ». Nous avons mobilisé la majorité de nos membres pour qu’ils ne se rendent pas au travail le 23 janvier : un centre d’assurances a été complètement fermé (300 travailleurs) ; un centre d’appels a enregistré 86 % d’absents ; la majorité des travailleurs de 20 magasins de détail, que nous représentons, ont participé. Nous avons incité nos membres à participer à des actions de rue et certains de nos membres participent à des groupes de réaction rapide anti-ICE dans leur quartier. Une de nos membres a récemment été violemment agressée alors qu’elle faisait partie d’un groupe de réaction rapide de son quartier qui affrontait l’ICE lors d’un enlèvement près de son domicile.

Le 23 janvier, une manifestation de grande ampleur a été organisée sous le slogan « PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING ». Comment cela s’est-il déroulé ?

Ce fut un immense succès : des dizaines de milliers de travailleur·euses ont débrayé et jusqu’à 100 000 personnes ont défilé par une température de -20 °C. Plus tôt dans la journée, une grande action menée par des travailleur·euses et des membres du clergé a temporairement fermé l’aéroport international MSP, tandis que des militant·es ont bloqué le siège de l’ICE. À la suite de cela, dans ce qui semble être un acte de représailles évident, un infirmier syndiqué de l’hôpital des anciens combattants [Alex Pretti] a été exécutée en plein jour alors qu’elle filmait l’ICE à Minneapolis. Cet événement fait suite au meurtre similaire d’une mère au foyer homosexuelle [Renee Good] dans sa voiture alors qu’elle manifestait contre l’ICE, et, comme mentionné précédemment, à l’enlèvement d’un employé de restaurant nicaraguayen par l’ICE à Minneapolis, qui a été envoyé au Texas où il est décédé dans un camp de détention. Les syndicats, les groupes communautaires et les militants radicaux discutent des prochaines étapes, avec une manifestation massive et deux grandes meetings sont prévus aujourd’hui.

Vidéo d’entretien (en anglais) avec Kieran Knutson, président du syndicat CWA 7250

Catégories
Actu Solidaires 78 antiracisme Défense de nos libertés Luttes migrant·es

13 février : Le gouvernement fabrique des sans-papiers : il est urgent de respecter les droits et la dignité de toutes les personnes vivant en France

Le collectif “Bouge ta Pref” coordonne une mobilisation de protestation contre les conditions faites aux étrangers avec et sans papiers le 13 février simultanément dans tous les départements d’Ile de France.

Les collectifs d’associations CEFY et RAMY ont décidé de se joindre à cette mobilisation dans les Yvelines. Un tract est proposé par les organisations du collectif (en pièce jointe) Ce mouvement du 13 février sera suivi en mars par un rassemblement à Paris.

Dans les Yvelines nous organisons donc un rassemblement le Vendredi 13 février à 11h au plus près de la préfecture.
Nous voulons participer à une dynamique collective pour faire connaître notre désapprobation de la loi Darmanin, des circulaires Retailleau, du manque de moyens et des pratiques de la préfecture.

Catégories
antifascisme antiracisme Défense de nos libertés Éducation Luttes contre les discriminations Luttes migrant·es Précarité Solidarité ! Violences policières

Motion d’actualité : Mineur·es non accompagné·es

Cette motion d’actualité a été votée à la suite du 7e congrès du SUNDEP Solidaires qui s’est déroulé en décembre 2025 à Lille.

Nous appelons à ce que les droits des mineur·es non accompagné·es, sur tout le territoire français, soient respectés.
Nous continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

VIEW ONLINE: sur le site du SUNDEP Solidaires

Des mineur·es non accompagné·es sur le territoire français n’ont toujours pas accès, de façon pérenne, au logement et à la scolarisation.
Leur minorité est systématiquement examinée et trop souvent remise en question par les autorités : département et/ou rectorat. Ils et elles vivent tout ou partie de l’année dans des conditions inacceptables pour des adolescent·es.

Le SUNDEP Solidaires demande que ces mineur·es non accompagné·es soient scolarisé·es, nourri·es, logé·es, soigné·es et que ces jeunes puissent circuler gratuitement. Nous demandons également que, pour cela, les conseils départementaux et les rectorats appliquent les lois relatives à la protection de l’enfance.

Le SUNDEP Solidaires soutient et soutiendra, dans chaque académie, toutes les actions en faveur de la défense de ces mineur·es non accompagné·es qui sont aussi nos élèves quand ils et elles échappent à la rue.

Nous appelons à ce que leurs droits soient respectés et continuerons à lutter partout où ce ne sera pas le cas.

Catégories
antifascisme antiracisme Internationalisme Luttes migrant·es

États-Unis : le 23 janvier 2026, PAS DE TRAVAIL, PAS D’ÉCOLE, PAS DE SHOPPING, Ice partout, justioce nulle part

Le 7 janvier 2026, Renée Nicole Good a été assassinée à Minneapolis par un agent de l’ICE, la police de l’immigration. Ces agents agissent en toute impunité, soutenus par le gouvernement américain : 9 personnes ont été abattues en 4 mois et 32 autres sont mortes dans des centres de détention en un an.

Le président Trump et ses sbires défendent publiquement les agents, leur accordant un permis de tuer.

Des perquisitions sont menées au domicile de journalistes, bafouant la liberté de la presse et assurant la montée de l’autoritarisme aux États-Unis.

Les citoyen·nes sont terrorisé·es. Dans chaque ville, des scènes d’arrestations au faciès violentes inondent les réseaux sociaux.

Mais les gens s’organisent pour tenter de déstabiliser cette milice : manifestations, utilisation de sifflets pour signaler la présence de la milice, blocage des convois, accueil des personnes poursuivies dans des maisons privées, etc.

À Minneapolis, une délégation syndicale et les instances régionales locales du travail organisent le 23 janvier comme une JOURNÉE DE LA VÉRITÉ ET DE LA LIBERTÉ.

Pour cette journée, un appel est lancé aux citoyen·nes et aux travailleurs et aux travailleuses : pas de travail, pas d’école, pas de courses.

Le fascisme tue, aujourd’hui, partout.

Solidaires soutient la journée de protestation du 23 janvier et condamne les actions de la milice ICE.

Solidaires soutient tous les travailleurs et travailleuses qui luttent contre l’autoritarisme, l’impérialisme et le fascisme, toujours et partout.

Ni oubli ni pardon.

Catégories
antiracisme Répression Violences policières

Justice pour El Hacen Diarra !

Dans la nuit du 14 au 15 janvier, El Hacen Diarra est mort alors qu’il se trouvait au commissariat du XXᵉ arrondissement de Paris. Cet homme de 35 ans, travailleur immigré mauritanien, vivait dans un foyer de cet arrondissement. Il a été contrôlé par la police à proximité de son lieu de vie, puis plaqué au sol, et a reçu un coup de taser et des coups de poing d’un agent, avant d’être conduit au commissariat. C’est là qu’il a perdu la vie à la suite d’un arrêt cardiaque survenu pendant sa garde à vue, dans des circonstances qui demeurent à ce stade obscures et profondément préoccupantes. Sa mort soulève de graves questions sur les conditions de son interpellation, de son transport et de sa détention au commissariat.

Rappelons que selon la Cour européenne des droits de l’Homme, l’Etat a l’obligation de prévenir les atteintes au droit à la vie, notamment en prévoyant des règles contraignantes à l’égard de la police pour toute intervention. La CEDH impose que le recours à la force ne soit possible qu’en cas d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité, sachant que si une arme doit être utilisée, ce ne doit être qu’en ultime recours.

Dimanche 18 janvier, un rassemblement de soutien s’est tenu dans le XXᵉ arrondissement, réunissant la famille, les proches, des habitant·es, des collectifs et de nombreuses organisations. Ce moment de recueillement mais aussi de vive indignation a permis aux centaines de personnes présentes de rendre hommage à El Hacen Diarra, de dénoncer les violences policières et d’exprimer une solidarité sans réserve avec celles et ceux qui sont frappé·es par ce drame. Nos organisations affirment leur soutien à la famille et aux proches de la victime, dans leur deuil comme dans leur combat pour la vérité.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avant l’ouverture avec retard d’une instruction, par un juge indépendant, pour coups mortels. Nos organisations demandent que les investigations soient diligentes et menées de manière véritablement indépendante, approfondie et transparente, afin d’établir précisément les faits, de faire la lumière sur les responsabilités et de permettre que justice soit rendue.

Ce drame confirme l’urgence des revendications que nous portons de longue date, en particulier la modification en profondeur du cadre légal des contrôles d’identité, des mesures pour mettre fin aux pratiques violentes et discriminatoires et l’interdiction des techniques d’interpellation et de contrainte dangereuses telles que la clé d’étranglement, ainsi que l’indépendance du parquet et de l’IGPN. Elles s’inquiètent de la proposition de loi sur la présomption de légitimité de tout usage d’une arme, actuellement en débat à la Commission des lois et demandent à ce qu’elle ne soit pas portée au vote à l’Assemblée nationale.

Nos organisations réaffirment leur détermination à agir pour que de telles morts ne se reproduisent plus.

Bagnolet le 21 janvier 2026

Catégories
antifascisme antiracisme Défense de nos libertés Répression

Tribune Collective : Face à l’antisémitisme, la liberté d’expression est indispensable

La proposition de loi présentée par la députée Renaissance Caroline Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » est illusoire. Ce combat, s’il est urgent, doit puiser sa force et sa légitimité dans le respect des fondamentaux de la République.

Les juifs de France vont-ils bientôt être, de fait, assimilés à des citoyens israéliens ? Va-t-on risquer de se voir accuser d’antisémitisme pour avoir critiqué la politique de l’État d’Israël, tel ou tel de ses dirigeants ? L’expression de solidarité avec un peuple martyr, spolié, pourra-t-elle être assimilée à une apologie du terrorisme ? Ces trois questions semblent surréalistes. Pourtant, la proposition de loi n° 575 déposée le mardi 19 novembre 2024 sur le bureau de l’Assemblée nationale, et qui vient en débat en commission des lois, y répond avec aplomb par un « oui » triplement inquiétant.

La députée Caroline Yadan, à l’initiative de ce texte, avance qu’il s’agit de lutter contre la montée de l’antisémitisme en France. On lui accordera le bénéfice de la sincérité, d’autant que l’urgence est là, tragique et indéniable, qui appelle riposte et fermeté. Attention, pourtant : la sincérité n’est pas exclusive de confusions ; plus elle est grande et plus il est nécessaire de cheminer avec prudence et réflexion, singulièrement lorsqu’il est question d’imposer des vocables, d’en proscrire d’autres, d’interdire et de réprimer.

Plus les maux à combattre sont féroces, plus ils sont sournois, plus les périls sont grands et plus la liberté d’expression ne devrait être remise en question que d’une main tremblante. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. La démarche qui structure cette proposition de loi, les mesures phares qu’elle préconise risquent fort d’exacerber ce qu’elle prétend combattre.

La démarche ? Elle repose sur un double postulat, trop simple et très faux. L’antisémitisme – qualifié pour la circonstance de « nouveau » – reposerait sur la critique et la haine d’Israël. Le destin des juifs – de France ou d’ailleurs – serait indissolublement et indiscutablement lié à cet État. La première mesure, partant du constat de l’existence d’un État, tend à interdire qu’on puisse en critiquer les dirigeants, les politiques, les agissements sur la scène internationale. Est-ce de la censure ? C’est à tout le moins réclamer un traitement exorbitant dont seuls se prévalent des dirigeants d’États non démocratiques. Sommes-nous rendus à ce point ? La seconde proposition est plus inquiétante. Que des juifs de France aient un rapport d’affection singulier à Israël, cela peut s’enraciner dans des raisons d’histoire, de religion, de famille…, mais il existe mille voies d’être « juif » et elles ne passent pas toutes par « l’ethnique » ou le religieux. Le gouvernement actuel d’Israël le prétend, jusqu’à en avoir fait une loi en 2018. La France doit-elle réellement adopter cette vision ? La République devrait-elle réellement décréter que tels ou tels de ses citoyens sont objectivement mis en danger par la critique d’un État, au risque d’alimenter les pires assignations identitaires ?

On objectera qu’il y a bel et bien de l’antisémitisme dans la critique d’Israël ! Cela arrive, oui, trop souvent. Comme il arrive qu’il y en ait dans les attentions dont certains gouvernements l’entourent. Comment s’y opposer sans se tromper de cible, à juste niveau et sous toutes ses formes, voilà la question qui devrait mobiliser les partisans de la liberté et de l’égalité. L’antisémitisme – qu’il soit qualifié de vieux ou de nouveau – est un tueur aux mille costumes qui n’a pas attendu la création de l’État d’Israël pour perpétrer ses crimes. Le combattre de façon efficace passe par la loi et son respect et par la répression lorsqu’elle s’avère nécessaire. Restreinte au seul bâillon, cette fermeté deviendrait vite une faiblesse et plus vite encore, un poison. La lutte contre l’antisémitisme doit au contraire puiser sa force et sa légitimité dans le respect des fondamentaux de la République, dont la liberté d’expression est un joyau fragile. Elle a besoin du choc des débats, de clarifier leurs termes et d’affronter des tabous, de s’inscrire dans une approche universaliste, et non nationaliste, de la défense des droits des peuples et des personnes.

On sait que la situation au Proche-Orient, notamment en Israël et dans le territoire palestinien occupé, dont Gaza, divise profondément la société française. Imposer le silence par la répression ne fera qu’exacerber les tensions, renforçant les courants les plus radicaux.

La proposition de loi n’hésite pas à cet égard à étendre encore les incriminations d’apologie du terrorisme (déjà sortie de la loi de 1881 sur la liberté de la presse) ou de « négationnisme », au mépris du principe de légalité qui impose une définition claire et précise pour éviter l’arbitraire.

Face au poison de l’antisémitisme – inséparable du racisme décomplexé dont certains milieux politiques et médiatiques s’emparent pour faire programme – la France a besoin d’un projet politique qui bannisse toute assignation identitaire, qui campe sur le respect des principes fondateurs de la République, singulièrement la liberté d’expression, et – alors même qu’il est violemment attaqué par des acteurs puissants et agressifs – sur le respect du droit international. Répétons-le : la panacée répressive vantée par la proposition de loi de madame Yadan est facile, mais elle est illusoire. Pire, elle est dangereuse. C’est pourquoi nous adjurons les membres de l’Assemblée nationale de lui préférer l’effort démocratique indispensable pour faire reculer durablement l’antisémitisme dans les coeurs, les consciences et les actes.

Signataires : Nathalie Tehio, présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT) ; François Sauterey, coprésident du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap); Caroline Chevé, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Julie Ferrua et Murielle Guilbert, codéléguées générales de l’Union syndicale Solidaires ; Karine Parrot, coprésidente du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) ; Pablo Aiquel, secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT.

Lien Tribune : https://www.ldh-france.org/19-janvier-2026-tribune-collective-face-a-lantisemitisme-la-liberte-dexpression-est-indispensable/

Catégories
antiracisme Santé-Social

La discrimination n’a pas sa place à l’hôpital – SUD Santé Sociaux 78

Le syndicat SUD Santé Sociaux 78 dénonce fermement les méthodes qui se multiplient dans les établissements de santé français et qui ciblent injustement nos collègues féminines.
Pour nous, les faits sont clairs : il s’agit de racisme et de discrimination.
De plus en plus de professionnelles sont exclues de leur hôpital ou de leur établissement médico-social sous prétexte qu’elles portent un couvre-chef. En outre, cette discrimination est faite
seulement aux femmes dites “racisées”.
Cette différence de traitement est inadmissible !
Nous constatons une intensification de la stigmatisation visant des collègues perçues comme étrangères ou supposées usulmanes. SUD Santé Sociaux 78 refuse que ces pratiques
discriminatoires s’installent dans nos structures.
Le gouvernement, par ses discours et décisions, aidé par la résonnance offerte par les médias, participe à un climat délétère qui renforce ces comportements racistes. Nous le dénonçons avec force.
C’est une nouvelle discrimination subit et vécue par les femmes, s’ajoutant à la longue liste déjà existante.
SUD Santé Sociaux 78 appelle l’ensemble des professionnel·le·s des établissements publics et privés à se mobiliser, témoigner et dénoncer ces pratiques injustes.
Nous rappelons notre attachement au principe de laïcité tel qu’inscrit dans la loi du 9 décembre 1905, qui garantit la neutralité de l’État et la liberté de conscience.
La discrimination n’a pas sa place dans nos établissements de santé !

Catégories
antifascisme antiracisme

LDH, CGT, MRAP, FSU, Solidaires – ne pas répondre à la question du recensement sur le lieu de naissance des parents

Un appel de nos syndicats et de nos associations de défense des droits

Du 15 janvier à la fin mars le recensement de la population se déroule dans 8000 communes.

Si vous habitez un des lieux recensés, vous aurez à répondre au questionnaire.

Le recensement de la population fournit des informations essentielles aux politiques publiques.

Y répondre est donc important.

Répondez au recensement de la population, mais…

Ne répondez pas à la question 7 sur le pays de naissance de vos parents nés à l’étranger

Cette question, ajoutée en 2025, n’est pas obligatoire. Vous pouvez ne pas y répondre.

Une question qui n’est pas sur nous, mais sur nos parents En France, comme dans tous les pays du monde, les questions du bulletin individuel du recensement concernent notre situation personnelle : notre sexe, notre date de naissance, notre lieu de naissance, notre nationalité, mais aussi sur notre logement, notre profession…

Depuis l’an dernier, il y a une nouvelle question qui ne porte pas sur nous, mais sur nos parents, pour savoir de quel pays ils viennent s’ils sont nés à l’étranger. Nos organisations refusent que, dans le recensement, chacune et chacun d’entre nous, soit défini-e par le lieu de naissance de ses parents.

Les raisons pour ne pas y répondre

Pourquoi la question portant sur le pays de naissance des parents nés à l’étranger a-t-elle été ajoutée ? On nous a dit que c’est pour avoir de meilleures politiques contre les discriminations. Or, les pouvoirs publics n’ont rien annoncé.

Au contraire, l’an dernier, pendant le recensement, le ministre de l’Intérieur a déclaré « je ne voudrais pas que cette statistique débouche sur la discrimination positive ». Il disait donc qu’il s’opposait à son utilisation contre les discriminations. Par contre, il a ajouté « On a besoin de connaître les mouvements migratoires, alors pourquoi cacher la réalité ? ». De quelle réalité parle-t-il ? Est-ce que les enfants de personnes migrantes seraient aussi des migrants ? A l’écouter on peine à croire à une question posée pour le bien des personnes concernées.

Dans un sondage d’opinion fait pendant le recensement de 2025, les électrices et électeurs de l’extrême droite approuvent la question à 80 %, plus que tous les autres électeurs. Pas étonnant puisque c’est dans cet électorat qu’on regarde le plus les personnes en fonction de l’origine de leurs ancêtres. Pas pour ce qu’elles sont, ni ce qu’elles veulent être.

Cette question renforce les préjugés de ceux qui ne voient l’autre que par son origine géographique, génération après génération. Et il n’y a aucune proposition concrète d’utiliser cette question pour améliorer quoi que ce soit. Elle ne changera rien aux manques des politiques concrètes contre les discriminations.

Des statistiques pour des politiques d’action contre les discriminations

Il y a beaucoup d’enquêtes et études statistiques qui mesurent les inégalités et les discriminations, notamment en raison de l’origine. Elles apportent déjà de nombreuses connaissances. Nos organisations veulent voir ces connaissances développées, mais surtout utilisées ! Ce ne sont pas tant les données qui manquent, ce sont des politiques publiques qui agissent vraiment dans tous les domaines : l’emploi, le logement, l’accès aux loisirs…

Pour conclure

Lorsque vous répondrez au recensement, ne répondez pas à la question numéro 7.

Cette question est facultative, et c’est très bien comme cela !

Catégories
antiracisme Éducation

Loi de 1905 : Pour une réelle école publique et laïque

Le 9 décembre marquera les 120 ans de la loi de séparation des Églises et de l’État. Cette loi, fondamentale pour l’école publique et laïque, est pourtant bien trop souvent ignorée ou dévoyée par l’État lui-même.

Depuis 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État proclame que la République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et que l’État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

Un enseignement privé catholique financé par l’État

Pourtant, un·e élève sur cinq est aujourd’hui scolarisé·e au sein de l’enseignement privé, à 97% catholique. Cet enseignement est financé par l’État et coûte chaque année 10 milliards d’euros au budget de l’Éducation nationale. Pour SUD éducation, il est inadmissible que l’État finance l’enseignement privé très majoritairement catholique et ignore ainsi le principe de laïcité de la loi de 1905. SUD éducation revendique la laïcisation et la nationalisation de l’ensemble des établissements privés et l’intégration de ses personnels dans l’Éducation nationale.

Financer l’enseignement privé est d’autant plus inacceptable qu’il renforce les inégalités sociales en ségrégant les catégories sociales défavorisées. Plus de 40 % des élèves scolarisé·es dans le privé sont issu·es des classes très favorisées contre 10% d’élèves boursier·es. Pas un euro de plus pour l’enseignement privé !

Non au dévoiement de la laïcité !

Depuis trop longtemps, la laïcité est dévoyée par l’État ou les partis et syndicats conservateurs. Elle est instrumentalisée pour justifier des dérives racistes, islamophobes et sexistes, en s’en prenant en priorité aux personnes musulmanes.

La loi de 2004, qui interdit les signes religieux à l’école au nom de la laïcité, ne respecte pas la loi de 1905 qui garantit à l’ensemble des citoyen·nes la liberté de conscience et de culte. Elle renforce le racisme et le sexisme en visant en priorité les élèves musulman·es, en les stigmatisant et en imposant un contrôle permanent de leurs corps sous couvert de laïcité. Seul·es les agent·es de l’État doivent se plier à l’interdiction de signes religieux et à la neutralité religieuse dans un souci de séparation des Églises et de l’État. SUD éducation revendique ainsi l’abrogation de la loi de 2004 qui stigmatise, discrimine et qui est utilisée dans un projet raciste et conservateur. Par cette loi, le principe de laïcité qui garantit le principe de neutralité est dévoyé en un principe de contrôle et de suspicion

De même, une cantine scolaire qui respecterait la loi de 1905 respecterait aussi toutes les consciences et les croyances. SUD éducation défend d’ailleurs une option végétalienne quotidienne pour l’ensemble des élèves, usager·es du service public d’éducation.

SUD éducation se battra toujours pour un service d’éducation public, laïc et émancipateur. La loi de 1905 doit être respectée et appliquée pour garantir à tou·tes un accès à l’école gratuit et égalitaire.

RSS
Follow by Email