Skip to content

Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

Catégories
Internationalisme Palestine

Article suite à la délégation Solidaires en Palestine : Témoignages sur la colonisation en Cisjordanie occupée

Verveine Angeli, membre de l’association histoire coloniale et postcoloniale, a fait partie d’une délégation de l’Union syndicale Solidaires qui s’est rendue en Cisjordanie du 23 janvier au 2 février 2026. Dans cet article pour histoirecoloniale.net, elle rapporte témoignages et informations collectés sur place sur la violence coloniale extrême – les témoins parlent de on going Nakba – que continue à subir ce territoire, sans réaction autre que verbale de la communauté internationale (1).

Le 7 octobre, la guerre génocidaire à Gaza et l’attention portée sur les dizaines de milliers de morts ont en partie masqué la situation dramatique vécue tant en Cisjordanie que par les Palestinien·nes d’Israël, situation qui s’est dégradée dès avant le 7 octobre d’après les personnes rencontrées.

L’extension des colonies, l’agressivité des colons, le soutien qu’y apporte le gouvernement de Netanyahu avec ses ministres d’extrême droite sont de temps en temps évoqués dans la presse. Mais l’ampleur, les conséquences concrètes de ce que les Palestinien·nes rencontré·es nomment en anglais « on going Nakba »** sont largement ignorées. Pourtant en février 2026, de nouvelles mesures étaient prises par le gouvernement israélien afin de faciliter encore l’acquisition des terres par les colons. Entre autres le gouvernement israélien se réserve le droit d’empêcher toute construction palestinienne y compris dans les zones A et B de Cisjordanie*** ; Et les terres non enregistrées au cadastre dans la zone C deviendront propriété publique israélienne et pourront donc être acquises régulièrement par les colons. Si le mouvement est en marche depuis longtemps, la légalisation est toujours une étape supplémentaire****.

Barrages et occupation

Les check-points, instruments de contrôle sont connus mais ils ont été multipliés (jusqu’à mille en Cisjordanie) notamment avec la mise en place de barrières mobiles qui ferment occasionnellement mais fréquemment les routes et villages palestiniens dans les zones enjeux de colonisation. Ces grandes barrières métalliques jaunes ornent un paysage où les mouvements des Palestinien·nes sont restreints parfois de façon absolue, où ils et elles sont contraints d’attendre le bon vouloir de l’armée israélienne pour pouvoir se rendre à leur travail ou effectuer tout autre trajet.

La priorité pour la mobilité est celle des colons. Les barrières sont donc en place en général avant 9H et après 16H pour permettre à ces derniers de se rendre et de revenir de leur travail. Les distances en Palestine occupée sont courtes, il leur est facile de vivre à un endroit et travailler à un autre y compris de l’autre côté du mur. Les conséquences sont en chaîne et la surveillance du territoire est renforcée : Pour les Palestinien·nes, les horaires et même les journées de travail sont aléatoires, les temps de trajet sont multipliés parfois par 4 ou 5, les déplacements fréquemment annulés, tout ceci rendant les conditions de vie insupportables et avec des conséquences qui s’ajoutent à la situation de domination et de délabrement de l’économie palestinienne. Les Palestinien·nes se coordonnent pour être informé·es sur leur smartphone des routes qui sont ouvertes et de celles qui sont fermées mais l’information est utile si les contournements sont possibles, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans des villages enfermés, certains depuis deux ans, il est difficile de sortir aussi des maisons tant la pression et le danger sont importants et cela concerne aussi les enfants, tout ceci créant des situations de très forte insécurité.

La route qui remonte au nord, de Ramallah vers Tulkarem et Naplouse est marquée sur les rambardes de drapeaux israéliens tous les 20 mètres des deux côtés et ce sur une cinquantaine de kilomètres. Les colons et leurs enfants sur le bord de la route sont manifestement chez eux. C’est un lieu d’attaques régulières. Les villages et terres agricoles ne sont pas les seuls à être attaqués, l’étau se resserre autour des villes (la fameuse zone A), des bâtiments et voitures dans la zone industrielle d’El Bireh, commune adjacente à Ramallah ont été incendiés sous la protection de l’armée.

Dans la vallée du Jourdain, les expulsions de villages continuent. Les activistes étranger·ères ou Juif·ves israélien·nes ne sont pas épargné·es par les violences. La construction d’églises dans les zones menacées, non plus. Quant aux Palestinien·nes qui viennent soutenir les personnes menacées, les meurtres et la prison sont légions. Et celle-ci est particulièrement dure en ce moment : mauvais traitements, dénutrition, obstacles à l’hygiène, torture*****. Les activistes qui agissent en soutien aux villages filment de façon régulière les scènes de violence des colons et les diffusent sur les réseaux sociaux. B’Tselem (organisation israélienne de défense des droits de l’homme) a pris l’habitude de financer l’équipement des militant·es palestinien·nes de caméras pour aider à documenter ces exactions.

La force des colons c’est aussi d’être faiseurs de gouvernement. Les aléas des alliances pour former les gouvernements en Israël leur donnent une place de plus en plus importante.

Normalisation, destructions, expulsions

La permanence de la colonisation vise aussi sa normalisation. Il en est ainsi de la politique de l’armée israélienne vis à vis des réfugié·es. Les camps mis en place depuis la Nakba en 1948 ont grandi de façon considérable (Jalazone près de Ramallah est ainsi passé de 1000 personnes hébergées sous tentes à 17000 dans des constructions sommaires et denses en dur). De véritables villes, certes très précaires mais des lieux d’organisation, de résistance et de forte expression politique. Les camps font l’objet de jumelage avec des villes de la banlieue parisienne, de projets aidés par des mairies françaises de gauche visant la sécurisation de l’approvisionnement en eau.

Accompagnant sa volonté de remise en cause de l’UNRWA (United nations relief and work agency for palestine refugees in the near east, créée en 1948), accusée à Gaza d’avoir fait travailler des Palestinien·nes du Hamas, le gouvernement d’Israël entend en finir avec les camps de réfugié·es eux mêmes. La clé, symbole de l’exigence palestinienne du droit au retour des réfugié·es est présente partout. Et ces camps constituent pour Israël, le symbole du refus des Palestinien·nes d’accepter leurs conditions de vie en occupation et de renoncer au droit au retour inscrit dans la résolution 194 de l’ONU en 1948.

L’UNRWA est en charge de l’éducation des enfants des camps jusqu’à l’âge de 9 ans et de centres médicaux. L’Autorité palestinienne en faillite n’a aucun moyen de s’y substituer, les fonds de TVA bloqués par Israël ne lui permettent même pas de payer de façon intégrale les personnes travaillant pour l’administration et les services publics. Ainsi, le comité populaire de Jalazone, est très conscient de ce que la disparition de l’UNRWA impliquerait.

Mais il ne suffit pas de retirer à l’UNRWA sa légitimité internationale, ce dont le gouvernement états-unien et certains gouvernements occidentaux se sont faits les complices, son siège à Jerusalem Est a été incendié le 26 janvier 2026. L’ONU a dénoncé à cette occasion la volonté « visant à remettre en cause le statut des réfugiés palestiniens et à effacer leur histoire dans les territoires occupés ». Le centre de santé de Qalandya entre Jerusalem et Ramallah est menacé lui aussi.

Et l’armée israélienne s’occupe de la suite : à Jenine, destructions massives. A Tulkarem de grandes travées faites au bulldozer marquent le camp de Nour Chams à l’entrée sud de la ville. La vision de ces immenses boulevards de gravats fait inévitablement penser à Gaza aujourd’hui (« little Gaza » nous dit-on), pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les habitants des maisons détruites sans aucune prévention sont aujourd’hui hébergés dans des villages alentour ou dans des écoles. Ils et elles sont ainsi réfugié·es, deux fois, parfois trois…

Si le caractère de génocide de la guerre à Gaza a été dénoncé, comment qualifier ce qui se passe aujourd’hui en Cisjordanie et à Jerusalem Est ? Il y a bien un nettoyage ethnique renforcé et de grande ampleur où il s’agit de pousser dehors tous Palestinien·nes qu’ils et elles soient de Cisjordanie, de Jerusalem Est, de Gaza. Grand Israël, Israël de la mer au Jourdain, tel est le projet en train de s’accomplir.

« Apartheid colonial regime »

Ceux et celles qui s’appellent Palestinien·nes de 48, qui ont la nationalité israélienne ne sont pas épargné·es dans ce contexte. Ils et elles vivent de longue date les discriminations en particulier sur le logement et la terre et la loi sur l’Etat nation du peuple juif de 2018 a inscrit dans le marbre la sous-citoyenneté qui les constitue et l’apartheid en droit.

Le 22 janvier une grève générale a eu lieu avec une manifestation énorme à Sakhnin, suivie d’une manifestation à Tel Aviv le 31 janvier, pour protester contre l’inaction et la collusion de la police israélienne qui laisse les mafias se développer dans les villes palestiniennes d’Israël, meurtres, racket créant une insécurité majeure et empêchant tout développement d’une activité économique. Les soldats et policiers sont accusés de laisser-faire avec la bénédiction de Ben Gvir, ministre de la sécurité nationale, voire de revendre aux mafieux des armes récupérées sur le Hamas. La poétesse Asmaa Azaizeh dans Médiapart : « Désormais, on laisse ces groupes prospérer, sans enquêter sur leurs crimes, en les laissant intoxiquer nos communautés, de telle sorte que nous avons maintenant, dans les villes palestiniennes à l’intérieur d’Israël, des taux d’homicide proches de ceux de la Colombie ! Il s’agit d’une stratégie délibérée visant à la fois à alimenter le lieu commun selon lequel le peuple palestinien serait intrinsèquement violent et à faire en sorte que nous retournions nos armes et nos rancœurs contre nous-mêmes ». On se remémore ainsi les pratiques de l’armée israélienne et de ses supplétifs palestiniens distribuant l’aide alimentaire en lieu et place des ONG internationales et tirant sur la foule des affamé·es à Gaza.

« No hope, no dream, but this is our land… »

Que dire de l’état d’esprit des personnes rencontrées ? Les militant·es de longue date continuent, « ils n’ont pas le choix », la colère contre la communauté internationale s’exprime très fortement sur la complicité face au génocide à Gaza bien sûr, mais aussi sur la situation de tous·tes les Palestinien·nes. Et la reconnaissance par la France d’Etat palestinien apparaît comme une bien maigre satisfaction. Ils et elles attendent des actes notamment des sanctions contre Israël, et enjoignent de faire pression dans ce sens. Pour les personnes plus jeunes, moins engagées, le désespoir est grand, la situation est vécue comme sans issue et ce sentiment est d’autant plus fort avec la très forte dégradation des conditions de vie mais eux aussi « n’ont pas le choix », « No hope, no dream, but this is our land… ». La demande de solidarité internationale vis à vis de leurs pairs en est d’autant plus forte.

  • *La délégation a rencontré les syndicats : des postiers (Palpost), des électriciens, des jardins d’enfants, de l’hôpital privé d’Hébron, des personnels administratifs des hôpitaux de Ramallah, des peintres et plâtriers, du secteur des banques, la fédération palestinienne des journalistes, la Palestinian federation of trade unions, la General federation of independant unions, New unions. Les associations ou ONG : Badil, Al Marsad, Al Haq, Bisan Center, DWRC, Stop the wall. Des personnes des camps de Aida et de Jalazone. En Israël : B’Tselem, Who profits, le syndicat Koah LaOvdim.
  • **Les termes anglais sont ceux utilisés par nos interlocuteur·trices, sachant que c’est la langue qui a été utilisée dans les échanges.
  • ***Les zones A, B et C en Cisjordanie ont été définies par les accords d’Oslo. La zone A étant sous direction de l’Autorité palestinienne (18% du territoire, essentiellement les grandes villes), la Zone C sous autorité israélienne (Plus de 60% du territoire) et la zone B dont les camps de réfugié·es, avec des responsabilités pour l’Autorité palestinienne or la sécurité.
  • ****Sur les chiffres voir l’article de Jean Stern dans Orient XXI https://orientxxi.info/Palestine-A-Naplouse-pour-tenir-il-ne-faut-plus-penser-au-lendemain
  • *****Voir à ce sujet l’article de Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/international/150126/viols-tortures-et-privations-dans-ses-prisons-israel-broie-les-ames-et-les-corps-des-palestiniens
Catégories
Internationalisme Palestine Vidéo

Le Mégaphone S2E11 – Retour de la délégation Solidaires en Palestine travail, luttes et résistances

La vidéo commence à 13:14

Murielle (Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires), Linda (Solidaires Finances Publiques), Verveine (SUD PTT) et Emmanuel (SNJ), faisaient partie de la délégation de l’Union syndicale Solidaires qui vient de rentrer de Palestine. Elles et il nous font par des échanges qu’iels ont eu avec le peuple palestinien et les travailleurs et travailleuses qui vivent en Cisjordanie occupée. Travail, luttes et résistances. Emission diffusée en live sur Twitch le 24 février 2026

Catégories
Internationalisme Palestine

Travail, luttes et résistances en Palestine

Solidaires a organisé une délégation qui s’est rendue en Palestine fin janvier 2026 pour renforcer ses liens syndicaux en Cisjordanie occupée. Dans un contexte très difficile et où peu de personnes se rendent sur place, la demande de solidarité est aussi celle de liens concrets. Quatre camarades, du SNJ, de Solidaires Finances Publiques, de Sud PTT et Murielle Guilbert, co-déléguée de Solidaires, ont participé à cette délégation (un camarade de Sud Éducation a été renvoyé en France à son arrivée à l’aéroport). Sur place, la délégation a constaté, au-delà de ce que nous pouvons lire ici, la dégradation de la situation économique, le renforcement de la colonisation, les violences quotidiennes, les difficultés pour vivre et travailler ou vouloir travailler en Palestine occupée ; et pour les syndicats ce qu’implique la défense des droits des travailleur·euses, de l’emploi, des services publics dans une telle situation. Ce texte vise à témoigner des échanges et porter les demandes des syndicalistes, des travailleur·euses, des militant·es rencontré·es. C’est le sens pour Solidaires de la solidarité internationale.

Travailler sous occupation

En Cisjordanie, l’occupation est visible et ressentie partout et constamment : les drapeaux israéliens, les colonies, l’armée israélienne, les check-point, les routes barrées sont devenus le quotidien très pesant … La guerre génocidaire menée à Gaza s’est accompagnée d’une amplification des politiques coloniales et d’apartheid du gouvernement israélien en Cisjordanie.

Le coordonnateur spécial adjoint de l’ONU pour le processus de paix au Moyen Orient, Ramiz Alakbarov précisait en décembre 2025 que « la progression de la colonisation a atteint son niveau le plus élevé depuis que les Nations Unies ont commencé à en assurer son suivi en 2017 » et rappelait que les colonies et les infrastructures qui leur sont associées sont « dépourvues de toute validité juridique et constituent une violation du droit international et des résolutions des Nations Unies ».

Cette expansion territoriale est couplée à un contrôle accru des déplacements du peuple palestinien. Près de 850 check-point étaient recensés par l’OCHA (le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires) sur le petit territoire qu’est la Cisjordanie.

Autant d’entraves aux déplacements auxquelles s’ajoutent des restrictions de circulation, des fermetures de points d’accès qui isolent parfois les populations pendant plusieurs jours : la Cisjordanie est devenue une véritable prison à ciel ouvert.

La violence aussi a considérablement augmenté. Celle des colons envers les Palestiniens et les Palestiniennes : attaques physiques meurtrières, oliviers incendiés, accès aux terres entravés, et même les soutiens internationaux et israéliens autrefois épargnés, sont à présent tabassés.

Celle de l’armée israélienne qui mène de plus en plus d’incursions dans les camps, entraînant le déplacement forcé de milliers de Palestinien-nes.

En 2024 le camp de Jénine a ainsi subi une attaque qui a duré 10 jours, des centaines de soldats ont détruit près de 70 % des rues, l’accès à l’eau, aux hôpitaux ont été bloqués, les communications coupées. Plus récemment, Tulkarem a été la cible de frappes, nous y avons vu des quartiers démolis, des infrastructures réduites à néant. Partout la population palestinienne est empêchée de vivre. C’est une oppression physique mais aussi mentale..tout est fait pour qu’ ils quittent leur territoire devenu un enfer quotidien.

Les arrestations et les emprisonnements se sont multipliés. L’ONG B’Tselem que nous avons rencontrée à Jérusalem a documenté les abus et les traitements inhumains infligés aux palestiniens et palestiniennes dans les prisons israéliennes. La détention administrative, qui permet d’emprisonner sans inculpation ni jugement est utilisée par les autorités qui détenaient ainsi au 1er juillet 2024, selon Amnesty international plus de 3 300 Palestinien-nes.

Enfin, les politiques d’apartheid se sont renforcées : routes séparées en Cisjordanie, services publics au rabais, tribunaux différents, suspension des droits civils fondamentaux, confiscations de terres…

Ces actions et politiques d’annexion menées par le gouvernement israélien sont des violations du droit international. Elles ont évidemment des incidences sur les travailleurs et les travailleuses.

Plusieurs organisations nous ont raconté que depuis le 7 octobre, les travailleurs sont de plus en plus victimes de violences et de harcèlement. Au travail mais aussi en dehors. Aller et repartir du travail est devenu dangereux, les routes ne sont pas sûres, la violence des colons est partout. Celle-ci atteint son paroxysme quand des travailleurs et des travailleuses, dont les permis de travail ont été retirés par le gouvernement israélien après le 7 octobre , tentent, au péril de leur vie, de passer le mur pour travailler, même illégalement et subvenir aux besoins de leur famille. Ils risquent leur vie en franchissant le mur, et plusieurs d’entre eux sont tués ou gravement blessés.

Le 8 février, le gouvernement israélien a pris de nouvelles mesures visant à développer encore les colonies en Cisjordanie. Le ministre Smotrich a déclaré : “Nous renforçons notre emprise sur le terrain et mettons fin à l’idée de la création d’un Etat terroriste arabe au cœur du pays”.

Encadré : Depuis de nombreuses années, notre organisation syndicale a créé des liens avec le syndicat des postiers, le Palestinian Postal Service Workers Union ( PPSWU). Une visite à la Poste de Bethléem a été l’occasion de discuter des problématiques liées au courrier en Palestine, car ici tout est politique, même la Poste ! Comme tout le reste, Israël contrôle le courrier qu’il rentre ou qu’il parte du territoire palestinien. Les colis sont ouverts, les lettres lues et le temps d’acheminement est décuplé quand les missives arrivent à destination. En 2018, des milliers de plis, plus de 10 tonnes, sont arrivées en Cisjordanie, débloquées par Israël qui les retenait sans raisons précises depuis 8 ans ! En 2019, l’Union Postale Universelle a agrégé le service postal palestinien à la communauté postale mondiale. Concrètement, on peut maintenant écrire « Palestine » sur une enveloppe envoyée depuis l’étranger à la place de « Cisjordanie via Israël ».

Lutter pour les droits au travail dans une économie dévastée et un pays en guerre

Depuis le 7 octobre 2023, l’essentiel des permis de travail qui permettent aux Palestinien·nes de Cisjordanie de travailler en Israël ont été supprimés. C’est autant de ressources financières qui ne reviennent pas dans le territoire. Des milliers de personnes sont sans travail et sans revenus. Certains désespérés n’hésitent pas à sauter par-dessus le mur pour entrer illégalement en Israël. De l’autre côté du mur, Israël fait appel à des travailleur·euses migrant·es, notamment en provenance d’Asie, pour les remplacer, recrutant à la carte et par nationalité selon les postes de travail. Dans les colonies, où règne le travail au noir, il a aussi été considérablement réduit.

Le blocage par Israël des fonds liés aux taxes de TVA pèse lourdement sur les finances de l’Autorité palestinienne qui ne peut du coup pas payer intégralement les travailleur·euses de l’Etat et des services publics, ces fonds représentant 68% du budget. L’Union européenne a débloqué des fonds de 1,6 milliard d’euros pour Gaza et la Cisjordanie occupée sur 3 ans, alors que les besoins de financement sont estimés entre 9 et 12,5 milliards d’euros. Cela contribue aussi à faire fonctionner l’économie au ralenti.

Les enseignant·es, les postier·ères ne travaillent que trois jours par semaine. Selon les statuts, certain·es sont payé·es sur la base de ces trois jours, d’autres se sont plaint·es de ne pas être payé·es depuis trois mois, d’autres signalent des paiements environ tous les 40 jours: absence totale de salaire (il n’y a pas d’allocations chômage), salaires réduits, etc. Les prix, quant à eux, sont élevés, l’essentiel des biens provenant d’Israël.

Les obstacles aux mobilités des Palestinien·nes par les check-points et barrages, par les attaques de colons qui se font aussi dans les zones industrielles rendent les trajets pour se rendre au travail difficiles. Les horaires sont aléatoires, les journées aussi.

De nombreux employeurs imposent des temps partiels ou des départs sans compensation, suppriment les droits existants. Les syndicats ont des pôles juridiques. Ils ont recours aux tribunaux, mais sans tribunaux spécifiques du travail, les procès s’agrègent aux autres procès civils et durent donc des années. Les syndicats réclament la mise en place d’une justice du travail et interviennent directement pour faire pression sur les employeurs.

Autre enjeu : celui du salaire minimum. Son niveau en Palestine est de 1 880 shekels (contre 6 000 en Israël avec des prix quasi identiques). Il est inférieur au seuil de pauvreté et n’est pas appliqué partout. Ainsi, de nombreux secteurs revendiquent son application, y compris contre la pratique de certains employeurs de faire attester de façon mensongère par les salarié·es qu’ils et elles sont bien payé·es au salaire minimum. Les secteurs féminisés comme les jardins d’enfants sont particulièrement concernés.

Pour les syndicats, cette situation est très difficile. Comment agir pour que l’emploi se développe dans un contexte d’économie coloniale et où Israël mène une guerre sur tous les plans ? Comment défendre les travailleur·euses dans de telles situations ? Ils agissent pourtant et sont devenus des points d’ ancrage où le collectif est une forme de résistance. Ils interviennent aussi par la distribution de paniers-repas dès qu’ils en ont les moyens.

Encadré : En 2024, selon la CNUCED (Agence de l’ONU), « 80 % des entreprises de la vieille ville de Jérusalem-Est ont partiellement ou totalement cessé leurs activités ». Et en Cisjordanie occupée : « au total, 306 000 emplois ont été perdus, faisant passer le taux de chômage en Cisjordanie occupée de 12,9 % avant le conflit à 32 %. Ces pertes d’emploi ont entraîné une perte de revenu journalier estimée à 25,5 millions de dollars, érodant gravement la résistance économique des ménages palestiniens et exacerbant les difficultés sociales. »

Encadré : Du syndicat des journalistes (PJS) : À Jérusalem Est et en Cisjordanie occupée, les journalistes ont documenté plus de 2 000 attaques contre des confrères et consoeurs, soit 3 attaques par jour. Principalement à Gaza depuis le 7 octobre, il y a eu 234 tué·es, 541 blessé·es et 200 journalistes arrêté·es et emprisonné·es dans des conditions très dures ( très peu de nourriture, pas d’hygiène, des tortures, des disparus). 500 membres des familles ont été tué·es. « Who is daddy » est une application israélienne à base d’Intelligence artificielle qui géolocalise les personnes et les tue avec leur famille. Elle a été utilisée contre des journalistes. Aujourd’hui, le syndicat PJS veut reconstruire la profession en intégrant les personnes ayant travaillé en free-lance et qui n’ont pas de salaire, reconstruire les métiers de demain, avec toutes ces nouvelles compétences.

Cette délégation nous a permis de mettre les mots de nos camarades palestinien-nes sur une réalité catastrophique. Dans le monde du travail, les Palestiniens et les Palestiniennes articulent la lutte pour les droits au travail et leur combat contre l’occupation et la colonisation.

Quand ils et elles parlent de leur situation quotidienne, les syndicalistes évoquent une lente asphyxie, un génocide en silence et une communauté internationale qui laisse agir le gouvernement israélien en toute impunité. Ils et elles mettent en avant, face à ce silence assourdissant, la campagne BDS, Boycott, Désinvestissements, Sanctions.

Oui, la question palestinienne est une question syndicale, parce que les entreprises dans lesquelles nous travaillons, les universités que nous fréquentons sont parfois liées à l’économie israélienne. Et dans un contexte où les gouvernements ne prennent aucune sanction contre un pays qui bafoue toutes les règles internationales, commet un génocide, agit au-delà de toute morale, notre devoir est de faire pression depuis nos lieux de travail, de refuser que les travailleurs et les travailleuses participent, d’une quelconque manière que ce soit à ces violations du droit international.

Pour l’union syndicale Solidaires, le droit international doit être appliqué, et cela nécessite :

le droit au retour des réfugiés

la fin de la colonisation et la fin de l’occupation

la fin des politiques d’apartheid

De reconnaître l’illégalité de la construction du Mur de séparation (avis consultatif de la Cour Internationale de Justice) et du blocus inhumain sur Gaza depuis plus de 15 ans

Parce que notre syndicalisme est internationaliste, en Palestine, comme ailleurs, nous revendiquons le droit à l’autodétermination. Le peuple Palestinien nous montre la voie, celle de ne jamais baisser les bras, celle de continuer à se relever et à s’organiser, celle de garder espoir d’un monde meilleur. A ses côtés nous continuerons et nous amplifierons notre participation syndicale dans les campagnes BDS et Stop Arming Israel.

Catégories
Internationalisme Palestine Podcast

Émission Twitch le 24 février : Retour de la délégation de Solidaires en Palestine : travail, luttes et résistances.

24 février 2026 de 18:00 à 21:00

https://www.twitch.tv/syndicat

Nouvelle émission du Mégaphone mardi 24 février 2026 à partir de 18h sur la chaine Twitch de l’Union syndicale Solidaires : https://www.twitch.tv/syndicatsolidaires

Retour de la délégation de Solidaires en Palestine : travail, luttes et résistances.

Murielle (Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires), Linda (Solidaires Finances Publiques), Verveine (SUD PTT) et Emmanuel (SNJ), faisaient partie de la délégation de l’Union syndicale Solidaires qui vient de rentrer de Palestine.
Elles et il nous feront par des échanges qu’iels ont eu avec le peuple palestinien et les travailleurs et travailleuses qui vivent en Cisjordanie occupée. Travail, luttes et résistances.
On vous attend nombreux et nombreuses mardi 24 février pour discuter en ligne avec elleux.

Abonnez-vous à notre chaîne si ce n’est pas déjà fait.

Catégories
Internationalisme Palestine

L’Union syndicale Solidaires en Palestine

Une délégation de l’Union syndicale Solidaires composée de 5 militant·es, dont Murielle Guilbert codéléguée générale, s’est rendue en Palestine où elle a passé dix jours. Un de nos camarades n’a cependant pas pu entrer sur le territoire israélien à la sortie de l’avion et a été expulsé après rétention pour son “activisme”.

Dans un contexte d’accélération de la colonisation et de l’occupation généralisée, qui rend la vie des palestinien·nes impossible, la délégation a rencontré des travailleur·euses, plus d’une quinzaine de syndicats et associations de la société civile en Cisjordanie occupée. Elle a constaté avec effroi la dégradation considérable des conditions de vie des travailleur·euses, empêché·es de travailler en Israël depuis le 7 octobre 2023. Les salaires dans le secteur public, quand ils existent, sont amputés en raison des blocages des fonds dus à l’Autorité Palestinienne par le gouvernement israélien.

Dans le même temps, les Palestiniens et les Palestiniennes subissent des restrictions de déplacement dues à l’augmentation du nombre des checkpoints et des barrages, ce qui rend les horaires ou les journées de travail aléatoires.

En dépit de cette situation à laquelle s’ajoutent les attaques des colons, celles de l’armée israélienne contre les camps de réfugié·es, les emprisonnements et la torture répétés, la délégation a constaté la très forte volonté de continuer à lutter pour vivre et être libre et la très forte demande de liens extérieurs et de solidarité. Les syndicats et collectifs jouent un rôle d’amortisseur social et de résistance majeur dans ce contexte.

A Gaza, où la délégation n’a pu se rendre car la zone est toujours inaccessible, des journalistes continuent, dans des conditions précaires, à informer l’opinion des opérations d’extermination menées par le gouvernement israélien.

L’Union syndicale Solidaires portera la voix des travailleur·euses palestinien·nes dans les prochaines semaines en témoignant des échanges sur place. Nous renforcerons notre engagement syndical au sein de nos lieux de travail, contre les liens entre les entreprises, l’Etat français et l’occupation, ainsi que dans les campagnes Boycott, Désinvestissement et Sanctions et Stop Arming Israël. Enfin, nous continuerons à agir à travers notre réseau syndical international de solidarité et de lutte (RSISL).

Notre syndicalisme est internationaliste et solidaire du droit des peuples à disposer d’eux même.

Catégories
Internationalisme Palestine Rail

Palestine : campagne de désinvestissement lancée par SUD-Rail

Le 29 novembre dernier, les organisations syndicales CFDT – CGT – Solidaires – FSU ont appelé à se mobiliser massivement pour la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. La situation au Moyen-Orient est bien une affaire syndicale !

La fédération SUD-Rail s’inscrit dans une tradition syndicale internationaliste de solidarité avec les peuples en lutte.

Pendant que nos camarades de SUD Aérien refusent de transporter des armes pour Israël, notre syndicat a interpellé la direction SNCF afin que cesse toute collaboration avec la société Amundi (société de gestion d’actifs et actionnaire d’Elbit Systems).

Si Amundi et la direction de la SNCF ne veulent pas prendre leurs responsabilités, alors nous lancerons une campagne d’action en lien avec la campagne BDS : Boycott, Désinvestissement et Sanctions. A partir de mars, nous appellerons les cheminot.es à agir directement pour organiser le boycott en refusant de placer leur intéressement chez Amundi.

Pas 1 euro des cheminot.es pour tuer des palestinien.nes !

Catégories
Défense de nos libertés Internationalisme Palestine Violences policières

Répression des mouvements sociaux : à quand le retour de l’État de droit ?

Le 2 octobre, plusieurs mobilisations en soutien à la flottille qui tente de briser le blocus israélien à Gaza ont eu lieu en France. Si elles se sont majoritairement déroulées sans incidents, tel n’a pas été le cas à Marseille et à Toulouse.

Dans ces deux villes, les forces de l’ordre, chacune sous autorité préfectorale, ont donné à voir toute la brutalité qu’on leur connaît hélas depuis bien longtemps. Alors que ces rassemblements à l’appel de plusieurs syndicats et associations se déroulaient dans le calme, ceux-ci ont été dispersés sans ménagement, avec force gaz lacrymogènes et coups de matraques contre des manifestant·es venu·es exprimer pacifiquement leurs émotion et colère suscitées par l’arraisonnement de la flottille dans les eaux internationales et les arrestations des militant-es et pour exiger l’arrêt immédiat du génocide en cours à Gaza. Violence exercée y compris contre les observateur·ices de la LDH qui ont été bousculé·es et blessé·es. A Marseille, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées et conduites en garde à vue pour la simple participation à ces rassemblements légitimes.

L’Union syndicale Solidaires dénonce ces pratiques qui cherchent à décourager l’expression du soutien au peuple palestinien. Elle condamne fermement ces actes qui démontrent bien que la violence illégitime habite le camp du pouvoir. Elle exprime son soutien aux victimes de cette répression aveugle et hors de tout propos. Manifester ne constitue pas un crime et encore moins quand il s’agit d’exiger un cessez-le-feu et la fin d’un génocide et du blocus qui affame une population. Hier comme aujourd’hui, la répression policière des mouvements sociaux n’est pas acceptable et doit cesser immédiatement. Et celles et ceux qui se prêtent à (et couvrent) de telles méthodes doivent être poursuivi·es et condamné·es pour leurs actes.

Cet Etat qui fuit toujours plus en avant dans l’illibéralisme se doit d’être à nouveau un Etat de droit. Avec d’autres organisations, nous nous y employons et ne laisserons jamais passer.

Ne lâchons rien !

Catégories
Internationalisme Palestine

26 septembre – Projection Pour l’honneur de Gaza

Ne ratez pas cet évènement !

VENDREDI 20h30  : le 26 SEPTEMBRE 2025 au Cinéma des Mureaux Cinéma Frédéric Dard (centre ville).

Il est conseillé de venir un peu avant 20h30.

Séance unique pour un Ciné-rencontre organisé par le Collectif Palestine les Mureaux et Alentours (existant et actif depuis 2 ans)

“POUR L’HONNEUR DE GAZA et des DÉPLACÉS SOUS LES TENTES”,  en présence exceptionnelle du réalisateur : IYAD ALASTTAL

En VO.ST.FR   –  Tarif : 6€

Un débat aura lieu avec le réalisateur, la salle et le Collectif après la projection du film .

« Je n’ai pas voulu partir d’ici, car c’est ma patrie.  Déjà on est parti en 1948. Nous ne le referons pas. Mourir sur sa terre est mieux que l’exode. »
  Abu Ali, pêcheur à Gaza.

RSS
Follow by Email