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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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L’intelligence artificielle, vecteur de discriminations

Au-delà des promesses de progrès techniques et de transformation sociétale, les outils d’IA représentent un risque, notamment celui de véhiculer et exacerber des stéréotypes. Ils reflètent les préjugés existants et renforcent les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, à la nationalité, à la religion réelle ou supposée, mais aussi les discriminations racistes. En effets, les calculs et les données qui alimentent les algorithmes ne sont jamais neutres : « Les algorithmes sont des opinions encapsulées dans du code ».
On parle de biais, c’est-à-dire que les résultats sont biaisés, déviés en raison des préjugés humains qui faussent les données d’entraînement de l’algorithme. Les biais reflètent les discriminations quelles qu’elles soient et les amplifient. Celles et ceux qui construisent l’algorithme y embarquent leur vision du monde.

Note Biais IaLire plus de publications sur Calaméo

1.     L’IA au service du patriarcat 

Pour se développer, les IA sont alimentées par des données, pour l’essentiel des contenus présents sur internet, dont beaucoup comportent des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes. L’IA apprend à partir de ces données, les restitue et en fait une vérité. Apparaissent fréquemment des biais liés à ces données, de sélection, cognitifs… Par exemple, les contenus engendrés participent à renforcer une vision hétéronormée des femmes soumises et sexualisées. 

Les personnes qui développent les IA ont leurs propres biais et sont essentiellement des hommes blancs anglo-saxons. On peut parler de « coded gaze », un terme créé par la chercheuse Joy Buolamwini, qui décrit comment « la technologie encode les discriminations ». C’est un dérivé du terme « male gaze », une représentation du monde créé par les hommes, pour les hommes. 

Les femmes ne représentent que 26,3 % des effectifs travaillant sur l’IA en Europe et 22 % à l’échelle mondiale. La parité dans ce domaine n’est pas à espérer avant 2100 ! Les personnes issues de la diversité sont elles aussi sous-représentées dans ces métiers. Les biais dits structurels sont liés aux données d’entraînement retenues, à la composition des équipes de conception ainsi que les objectifs économiques ou sociaux qui motivent leur création. 

Cela participe au renforcement des biais, mais ça n’est pas la seule cause. Une meilleure représentation des femmes – et plus largement des minorités – serait une avancée, mais qui ne produirait des effets qu’accompagnée d’une réelle politique de lutte contre toutes les formes de discriminations. Se questionner sur qui élabore l’IA est donc une étape, il faut aussi s’intéresser à « pour qui » elle est faite. Dans la majorité des cas, les donneurs d’ordre (entreprises, administrations…) commandent des systèmes dont le but est de maximiser les profits et/ou la productivité. La lutte contre les discriminations est donc généralement négligée. 

Une étude menée par l’UNESCO en 2024, axée principalement sur le genre, pointe les effets des biais de l’IA : « Ces nouvelles applications d’IA ont le pouvoir de subtilement façonner les perceptions de millions de personnes, de telle sorte que même de légers préjugés sexistes dans le contenu qu’elles génèrent peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel ». Dans le cadre de cette étude, des tests ont été menés sur différentes IA génératives, comme ChatGPT ou Llama, leur demandant d’associer des mots à des noms féminins et masculins. Les noms féminins sont majoritairement associés à des termes dévalorisés ou traditionnels, comme « domestique » ou « cuisinière ». Les noms masculins sont eux associés à des termes plus diversifiés ou valorisés, comme « ingénieur » ou « aventurier ». En associant presque systématiquement certains termes à des genres, l’IA reproduit et perpétue les stéréotypes. 

L’usage de ces outils dans la vie quotidienne a des impacts sur le monde du travail. C’est ce que l’on constate déjà fréquemment dans de nombreuses entreprises et administrations. 

L’usage de systèmes d’IA dans le recrutement (tri des CV, faire correspondre des offres d’emplois à des candidat·es…) ou la promotion de travailleur·euses est problématique. De manière générale, ils favorisent les candidatures d’hommes pour des fonctions associées à des termes comme « leardership » ou « compétitivité ». Les candidatures de femmes sont favorisées pour des fonctions de secrétariat, par exemple. 

On peut prendre un cas d’usage au sein du Groupe La Poste. Ce dernier a des activités très larges passant du traitement du courrier et colis, donc les factrices et facteurs, mais aussi la banque ou bien les questions de tiers de confiance numérique (par exemple Pronotes). 

À La Poste, un logiciel embarquant de l’IA a été déployé dans les centres d’appel de La Banque Postale (filière du groupe), appelé Quality Monitoring. Il est aussi utilisé dans des centres d’appel comme Téléperformance. Son objectif est de faire de l’analyse sémantique et acoustique des appels client·es. Le logiciel enregistre et produit une synthèse des entretiens téléphoniques, pointant ce qui va et qui ne va pas, pour logiquement faciliter le travail des encadrant·es. 

Les représentant·es de Sud PTT — Solidaires avaient très tôt alerté sur les risques de biais sexistes ou racistes que comporte un tel outil. Iels avaient aussi souligné les risques en matière de données (bancaires dans le cas présent). Tout ceci avait été balayé par la direction qui a déroulé son projet. Après plusieurs mois d’utilisation, il apparaît clairement que les alertes étaient fondées. Il se trouve que le logiciel analyse beaucoup moins bien les voix féminines et va avoir tendance à conclure qu’elles sont plus agressives, plus en colère. On retrouve là des stéréotypes sexistes et LGBTQ+phobes, renvoyant à des femmes qui seraient plus facilement en colère ou hystériques. 

Ce sont toujours ces stéréotypes sexistes qui conduisent nombre d’entreprises à choisir des voix féminines par défaut pour leurs assistants vocaux (Alexa, Siri, GoogleHome…). Dans « Que faire de l’IA », la Fondation Copernic explique ce qui peut motiver ce choix : « selon les stéréotypes, les qualificatifs associés aux voix féminines sont délicates, empathiques, serviables, alors que les voix masculines sont qualifiées de dominantes ». Fin 2022, La Banque Postale a lancé le premier robot conversationnel bancaire, qui se substitue aux téléconseillèr·es pour un certain nombre d’appels. Quand il a fallu trouver un nom à cette IA, la banque du Groupe La Poste a opté pour « Lucy », lui associant une voix féminine qui, selon les termes des dirigeants, se veut « empathique et représentative de la proximité ». Dans ce dernier exemple, en plus du nom et de la voix, La Banque Postale a choisi de personnifier son callbot, lui associant une image, celle d’une superhéroïne. Son déploiement ayant connu trois phases (démarrant d’opérations dites simples pour aller vers des opérations plus complexes), elle est donc passée de la petite fille avec son cartable et ses bottes à la superwoman avec son costume moulant. Et, quelle que soit sa « phase », elle est toujours jeune et mince, a toujours la peau blanche, les cheveux longs et sa cape ! 

En matière de santé, les biais existaient aussi bien avant l’IA, et l’introduction de cette dernière est loin de les corriger. Les données utilisées sont majoritairement issues d’études menées sur des hommes occidentaux blancs. Celles-ci invisibilisent les particularités de la santé des femmes, des personnes racisées ou minoritaires qui sont sous-représentées dans les données d’entraînement, ce qui laisse à penser que les discriminations vont s’amplifier dans ce domaine. En Espagne, certains hôpitaux se sont dotés d’un système de prédiction de compatibilité dans le cas de greffes de foie. Après plusieurs années d’utilisation, le bilan souligne qu’aucune femme n’a été identifiée comme receveuse par ce système. Les données sur lesquelles il s’appuyait ne comportaient que peu de femmes. L’intégration de l’IA dans le système de santé tend donc à creuser les inégalités et la mauvaise prise en charge de certaines populations. 

Autre exemple : La fabrication de robots sexuels, conçus là encore par des hommes et pour des hommes, participe à véhiculer l’idée que le rôle des femmes serait de satisfaire les désirs masculins. Cela pose aussi la question du consentement. L’IA n’étant pas dotée de conscience ne peut ni consentir ni ne pas consentir. Ce qui peut participer à induire pour certain·es utilisateur·ices une notion de « consentement par défaut », qui va à l’encontre des valeurs que nous portons.

2.     Biais racistes des systèmes d’IA…

Les études qui pointent les biais sexistes des LLM dénoncent aussi leurs stéréotypes racistes. Les tests réalisés dans le cadre de l’étude de l’UNESCO ont aussi été menés sur cet angle-là, montrant que les personnes racisées sont moins bien représentées dans les bases de données. Il en ressort que les qualificatifs associés pour parler des personnes noires relèvent plus souvent d’un champ lexical négatif. Les exemples de biais explicites sont nombreux. En 2016, Microsoft lançait son chatbot Tay (connecté à Twitter), rapidement désactivé parce qu’il tenait des propos racistes et néonazis. Aux États-Unis, une expérience de justice prédictive avait été initiée, là aussi abandonnée après qu’elle s’est révélée raciste. Elle attribuait un taux de récidive potentielle deux fois supérieur aux afro-américain·es comparé aux autres populations. Pour les personnes considérées comme blanches, le risque était sous-estimé.

Les technologies de reconnaissance faciale ont aussi recours à l’IA et sont plus performantes sur des visages à peau blanche que sur des visages à la peau plus sombre. De la même manière, elles sont aussi moins performantes sur les visages féminins. Ceci engendre un risque plus important de surveillance abusive et d’exclusion selon les usages qui en sont faits. 

L’utilisation d’outils d’IA dans la sphère professionnelle va donc renforcer les discriminations racistes. Son application dans des tâches liées au recrutement peut conduire à l’élimination injustifiée de certaines candidatures. Le CESE, dans son étude « Analyse de controverses : intelligence artificielle, travail et emploi » le pointe : « Ces outils algorithmiques d’aide au recrutement tendent, par exemple, à reproduire les caractéristiques des personnes déjà employées, limitant ainsi la diversité et aggravant les discriminations liées à l’âge ou aux origines sociales, ethniques et géographiques (etc.) ». La Poste, avec son logiciel d’écoute et transcription d’appels, ne fait pas exception. Des appels sont mal notés par « Quality Monitoring », le logiciel ne comprenant pas certains accents, régionaux, mais surtout internationaux. Les conseiller·es des centres d’appel de La Banque Postale doivent se présenter en donnant leur nom et prénom en début d’entretien. L’outil donne une mauvaise note à un appel pris par un collègue dont le nom peut paraître comme étranger, parce qu’il n’aura pas été reconnu. Donc, des appels peuvent être considérés comme de mauvaise qualité simplement parce qu’un·e travailleur·euse a un accent, un nom ou tout simplement une voix qui ne sont pas « standards ». Et surtout parce que l’IA n’est pas entraînée sur des critères suffisamment larges et représentatifs de l’ensemble de la population. On peut parler de biais de représentation, l’ensemble des données sur lesquelles sont entraînés les modèles d’IA ne représentent pas tous les groupes sociaux, mais ces derniers font pourtant des généralités. 

3.     Et validistes !

Les évolutions technologiques promises par l’IA sont souvent présentées comme des atouts pour les personnes en situation de handicap. En effet, l’intelligence artificielle peut apporter des améliorations à la vie des personnes en situation de handicap : outils de transcription des conversations pour les personnes sourdes ou malentendantes, logiciels de description d’images pour les personnes aveugles ou malvoyantes, aides à la rédaction pour les personnes neuroatypiques ou encore les exosquelettes… Pour autant, cela ne doit pas nous faire oublier les effets discriminants trop présents dans ces technologies, qui intègrent des préjugés validistes et âgistes. Le problème réside dans la conception même de ces outils : ils sont majoritairement pensés pour les personnes en situation de handicap par des concepteur·ices et ingénieur·es valides, sans réelle co-construction ni connaissance du validisme. Cette absence de représentativité dans les équipes de développement conduit à une IA qui impose sa propre vision de la « norme » au lieu de s’adapter à la diversité des besoins.

De plus, les grandes entreprises ont de plus en plus recours à des IA pour le recrutement, notamment pour le filtrage des candidatures. Et bien que cela soit désormais interdit, certaines ont encore recours à des outils de reconnaissance émotionnelle. Ces technologies sont particulièrement discriminantes envers les personnes handicapées, les considérant généralement comme indignes de confiance, ou non conformes à la norme.

Les différentes oppressions que l’IA alimente et exacerbe ne sont pas des phénomènes isolés, mais elles se combinent et se renforcent quand elles concernent une même personne. On peut donc parler de discriminations intersectionnelles.

4.     Biais de classes : des discriminations envers les plus précaires

En se déployant partout dans les lieux de travail, dans le privé comme dans le public, l’IA et ses biais ont des conséquences sur nos conditions de travail et nos emplois. Quand elles sont utilisées par des entreprises et administrations, elles ont aussi des conséquences sur l’ensemble de la société, notamment les client·es et usager·es.

En la matière, les exemples de discriminations sont nombreux. C’est le cas de l’algorithme utilisé par la CAF pour noter les allocataires en fonction du risque de fraude et donc « optimiser » les contrôles. Les critères retenus comme négatifs sont, par exemple, le fait de percevoir une allocation d’adulte handicapé, avoir été veuf·ve, divorcé·e ou séparé·e avec un changement depuis… Le fait d’avoir un haut revenu est un critère positif. Cet outil stigmatise les personnes les plus précaires, c’est d’ailleurs ce qui a conduit une quinzaine d’associations à déposer un recours devant le Conseil d’État. Dans son ouvrage « Les algorithmes contre la société », Hubert Guillaud constate que les contrôles s’exercent sur les populations les plus stigmatisées : bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA), de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) ou de l’Allocation de Soutien Familial (ASF) destinée aux parents isolés. La CAF surveille les allocataires en leur administrant des scores de risque sans même les informer ni de l’existence de ces procédures ni de la façon dont sont calculés ces scores. Ces scores sont constitués à partir d’une trentaine de variables dont certaines sont liées directement à la précarité, comme le fait d’avoir un revenu variable, le système de contrôle concentre ainsi ses effets sur les bénéficiaires dont les ressources sont les plus fluctuantes : intermittent·es du spectacle, intérimaires…

Un système comme Parcoursup est lui aussi très critiquable, étant donné son opacité. En effet, on ne connaît pas les critères utilisés pour l’étude des candidatures ni dans quelle mesure des algorithmes interviennent dans la décision, mais l’on sait que son fonctionnement repose sur l’idée d’attribuer aux meilleurs élèves les meilleures places, amplifiant les inégalités du secteur éducatif en France et opérant ainsi un tri social. Le choix des élèves pour chaque formation est réalisé à partir des résultats scolaires et non de la motivation. Parcoursup est désormais classé comme un « système à haut risque » par l’AI Act et devra donc se conformer à des obligations accrues de transparence… mais pas avant août 2027 !

Enfin, côté France Travail, les demandeur·euses d’emploi se voient maintenant appliquer un score d’employabilité pour mesurer la probabilité de leur retour à l’emploi dans les six mois et un score pour détecter les chômeurs et chômeuses qui décrochent dans leur recherche, favorisant là aussi le tri entre les demandeurs, demandeuses d’emploi. On constate que les chômeurs et chômeuses qui n’ont pas travaillé depuis plus d’un an sont plus contrôlé·es que celles et ceux qui envisagent de créer leur entreprise.

Les outils de scoring intègrent désormais de l’IA de manière très courante, notamment dans les outils d’aide à la décision en matière de souscription de crédits ou d’assurances. Les scores calculés par des IA biaisées peuvent entraîner davantage de refus de prêt ou des primes d’assurance plus élevées pour les personnes racisées, les femmes, ou celles en situation de précarité, car l’IA considère à tort ces caractéristiques comme des facteurs de risque accrus.

C’est aussi le cas avec l’analyse de l’adresse postale. Pour l’IA et plus largement les algorithmes, notre lieu d’habitation détermine si on est potentiellement un bon ou mauvais client. Ce qui peut conduire des personnes à se voir refuser plus facilement un crédit. Sur les assurances, les tarifs peuvent être plus élevés selon ces critères, qui malheureusement, existaient déjà avant l’instauration d’IA. Cette dernière va les renforcer.

Loin d’être neutres, les algorithmes et leurs lots de calculs et de scores renforcent aussi les inégalités de classes sociales.main.original

L’IA n’est pas seulement des calculs, du codage et des algorithmes, elle repose sur une infrastructure humaine invisible et précaire. Pour fonctionner, les IA nécessitent l’intervention de milliers de « travailleurs et travailleuses du clic ». Ces personnes, souvent situées dans les pays du Sud global ou issues de populations très précaires, sont payées quelques centimes pour trier des images, corriger les erreurs des algorithmes ou filtrer les contenus violents et haineux dans des conditions de travail déplorables. Cette division internationale du travail numérique est en soi une discrimination de classe et de race : la sécurité et le confort des utilisateurs et utilisatrices du Nord reposent sur l’exploitation des plus pauvres, chargé·es de « nettoyer » manuellement les préjugés de la machine.

5.     Combattre les biais de l’IA partout !

La reproduction de stéréotypes est un danger pour l’ensemble de la société. En brassant des milliers de données, les systèmes d’intelligence artificielle agissement comme une loupe qui grossit les discriminations. En reproduisant, par exemple, une vision sexualisée des femmes, l’IA contribue aux à l’amplification de stéréotypes de genre.

Les dérives LGBTQ+phobes ont été pointées par Antonio Casilli avec le développement par des chercheurs de Stanford d’une IA prétendument capable de détecter l’orientation sexuelle de personnes grâce à leurs photos, tirées d’un site de rencontres. Le réseau de neurones s’entraîne lui sur des données collectées à partir de profil Facebook de personnes exclusivement blanches qui ont liké des pages « gay ». Pour Antonio Casilli : « L’étude traduit une vision hétéronormative, qui n’admet pas de situations intermédiaires de l’identité sexuelle ». Dans cette étude, tous les stéréotypes et discriminations y passent ! Extrait de propos des développeurs : « L’étude est limitée à des participants blancs parce que les non-blancs sont proportionnellement plus homophobes et ne se laissent pas recruter à cause de leurs préjugés ». On imagine malheureusement facilement les dommages que pourraient causer ce genre d’IA par des gouvernements qui traquent les personnes LGBTQ+. 

Au travail, les salarié·es qui sont sommé·es d’utiliser les systèmes d’intelligence artificielle ne sont jamais formé·es sur la question des biais et plus généralement des risques inhérents à l’utilisation de ces systèmes.

Ce sont les entreprises qui financent et conçoivent ces systèmes d’IA qui encodent/embarquent, parfois volontairement, nombre de stéréotypes et de préjugés racistes, liés au genre, au handicap, à l’âge, à la précarité, ou à toute autre caractéristique sociale, et qui, trop souvent, ne font rien pour corriger ces biais.

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(re)Penser notre syndicalisme Seule la lutte paie !

La lutte paie ! Recueil de victoires gagnées en 2025

Le 15 juillet 2025, le Premier Ministre d’alors François Bayrou annonçait un budget d’extrême rigueur, incluant la suppression de deux jours fériés, dont le 8 mai, jour de commémoration de la victoire contre le nazisme. À l’automne, la préparation de plusieurs journées de grève a conduit le nouveau, Sébastien Lecornu, à renoncer à cette mesure. Nul doute que sans résistance, le gouvernement et le patronat auraient saisi l’occasion de nous faire travailler plus.

La lutte paie. Tous les jours, dans les entreprises et les administrations, des équipes syndicales, par leur combativité, gagnent des victoires qui permettent d’augmenter les revenus des salarié∙es ou d’améliorer leurs conditions de travail, de protéger un service public ou de préserver des libertés fondamentales. Ces victoires ne font pas toujours la Une des médias. Elles sont invisibilisées par une stratégie de discrédit des organisations syndicales de la part du patronat et des gouvernements successifs, qui passe notamment par l’absence de démocratie sociale s’agissant des grandes réformes du Code du Travail ou des retraites, par exemple.

À l’inverse, l’Union syndicale Solidaires fait le choix de mettre en avant des victoires gagnées par nos équipes en 2025, sans prétendre à l’exhaustivité. Petites ou grandes par le nombre de salarié∙es concerné∙es, passant par la grève et parfois par l’action en justice, résultat de quelques jours de mobilisation ou de plus de quinze ans de lutte, elles sont toutes importantes pour nous donner confiance en notre force : l’organisation collective.

Sommaire

#1 – Salaires et Revenus

#2 – Emploi

#3 – Temps de travail

#4 – Conditions de travail

#5 – Droits et libertés

#6 – Services publics

#7 – Contre la précarité

#8 – Contre les discriminations

#9 – Contre l’extrême droite

#10 – Contre la répression antisyndicale

Salaires et revenus

Éducation

Versement rétroactif de l’indemnité REP/REP+ aux AESH

Avant le 1er janvier 2023, dans l’Éducation nationale, les accompagnant∙es des élèves en situation de handicap (AESH) et les assistant∙es d’éducation (AED) ne touchaient pas les indemnités REP et REP+ dont bénéficient les autres personnels des réseaux d’éducation prioritaire. Une mobilisation de plusieurs années des AESH et des AED, animée par SUD éducation, a obtenu que ces personnels en bénéficient aussi. Le 12 avril 2022, SUD éducation avait déjà obtenu auprès du Conseil d’État la reconnaissance de l’inégalité de traitement. Le Conseil d’État avait imposé au ministère de verser l’indemnité REP/REP+ aux AED et AESH à compter du 1er janvier 2023. Le 16 janvier 2025, le Conseil d’État a rendu deux décisions concernant neuf collègues AESH qui demandaient le versement rétroactif de l’indemnité (soit avant le 1er janvier 2023). Cette décision ouvre la voie à ce que des centaines d’autres collègues, accompagné·es par SUD éducation puis aussi par d’autres syndicats, entament des procédures similaires. Interrogé plusieurs fois par SUD éducation, le ministère s’est décidé à diffuser une information auprès des intéressé·es. SUD éducation revendique par ailleurs pour les AESH un statut de la fonction publique, avec depuis mai 2025 la campagne intersyndicale “AESH, un vrai métier, un vrai statut”.

Presse

Groupe Centre France : cinq jours de grève pour des augmentations de salaire

À L’Yonne Républicaine, la dernière des réunions programmées au titre des Négociations annuelles obligatoires (NAO) 2024 s’est tenue le 3 février 2025. À l’unanimité, les trois organisations syndicales au sein de l’entreprise, CGT, Syndicat national des journalistes (SNJ), CFDT, avaient demandé 4 % d’augmentation générale. La direction a maintenu ses propositions initiales : à savoir 0 %. Au vu de la faiblesse de ces propositions, la rédaction de L’Yonne républicaine a décidé, à une large majorité (77 % des 35 votant·es), de faire grève le 5 février. Puis, toujours à une large majorité (77 % des 30 votant·es), de reconduire son mouvement le 6 et le 7 février. Une lettre ouverte a été envoyée à la direction, signée par la totalité des journalistes, hors encadrement. Les rédactions du Berry républicain, de la République du Centre et de l’Écho républicain notamment ont rejoint le mouvement le 7 février. Un appel à la grève illimitée a été lancé à Clermont-Ferrand, tous services confondus. L’Yonne républicaine, ainsi que le Journal du Centre et La Montagne (éditions du Puy-de-Dôme) ne sont pas parus deux jours de suite. Réunie en assemblée générale à l’issue de cette réunion, la rédaction de L’Yonne républicaine a décidé, toujours à une large majorité (78 % des votant·es, hors encadrement) la reconduction de la grève les 8 et 9 février. Cette grève a amené la direction à proposer dans certains journaux des augmentations de salaires entre 40 € et 200 € bruts par mois et qui ont concerné environ 80 % des équipes.

Logistique

Une grève victorieuse contre la perte d’avantages issus de précédents accords chez STG Logistique

Les camarades de la nouvelle section syndicale de l’Union Solidaires Transports de la société STG Logistique à Communay (69), qui gère l’approvisionnement en fruits et légumes d’Auchan, ont organisé avec la CGT une grève surprise et presque totale (23 grévistes sur 25). Face à leur employeur qui essayait de leur imposer la perte d’avantages issus de précédents accords (représentant près de 350 € par salarié∙e), et pour l’augmentation de leur taux horaire. En grève de 9 h à 15 h et avec un piquet de grève, iels ont obtenu 90 % de leurs revendications ! C’était la première grève dans cette société depuis 15 ans et une belle première victoire.

Santé

Victoire des laboratoires du CHU de Caen

Après six mois de négociations difficiles et onze semaines de grève exemplaire, les personnels des laboratoires du CHU de Caen (14), soutenus par le syndicat SUD Santé Sociaux, ont arraché une victoire décisive face à une direction sourde et méprisante. La réduction brutale de la prime d’insalubrité, déjà une insulte à leurs conditions de travail difficiles, a déclenché une mobilisation massive et déterminée, refusant toute régression sociale. C’est grâce à la force collective et à la solidarité sans faille des agent·es que la direction a été contrainte de céder et d’instaurer une nouvelle prime d’intéressement, liée à l’activité réalisée pour les établissements extérieurs, en compensation de la perte de la prime d’insalubrité. Cette victoire est la preuve éclatante que la lutte paie, et que le syndicat reste un rempart essentiel contre l’arbitraire managérial.

Centres d’appels

Pas de baisse des primes dans le groupe Konecta

Alors que la direction voulait imposer une baisse des primes et surtout les rendre plus difficiles à obtenir, l’intersyndicale CFDT, CFTC, SUD de CRM 56, appartenant au groupe Konecta, était en grève le lundi 24 décembre. Avec 60 % de grévistes et deux contrats avec les clients sur trois en cours de négociation, la direction a fait le choix de ne pas laisser pourrir la situation et a tout de suite essayé de négocier une sortie de conflit. Si la première réunion n’a pas permis de faire cesser la grève, la seconde aura permis de gagner !

Prévention et sécurité

Victoire des agent∙es de la centrale nucléaire de Creys-Malville

Les agent·es de sécurité de la centrale nucléaire de Creys-Malville, à Creys-Mépieu (38), se sont mis·es en grève reconductible avec piquet de grève pour protester contre les salaires gelés et les conditions de travail dégradées. Leur mouvement a permis d’obtenir plusieurs avancées dont la revalorisation des primes.

Transports

NAO 2026 chez Captrain : intégration de primes dans le salaire de base

En janvier, les salarié·es de Captrain, filiale SNCF de droit privé, ont mené une grève reconductible au niveau national dans le cadre de la Négociation annuelle obligatoire (NAO), avec comme revendication centrale l’augmentation de 100 € supplémentaires de salaires de base mensuels bruts. Le 17 décembre dernier, les grévistes ont finalement récolté les fruits de leur combativité de début d’année. En effet, la dernière réunion de la NAO 2026 a abouti à un accord d’entreprise tout à fait honorable, qui servira efficacement les intérêts des salarié·es à partir du 1er janvier 2026. L’unité syndicale s’est manifestée dans la négociation finale a su tenir bon jusqu’au bout sur la priorité aux salaires de base. SUD Rail Captrain a ainsi pu signer, ce qui n’était plus arrivé depuis trois ans. Cet accord va clairement dans le sens des revendications défendues par SUD Rail Captrain : l’intérêt des salarié·es, c’est le salaire de base et les conditions de travail. A été obtenue l’augmentation générale des salaires bruts mensuels de base de 2,5 % pour les salarié·es des classes 1 à 5. Avec un taux d’inflation des prix à la consommation de 0,9 % sur un an, cette augmentation constitue un gain de “pouvoir de vivre” tel qu’on n’en avait plus connu depuis dix ans dans l’entreprise. Cette augmentation résulte de l’intégration de primes dans le salaire de base : prime d’assiduité qui pénalise celles et ceux qui sont contraint·es à une absence notamment en cas de maladie, primes versée à certaines catégories et pas à d’autres… Ces intégrations de primes mettent fin aux inégalités, garantissent la rémunération, gonflent le salaire de base et engendrent mécaniquement une augmentation de tout ce qui y est corrélé : prime d’ancienneté, prime de nuit, heures supplémentaires, indemnités de congés payés, de jour férié, de repos périodiques, indemnités journalières de sécurité sociale, etc.

Collectivités territoriales

Obtention de la prime pouvoir d’achat à la ville de Rennes

En juillet 2023, dans un contexte d’inflation important, le gouvernement avait attribué aux fonctionnaires une prime pouvoir d’achat. Les montants définis dans le décret oscillaient entre 300 et 800 euros et étaient corrélés au revenu annuel de l’agent·e (moins de 39 000 euros bruts sur la période du 1er juillet 2022 au 30 juin 2023). Cependant ce décret précisait laisser le choix aux collectivités locales d’octroyer ou non cette prime à leurs agent·es.

À la ville de Rennes (35), les élu·es et l’administration avaient décidé de ne pas octroyer cette prime car pour elleux la révision du RIFSEEP, système de primes, allait bientôt avoir lieu et que leur « budget n’était pas extensible. » Sud Collectivités territoriales a organisé des réunions d’information syndicale pour mobiliser les collègues. Après dépôt d’un préavis de grève et deux actions coup de poing, la collectivité a cédé et octroyé une prime exceptionnelle pouvoir d’achat de 300 euros pour l’ensemble des collègues.

Dans le Nord, des avancées pour tou·tes les agent·es des établissements culturels

Fin novembre 2024 alors que le Musée Départemental Matisse de Cateau-Cambrésis dans le Nord faisait peau neuve après plusieurs mois de travaux, l’ensemble des gardien·nes du musée dénonçait l’absence de dialogue et de considération de l’exécutif. Les agent·es n’acceptaient plus de travailler 22 week-ends par an et de n’être indemnisé·es que pour la moitié seulement des samedis, dimanches et jours fériés travaillés. Il aura fallu qu’iels exercent leur droit de grève chaque week-end durant plus de deux mois pour qu’enfin l’administration départementale concède l’ouverture de négociations.
Accompagné·es et soutenu·es par SUD Conseil départemental 59, avec le concours de la CFDT et de la CGT, les collègues ont arraché de véritables avancées consignées dans un « accord collectif » : Nouvelle Bonification Indiciaire (NBI) reconnaissant enfin leur mission d’accueil du public, ouverture de droits aux RTT et prise en compte dans leur Régime Indemnitaire de tous les week-ends et jours fériés travaillés.
Cet accord bénéficie même à l’ensemble des gardien·nes, médiateurs et médiatrices culturel·les, agent·es d’accueil et d’animation de tous les musées et établissements culturels du département du Nord. Tout ceci est à mettre au crédit de la détermination des gardien·nes du musée Matisse qui, soudé·es et déterminé·es, ont dénoncé le mépris de classe de l’employeur consistant à ne pas considérer les petites mains.

Emploi

La Poste

Des embauches gagnées après une semaine de grève

Les collègues des sites postaux de Bouaye et Bouguenais en Loire-Atlantique ont commencé la grève le 30 septembre 2025 contre la fermeture d’un site et son déménagement et pour une négociation autour du projet de réorganisation. Le mouvement a duré 8 jours. L’abandon du déménagement a échoué mais la lutte a permis d’obtenir du personnel en renfort à la mise en place de la réorganisation soit neuf recrutements et quelques personnels en renfort déjà présents sur l’établissement. Quelques collègues ont également été embauchés en CDI sur le site de Bouguenais. La direction s’est par ailleurs engagée à revoir le découpage des tournées, selon les propositions des collègues. Une tournée supplémentaire devrait voir le jour dans les prochaines semaines. La lutte a enfin permis l’abondement du volet financier.

La Poste Guadeloupe : une victoire qui en appelle d’autres

En Guadeloupe, dans un contexte où la pauvreté héritée du système colonial est endémique, la présence de nombreux bureaux de La Poste a permis à de nombreux·ses habitant·es d’ouvrir un compte dans la seule banque qui acceptait de le faire. Les conséquences de la disparition du service public postal sont donc plus lourdes qu’ailleurs. La fermeture des bureaux, les emplois qui disparaissent augmentent de façon insupportable la pression sur les postier·es qui travaillent au réseau des bureaux de Poste. C’est dans ce contexte que nos camarades de SUD PTT Gwa (45 % aux élections) et l’intersyndicale (CGT, FO, SUD) ont fait campagne pour mobiliser. Pendant neuf jours (entre le 24 septembre et le 2 octobre) l’ensemble des bureaux de Basse-Terre ont été fermés et 80 % des postier·es des secteurs concernés (Jarry Baie-Mahault, Lamentin, La Boucan Sainte-Rose, Deshaies, Pointe-Noire, Pigeon Bouillante et Vieux-Habitants) étaient en grève. La direction a fini par céder en bonne partie et a été contrainte d’embaucher des CDI et de fournir des renforts. Le mouvement, largement animé et dirigé par des femmes, n’est pas pour autant terminé puisqu’il connaît déjà des suites. Des groupes de militant·es sillonnent le territoire et préparent une grève plus large qui pourrait partir si la direction de La Poste ne prend des mesures globales en faveur des emplois, des conditions de travail et du service public.

La Poste renonce à « réorganiser» le bureau de Poste de Eu (Seine-Maritime)

Après trois ans de bataille syndicale et judiciaire, menée par le CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et le syndicat SUD PTT, la direction de La Poste a renoncé à la réorganisation du bureau de la ville d’Eu. Ce conflit a débuté en 2022 quand le personnel et le syndicat Sud ont décidé de contester une réorganisation qui s’accompagnait de la suppression de six emplois sur le bureau. Suite à un vote en CHSCT, une enquête indépendante s’est déroulée mais La Poste refusant de collaborer, le rapport n’a pu être que partiel. Le CHSCT, SUD PTT et l’expert ont alors porté plainte devant le tribunal judiciaire qui a validé les demandes et enfin devant la cour d’appel qui a tranché le 9 novembre 2025 en faveur des plaignant∙es. La direction a alors décidé de retirer son projet.

Banque

Crédit Agricole : maintien du siège et des emplois

Ce qui s’annonçait comme une « simple opération de rationalisation » pour la direction du Crédit Agricole de Lorraine s’est finalement transformé en une « formidable mobilisation » pour les salarié∙es et le syndicat SDDS/SUD CAM Lorraine. Ainsi, lorsque la direction a annoncé son souhait de fermer le siège meusien de Bar-le-Duc où travaillaient près de 76 salarié∙es, leur laissant le choix soit d’aller travailler à Nancy (à près de 90 km de là) soit de changer de métier, l’équipe syndicale ne s’est pas résignée. Une manifestation a réuni près de 350 personnes venues pour crier leur attachement à l’emploi dans les territoires et la ruralité. Trois jours plus tard, le Crédit Agricole annonçait finalement revenir sur sa décision et maintenir les emplois dans le département. Comme quoi, même dans le secteur bancaire, la lutte paie !

Éducation

Des embauches obtenues par la grève dans un lycée du 93

Sans assistant·e social·e, sans infirmièr·e, sans proviseur·e adjoint·e, avec des postes d’enseignant·es non pourvus ou non remplacés et au moins 107 heures d’accompagnement d’élèves en situation de handicap non pourvues, les personnels du lycée Liberté de Romainville étaient à bout et dans l’incapacité d’accueillir correctement les élèves de ce lycée polyvalent (technologique et professionnel) du 93. Les personnels (enseignant·es et non enseignant·es) se sont mis en grève à plus de 90 % le 20 novembre. Rassemblé·es dès la veille pour accueillir Valérie Pécresse, la présidente de Région, en déplacement dans leur ville, iels étaient le 20 au soir devant la Direction des services départementaux de l’Education nationale où une délégation de grévistes et de parents a été reçue. Le rapport de force a permis d’obtenir dès le premier jour de grève l’embauche d’un·e assistante sociale. La grève était reconduite le lendemain tandis que des actions étaient mises en place pour faire connaître la situation : lycée ouvert aux partenaires habituels qui ont répondu présents, délégations auprès d’élu·es municipaux et régionaux… La semaine suivante c’est une infirmière qui était affectée à mi-temps entre le lycée et le collège le plus proche. Fort·es de cette première victoire les personnels sont déterminé·es à maintenir la pression pour obtenir l’ensemble des moyens nécessaires à garantir des conditions de travail dignes pour les personnels comme les élèves.

Culture

Des luttes contre les plans de licenciements qui s’enchaînent dans la culture

Dans un contexte d’austérité budgétaire, de nombreux lieux culturels dont la survie dépend de l’argent public subissent des suppressions importantes, contre lesquelles les salarié·es s’organisent avec l’appui de SUD Culture. À Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis, le cinéma Jacques Tati fait face à des difficultés financières. Un projet de restructuration a été mis en place par la direction. La mobilisation des salarié·es et l’interpellation de l’opposition au sein de la mairie ont permis de lancer un projet de municipalisation du cinéma. À Toulon (83), un projet de restructuration du chœur de l’Opéra était en cours, entraînant 22 suppressions de poste. Après la mobilisation des salarié·es, médiatisée, la mairie est intervenue et le projet a été retiré par la direction.

Temps de travail

Transports

Une victoire des salarié·es de Captrain soutenu·es par SUD Rail sur les repos périodiques

Le 25 septembre, 39 salarié·es et ex-salarié·es de Captrain France ont obtenu gain de cause devant le service du départage du Conseil de Prud’hommes de Paris. En tout, la juge départiteure a condamné l’employeur à leur verser 616 695, 41 €, avec exécution provisoire. Selon les préjudices subis par chacun·e, les jugements condamnent à hauteur d’un montant allant de 9 000 à plus de 28 300 €. Captrain a été jugée coupable de ne pas respecter la convention collective de la branche ferroviaire, et plus précisément une série d’articles qui ont trait aux repos périodiques. Au fond, l’employeur est condamné parce que les salarié·es ne bénéficient pas du nombre annuel de repos minimum obligatoire. Cette bataille concerne ainsi le droit au repos de tout·es les salarié·es de l’entreprise.

Conditions de travail

Télécommunications

Reconnaissance du harcèlement moral institutionnel à France Télécom-Orange

Le 21 janvier, la Cour de Cassation a confirmé la condamnation du harcèlement moral institutionnel, donc des dirigeant·es de France Télécom-Orange. Elle a précisé la définition du harcèlement moral institutionnel : une politique d’entreprise qui a pour objet de dégrader les conditions de travail, sans qu’il soit besoin d’identifier des victimes individuelles. La Cour a souligné l’évidence de la prévisibilité de ce délit. C’est l’issue d’une longue bataille de plus de quinze ans, menée en première ligne par SUD PTT, qui inscrit dans le marbre une limite fondamentale à l’arbitraire du pouvoir de direction des entreprises.

L’analyse de phénomènes dépressifs dès le début des années 2000 dans l’entreprise a été faite par les syndicats. Avec la constitution de l’Observatoire du Stress et des Mobilités forcées en 2007, SUD PTT et la CFE-CGC s’attèlent à faire des enquêtes, des formations d’élu·es CHSCT (Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) sur le management par le stress, puis à faire un recensement le plus précis possible des tentatives de suicides ou des suicides qui secouent l’entreprise. Elles sont liées au travail, aux restructurations, aux mobilités forcées et à un management violent. L’objectif de la direction était en effet bien de pousser les salarié·es, pour la plupart fonctionnaires, hors de l’entreprise, “par la fenêtre ou par la porte”, selon les termes employés par la direction. Après les mobilisations syndicales, la médiatisation nationale, le ministre du Travail intervient en 2009 pour exiger de la direction qu’elle suspende les restructurations en cours et ouvre des négociations. En mars 2010, la fédération SUD PTT se porte partie civile dans une plainte au pénal contre France Télécom et sa direction de l’époque, Didier Lombard, Olivier Barberot et Louis-Pierre Wenes. En effet, si la crise de France Télécom commence dans les années 2000, la mise en place du plan NEXT pour supprimer 22 000 emplois entre 2006 et 2008 a déchaîné un système méthodique et national de harcèlement. L’enquête du cabinet d’expertise Technologia a montré combien les restructurations incessantes, les mobilités forcées ont été érigées en système pour briser les résistances collectives, jusqu’à entraîner certain·es salarié·es vers la maladie, la dépression ou la mort. Il s’agit en fait de multiplier les restructurations et les changements de métier pour transformer une entreprise de technicien·nes en une entreprise commerciale. D’où un sentiment d’abandon et de trahison des salarié·es par les pouvoirs publics, une perte de sens du travail dans une entreprise aux objectifs désormais rivés sur la bourse, la perte des collectifs de travail, l’insécurité permanente des salarié·es soumis·es à des objectifs souvent absurdes et inatteignables. SUD PTT s’est efforcé de mettre la parole des victimes au cœur du procès. L’ensemble des fédérations syndicales de France Télécom-Orange se sont retrouvées dans le dépôt de plainte, et au niveau interprofessionnel l’Union Solidaires s’est aussi portée partie civile.

Collectivités territoriales

Condamnations pour harcèlement moral et sexuel d’un président de ComCom et de son Directeur général adjoint

Le président et le Directeur général adjoint (DGA) de la Communauté de Communes du pays de Villeneuve en Armagnac Landais (40) avaient comparu le 11 juillet 2023 devant le tribunal correctionnel de Mont-de-Marsan pour répondre de harcèlement moral (2 plaintes contre le président et 13 contre le DGA). Le DGA était également sous le coup d’une plainte pour harcèlement sexuel. Cinq camarades de SUD Collectivités territoriales faisaient partie des victimes. Mais la déception avait été rude. Pour le président : relaxe totale ! Pour le DGA : coupable de deux faits de harcèlement moral, condamné au paiement d’une amende, obligation d’accomplir à ses frais un stage de lutte contre le sexisme et de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes et privation de son droit d’éligibilité pour une durée d’un an.
Le procureur, trouvant les peines trop minimes, avait fait appel. Le verdict de l’appel est tombé le 11 septembre 2025. Le président était condamné pour harcèlement moral sur une victime avec amende. Le DGA était condamné pour harcèlement moral sur trois victimes mais également pour harcèlement sexuel par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction sur une victime. Résultat : quatre mois d’emprisonnement avec sursis, privation de son droit d’éligibilité pour une durée d’un an, amendes et dommages et intérêts. C’est avec un réel soulagement que les victimes ont entendu le verdict ! Enfin, la souffrance de ces nombreux·ses agent·es était reconnue après de longues années de batailles judiciaires !

Éducation

Victoire des agent·es logé·es de l’Université de Créteil (94)

La mobilisation intersyndicale initiée par SUD éducation (pétition, rassemblements, interventions en instances…) a obtenu l’abrogation de la décision d’un nouveau régime d’astreinte, qui contraignait 21 agent·es et leurs familles à quitter leur logement. Cette décision ne s’appliquait qu’à l’Université de Créteil et dans aucune autre université, ce qui remettait en cause l’équité de traitement des agent·es. Toute mise en conformité du régime d’astreinte doit prendre en compte les besoins logistiques, de sûreté et de sécurité de l’ensemble des sites, les rémunérations et les situations personnelles des agent·es, et le prix de l’immobilier en région parisienne. Cette victoire prouve que c’est par la solidarité et la mobilisation que nous obtiendrons une amélioration de nos conditions de travail et de vie.

Droits et libertés

La Poste

La Poste première entreprise française condamnée pour manquement à son devoir de vigilance

Le 17 juin, La Poste a été condamnée en appel pour manquement à son devoir de vigilance. C’est l’aboutissement d’une longue bataille commencée en 2020 pour SUD PTT. La loi française de 2017 sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre impose en effet aux grandes entreprises (plus de 5000 salarié·es en France ou plus de 10 000 dans le monde) de prévenir les risques environnementaux et les atteintes aux droits humains de leurs activités. Les entreprises doivent publier un plan de vigilance qui doit comporter plusieurs mesures, dont une cartographie des risques permettant d’identifier de potentielles atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement, des procédures d’évaluation régulière et des mécanismes d’alerte et de suivi. Or la cour d’appel de Paris a jugé que le plan de vigilance élaboré par La Poste était trop imprécis. Ce jugement confirme que La Poste ne peut plus fermer les yeux notamment sur la manière dont ses sous-traitants ont recours à des travailleurs sans papier dans des conditions indignes. Il montre la force et l’effectivité de la loi de vigilance française : les multinationales doivent assumer leur responsabilité sous toute la chaîne de valeur et pour cela faire de véritables plans de vigilance avec une réelle cartographie des risques.

Éducation

Application EANA (Enfants Allophones Nouvellement Arrivés) : la CNIL oblige le rectorat d’Orléans-Tours à revoir sa copie

SUD éducation a saisi la CNIL concernant le dispositif EANA, mis en place par le rectorat d’Orléans-Tours (45-37), qui collectait des données personnelles excessives sur les élèves allophones et leurs familles, sans information claire ni consentement. À la suite de cette intervention, la CNIL a rappelé au rectorat ses obligations légales. Des mesures correctives ont été prises : suppression des champs sensibles (nationalité, statut administratif, présence des membres de la famille), modification de certains intitulés, et ajout d’informations accessibles pour les personnes concernées. Cette affaire montre à quel point la vigilance syndicale est indispensable pour défendre les droits des élèves et de leurs familles, et pour éviter que les outils numériques ne deviennent des instruments de contrôle plutôt que d’accompagnement pédagogique.

Violences policières

Répression du mouvement contre la réforme des retraites à Rennes : un policier condamné pour violences

Après un procès le 29 avril, le tribunal correctionnel de Rennes (35) a rendu son jugement le 3 juin dernier et a condamné le policier ayant frappé de manière extrêmement violente deux camarades de Solidaires 35, dont un de SUD Collectivités territoriales 35, le 11 mars 2023 à l’occasion de « la prise de l’Arvor ». Un camarade avait eu 2 jours d’Interruption Totale de Travail tandis que l’autre avait dû être emmené à l’hôpital pour une fracture au bras entraînant 45 jours d’ITT. Le policier a été condamné au pénal : à cinq mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité, mais sans inscription au casier judiciaire. Il a été condamné, au civil, au remboursement d’une partie des frais de justice, et à verser 652 € à titre de réparation à l’un des deux camarades. Il y aura un second procès en septembre 2026 précédé d’une expertise pour évaluer les séquelles pour le second. Le jour du procès comme le jour du délibéré, les camarades ont pu compter sur de nombreux soutiens venant de différents collectifs. Certes la condamnation n’est pas lourde mais elle compte face à des violences policières dont le but réel n’est pas le « maintien de l’ordre » mais seulement la répression brutale des manifestant·es en vue de maintenir l’ordre établi. Et le verdict aurait sans doute été différent sans les vidéos des témoins.

Collectivités territoriales

Droit de grève : l’employeur ne peut pas faire ce qu’il veut !

SUD Collectivités territoriales 31 a porté un dossier contre une note de service de 2021 de la commune de Toulouse (31). Elle portait atteinte au droit de grève des agent·es en instituant un délai de prévenance et une obligation de prise de grève dès la première heure sans que le comité technique, à l’époque, ait été consulté. En première instance, le tribunal administratif avait rendu une ordonnance de fin de non-recevoir en prétextant que la note de service ne faisait qu’appliquer les dispositions légales. La Cour d’appel en a jugé autrement (CAA de Toulouse, 7 octobre 2025 n° 23TL01000) et elle annule à la fois l’ordonnance du tribunal et la note de service, la Commune aurait dû consulter le comité technique, ce qui est une victoire pour le respect de l’exercice du droit de grève pour les agent·es de la ville de Toulouse.

Cette nouvelle jurisprudence ne fait que confirmer la tendance qui semble se dessiner de la part du juge administratif, à savoir une interprétation logique des effets de la loi de 2019 sur le droit de grève. En effet des décisions du Tribunal administratif (TA) de Lyon (30/12/2022, n° 2106858 et 2107870) et de la Cour d’appel de Marseille (4ème chambre, 04/06/2024, 22MA02688) allaient déjà en ce sens. Le contour que ces jurisprudences dressent notamment sur « l’obligation » « d’exercer leur droit dès leur prise de service et jusqu’à son terme » est clairement favorable aux agent·es. Il en ressort en effet que l’employeur ne peut pas instaurer cette obligation de manière globale et sans avoir analysé la situation concrète à l’approche de la grève. Cette obligation va donc de pair avec celle de se déclarer gréviste au préalable. Et l’employeur ne peut obliger un·e agent·e à « exercer son droit de grève dès sa prise de service » que s’il arrive à prouver qu’au vu des grévistes déclaré·es et des fonctions exercées il y aura « un risque de désordre manifeste dans l’exécution du service ». De la même façon, le juge limite très clairement cette obligation aux agent·es directement affecté·es à l’exécution du service public en question et non à l’ensemble des agent·es du service. Ce que disent clairement la Cour d’appel de Marseille et le TA de Lyon, c’est que la seule chose que peut imposer l’employeur, une fois qu’il dispose du nombre d’agent·es ayant déclaré leur intention de faire grève et qu’il a donc pu évaluer s’il existait un risque de désordre manifeste dans l’exécution du service, c’est que les agent·es fassent grève de la prise de service jusqu’à sa fin.

Victoire contre la censure au conseil départemental de la Haute-Garonne

Suite à la lutte contre les mesures austéritaires à l’automne 2024 était venue l’heure de la punition collective. L’administration accusait l’intersyndicale de propager de « fausses informations », « anxiogènes » qui auraient provoqué chez les agent·es « angoisse et mal-être ». Le 7 mars, l’administration, sur ordre du président du département, a suspendu pour trois mois la mise à disposition aux organisations syndicales des listes de diffusion par mail. Elles étaient donc punies et ne pouvaient plus envoyer de mail aux 7 000 agent·es de la collectivité. Alors que les mesures annoncées le 8 novembre, la suppression de 500 postes équivalent temps plein, avec le non-renouvellement de CDD, le non-remplacement des départs à la retraite et la suppression de douze jours de RTT, étaient bien évidemment maintenues !

L’intersyndicale a par conséquent déposé un référé liberté contre cette décision liberticide. L’audience s’est tenue le 18 mars et le juge a ordonné au Conseil Départemental de remettre à disposition les moyens de communication et les listes de diffusion. C’est une véritable victoire, pour nos luttes actuelles ou à venir. C’est une victoire qui nous concerne toutes et tous car cette jurisprudence pourra aider chacun de nos syndicats qui fait face à de la répression ou de la discrimination.

Services publics

Santé

Réouverture d’un centre IVG

Depuis décembre 2022, le service maternité de la clinique privée de Ganges (34) dans les Cévennes a fermé. Cela signifie la fin des accouchements et des IVG dans cette clinique. 74 communes rurales sont touchées, sans IVG possibles sur ce secteur depuis lors. Les accouchements ont lieu sur la route vers Montpellier, Nîmes ou Millau. Un collectif s’est constitué, “Maternité à défendre”, dont l’union locale Solidaires SUD Cévennes fait partie. Son objectif est la réouverture de la maternité et du centre IVG dans la future clinique en construction à Ganges. Une manifestation a été organisée pour les 50 ans de la loi Veil le 18 janvier 2025, à laquelle 400 personnes ont participé, avec une bonne couverture médiatique, mettant en avant les besoins pour la santé reproductive des femmes. L’Agence régionale de santé Occitanie a pris conscience de l’absence de centre IVG. Le 31 janvier le ministre a été interpellé à l’occasion de sa visite de la clinique de Ganges, avec une audience. La réouverture du centre IVG a été annoncée. Un engagement a été obtenu pour la mise en oeuvre effective de la convention qui lie le CHU de Montpellier à la clinique privée de Ganges.

Contre la précarité

Culture

Victoire contre la précarité à la Bibliothèque nationale de France

Après quatre mois de lutte et de grève, soutenue par l’intersyndicale CGT BnF-FSU BnF-SUD Culture BnF, et surtout décidée en assemblée générale des personnels mobilisés sur les piquets de grève tous les samedis ainsi que certains jours en semaine, les grévistes ont gagné une issue favorable à leur combat, principalement organisé avec l’appui de la section SUD Culture BnF. Cette mobilisation a été marquée par une forte détermination des collègues qui, malgré les entraves répétées aux droits de grève et le recours aux huissiers par la direction, est restée constante grâce à une solidarité collective sans faille. À force de relances répétées, des réunions de négociations ont pu avoir lieu, souvent tendues, qui ont mené à une proposition de protocole d’accord de sortie de grève (CDD renouvelables pour les précaires, augmentation de leur temps de travail…), validée par l’assemblée générale des grévistes réunie après l’envahissement du conseil d’administration et l’interpellation faite auprès des tutelles de la BnF. Cette victoire est une étape dans notre opposition à la précarisation continue de nos métiers et des conditions de travail des agent·es. La précarité n’est pas une fatalité et cette victoire en est la preuve !

Contre les discriminations

Culture

Une victoire pour le 8 mars ! Jamila l’emporte contre le studio théâtre de Stains

Après cinq ans de combat, Jamila, comédienne a remporté une belle victoire au pénal le 3 mars. Jamila avait été retirée de toutes les pièces où elle jouait par son employeur le Studio Théâtre de Stains (93) parce qu’elle était enceinte. Elle avait ensuite été poussée vers la sortie… Le théâtre condamné en première instance pour la discrimination en raison de la grossesse (incluant du harcèlement moral) avait fait appel. Nous étions nombreuses pour la soutenir et constater le retrait de l’appel des dirigeants du théâtre. Retrait qui induit la victoire de Jamila contre un théâtre qui a fini par comprendre qu’il ne fallait pas insister ! Ce sont cinq ans de son combat et du combat de Sud Culture et Solidaires 93 qui sont gagnants.

Contre l’extrême droite

Presse

Le PDG d’Ebra démissionne sous la pression

Le 23 janvier, les militant∙es du Syndicat National des Journalistes (SNJ) du groupe de presse Ebra (qui emploie 1400 journalistes et publie, entre autres, Le Progrès, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Dauphiné Libéré, L’Est Républicain…) diffusent un communiqué qui révèle publiquement l’attitude de leur patron, Philippe Carli, sur les réseaux sociaux. Le SNJ s’indigne notamment des nombreux « like » du PDG d’Ebra, via son compte LinkedIn, adressés à des publications d’extrême droite (Sarah Knafo de Reconquête, ou encore Renouveau Patriote). Nos camarades du groupe Ebra écrivent ainsi : « Qu’un patron témoigne de ses opinions avec ses “like”, sur un réseau social ouvert à la consultation publique de tous ses membres, pourquoi pas ? D’autres que lui ne s’en privent pas. Mais qu’il le fasse en tant que dirigeant du plus grand groupe de presse quotidienne régionale de France est, pour le SNJ, bien plus problématique, dans la mesure où sa notoriété et ses responsabilités engagent indéniablement les rédactions ». Ce communiqué provoque une avalanche de réactions et d’articles de presse, menant cinq jours plus tard à la démission de Philippe Carli (« dans l’intérêt du groupe Ebra » selon lui). Cet épisode rappelle l’importance de la vigilance syndicale face à l’extrême droite, qui souhaite banaliser ses théories racistes et réactionnaires, notamment en se servant des médias.

Culture

Grève contre la Nuit du Bien Commun

Le 6 octobre au matin, des salarié·es en charge de l’installation de la « Provence pour le Bien Commun » à Aix-en- Provence (13), se sont mis·es en grève. Les Nuits du Bien Commun sont des événements lancés par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui souhaite recueillir des fonds pour mener sa bataille culturelle d’extrême droite. La grève soutenue par la CNT, la CGT et SUD Culture a conduit à l’annulation de la soirée dans la salle prévue : elle n’a pu se tenir qu’en visio.

Transports

La SNCF renonce à offrir les “Smartbox” de Stérin à ses salarié·es

En novembre, SUD Rail a appris que l’entreprise SNCF allait proposer des “Smartbox” à certain·es salarié·es lors d’un concours. L’entreprise Smartbox a fait la fortune du milliardaire Pierre-Edouard Stérin. SUD Rail a adressé une lettre ouverte à la SNCF en affirmant : “Nous refusons que les richesses produites par les cheminotes et cheminots financent ce milliardaire d’extrême droite”. Le courrier exigeait que le contrat cadre liant la SNCF et l’entreprise Smartbox soit clairement dénoncé. Pour SUD Rail, il y a un problème d’éthique évident qui entacherait l’image de la SNCF. Le 14 novembre, le lendemain de la publication de la lettre ouverte, la direction SNCF a confirmé le retrait des “Smartbox”.

Contre la répression antisyndicale

Éducation

Une victoire totale contre l’arbitraire de l’administration : Kai Terada est réintégré

Par une décision datée du 9 janvier 2025, le Tribunal Administratif de Versailles a annulé la mutation « dans l’intérêt du service » qui visait notre camarade Kai Terada de SUD éducation 92 et a enjoint le rectorat de Versailles à le réintégrer à son poste au lycée Joliot-Curie de Nanterre (92) dans un délai de six mois. Le rectorat est condamné à lui verser une somme de 1800 euros. Suite à une mission d’inspection de son lycée Joliot Curie à Nanterre (92) en mars 2022, Kai Terada a été muté contre sa volonté dans un autre département, les Yvelines, rompant ainsi son mandat de co-secrétaire départemental de SUD éducation 92. Une décision prise en dehors de toute procédure disciplinaire. Depuis, ses demandes de mutations pour retourner dans les Hauts-de-Seine étaient « neutralisées » par l’administration, de façon discrétionnaire. Le jugement témoigne bien de la répression antisyndicale de l’administration. Cette victoire doit en appeler d’autres car la situation de Kai Terada n’en est qu’une parmi d’autres.

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(re)Penser notre syndicalisme

Catalogue des formations syndicales Solidaires janvier / juillet 2026

Les inscriptions se font par les structures syndicales qui adressent au CEFI Solidaires Ile de France les fiches d’inscription. En ce qui concerne les formations dans le cadre d’un mandat CSE ainsi les demandes de congés dans le cadre d’un mandat de la Fonction Publique, merci d’envoyer les copies de demande de congés CSE/SSCT ou économique.

Pour les inscriptions et toutes les demandes, merci d‘écrire à l’adresse suivante :
formationidf@solidaires. org ou formationcefiidf@gmail.com

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(re)Penser notre syndicalisme antifascisme antimilitarisme Défense de nos libertés Violences policières

Les Utopiques numéro 30 : Quelle justice ? Quelle police ?

Les violences policières et leur caractère systémique, un syndicalisme policier majoritairement marqué à l’extrême droite et prompt à la pression sur le pouvoir, ce numéro n’oubliera pas de s’y attacher. Mais il cherchera aussi à se pencher à ce que sont les missions de la police et ce que le syndicalisme peut avoir à en dire aujourd’hui, notamment au travers de son histoire.

Parallèle presque évident, la même question vaut pour la justice. Les forces réactionnaires l’opposent à l’«efficacité» de la police et on a vu, à l’occasion de l’incroyable épisode de la condamnation de Marine Le Pen, ressortir le fantasme des « juges rouges ». Là encore, la tension est vive entre une justice qui défend aussi l’ordre de classe de la société, tout en restant parfois un recours pour celles et ceux d’en bas face aux puissants. De la même façon, au prisme du genre et des discriminations raciales, police et justice doivent être interrogées radicalement.

Thiery Tintoni décrit le paysage syndical policier. Christian Chevandier, auteur notamment de Policiers dans la ville : une histoire des gardiens de la paix, revient sur l’histoire de ce corps professionnel, son travail réel. L’association des Ami·es de Maurice Rajsfus nous offre un texte de celui qui fut un écrivain prolifique à propos de la police. Omar Slaouti revient sur les violences policières et se demande : quelles revendications face à ces situations ? Gérard Gourguechon raconte les années 1980, quand la Fédération autonome des syndicats de police participait aux débuts du Groupe des 10, ancêtre de l’Union syndicale Solidaires. Autre retour historique avec Thierry Tintoni qui brosse le portrait de la CFDT Police de l’après-68.

Gaelle Differ et Gwenola Ricordeau, autrice de Pour elles toutes : femmes contre la prison, discutent des rapports entre système pénal et féminisme. Antoine Le Scolan, du Syndicat des avocats de France traite des rapports entre l’État de droit et le couple justice/police. Patrick Ackermann décortique la longue route qui mena au procès des dirigeants de France Télécom/Orange. Christian Mahieux soulève un point particulier : quand les syndicats utilisent la justice contre le syndicalisme.

Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 décrivent ce que fut la police durant ce moment particulier de l’histoire du mouvement ouvrier. Jean-Jacques Gandini, de la Ligue des droits de l’Homme analyse l’histoire d’une ignominie ordinaire au service de l’État, révélé par le procès de Maurice Papon.

Comme toujours, la dimension internationale est présente : Zelmar Michelini nous parle du besoin de vérité et de justice en Amérique latine, après les dictatures de la fin du 20e siècle ; la commission internationale de l’Union syndicale Solidaires mobilise les exemples kurde et zapatiste pour illustrer les alternatives possibles.

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(re)Penser notre syndicalisme

Le guide de conversation pour survivre aux fêtes de fin d’année

Pour répondre aux idées reçues de tata et Grand-papa même avec un potimarron trop chaud en bouche !

❌ 1. « Il y a trop d’impôts en France ! »

✔️ Réponse : Les impôts ne sont pas trop élevés, ils sont mal répartis.

« Oui, surtout nous. Les super-riches, eux, ils en paient tellement peu que quand ils entendent parler de 2% ils se roulent par terre et menacent de manifester. »

  • En France, le niveau global d’imposition n’a pas explosé ; il est comparable aux autres pays avec un haut niveau de services publics.
  • Le problème, c’est que les impôts pèsent beaucoup sur les classes populaires et moyennes, via la TVA (l’impôt le plus inégalitaire) ou l’impôt sur le revenu qui devient dégressif à un certain niveau
  • Pendant ce temps, l’impôt sur les grandes fortunes et les grandes entreprises a été largement allégé : disparition de l’ISF, baisse continue de l’impôt sur les sociétés et les impôts de production, niches fiscales massives et dispositifs en tout genre qui bénéficient avant tout aux plus riches…

Solidaires revendique :

  • un impôt vraiment progressif,
  • la taxation des très hauts patrimoines,
  • la lutte contre l’évasion fiscale (au moins 80 milliards/an)
  • une revue des niches fiscales
  • le rétablissement de l’ISF

❌ 2. « Si on taxe les riches, ils vont tous partir ! »

✔️ Réponse : Non, et les études l’ont montré.

⇒ “on n’a jamais vu un exode massif de yachts bloquer le périph’ un 31 décembre.”

Les plus riches ne partent pas quand on augmente la fiscalité. Les déménagements fiscaux existent mais concernent une minorité infime.

  • Les raisons sont simples :
    • leurs affaires, leur réseau, leurs actifs sont en France ;
    • les vrais paradis fiscaux n’offrent ni infrastructures, ni marchés comparables.
    • certaines activités ne sont pas délocalisables
  • L’ISF n’a pas provoqué d’exode massif : c’est un mythe très utile aux plus riches… mais un mythe quand même.

❌ 3. « Taxer les entreprises détruit l’emploi ! »

✔️ Réponse : Non. Ce qui détruit l’emploi, ce sont les choix patronaux et la recherche du profit à tout prix.

⇒ “Pour l’instant, on leur a donné des milliards… et en échange elles ont imprimé des pin’s”

Les baisses d’impôts et de cotisations (CICE, exonérations, baisses d’IS) ont coûté des centaines de milliards, pour très peu d’emplois créés.

  • Les entreprises embauchent quand :
    • il y a de la demande,
    • la population consomme,
    • les services publics fonctionnent.
  • La fiscalité sert précisément à financer ces conditions.

Solidaires défend une fiscalité qui finance les services publics et la bifurcation écologique, pas les profits privés.

❌ 4. « Les licenciements, c’est parce que les entreprises font faillite. »

✔️ Réponse : Pas dans l’immense majorité des cas.

⇒ “Comme par exemple Michelin, 1,9 milliard d’euros de bénéfices et 1 254 suppressions d’emplois.”

  • Aujourd’hui, la majorité des grands licenciements se font dans des entreprises… qui font des profits et versent des dividendes.
  • C’est ce qu’on appelle les « licenciements boursiers » : une entreprise rentable licencie pour augmenter ses marges ou « rassurer » les actionnaires.
  • Les faillites réelles existent, mais elles ne représentent qu’une partie minoritaire des pertes d’emploi. Sans compter les groupes qui organisent la faillite d’une filiale alors que le groupe est bénéficiaire.

Solidaires revendique l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui font des bénéfices et un droit de veto des CSE sur les licenciements.

❌ 5. « Abroger la réforme des retraites, maintenant qu’elle est passée, c’est impossible. »

✔️ Réponse : Ce que la loi fait, la loi peut le défaire.

⇒ “Une loi, ça s’abroge. C’est plus facile à retirer que la tâche de sauce que tu viens de faire sur la nappe.”

  • L’histoire sociale française est pleine de réformes abrogées ou remplacées.
  • Rien n’empêche un gouvernement ou une majorité parlementaire de revenir à 62 ans, voire mieux.
  • Le financement existe :
    • hausse de cotisations patronales,
    • fin des exonérations inefficaces,
    • taxation des dividendes,
    • égalité salariale femmes/hommes

Solidaires revendique l’abrogation de la réforme de 2023 et le retour au 62 ans comme première étape pour un retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités.

❌ 6. « La retraite à 60 ans ? Impossible ! »

✔️ Réponse : Elle est largement finançable.

⇒ “ Impossible ? Comme faire un repas de famille sans embrouille ? Non… juste une question de volonté.”

  • La productivité a explosé depuis les années 1980 : on produit plus avec moins de travail humain. C’est donc normal de travailler moins longtemps.
  • Le retour à 60 ans est finançable par des choix politiques :
    • meilleure répartition des richesses,
    • hausse des salaires (donc des cotisations),
    • taxation du capital,
    • égalité salariale femmes/hommes.
  • C’est aussi un enjeu de santé : l’espérance de vie en bonne santé stagne, voire recule pour les plus modestes.

Solidaires revendique l’abrogation de la réforme de 2023 et le retour au 62 ans comme première étape pour un retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités.

❌ 7. « Augmenter les salaires coûte trop cher aux entreprises. »

✔️ Réponse : Non : baisser les salaires coûte trop cher à la société.

⇒ “Ce qui coûte cher, ce sont les actionnaires.”

  • Les salaires financent les cotisations sociales,
  • Les profits, eux, explosent :
    • +85 % en dix ans pour les entreprises du CAC40,
    • dividendes record chaque année : 1 750 milliards de dollars dans le monde en 2024 et 98,2 milliards d’euros en France rien que pour les entreprises du CAC40,
  • Revaloriser les salaires permet :
    • d’améliorer la vie des gens
    • de financer les retraites et la Sécu,
  • Ce n’est pas un coût : c’est un investissement collectif.

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, l’indexation automatique de tous les salaires sur l’inflation (échelle mobile des salaires) et un SMIC à 2000 euros net.

❌ 8. « Ce sont les entreprises qui créent la richesse. »

✔️ Réponse : Ce sont les travailleurs et travailleuses qui créent la richesse

⇒ “Bernard Arnault n’a pas dû coudre beaucoup de portefeuilles dans sa vie. Sait-il seulement passer le fil dans l’aiguille ?”

  • Sans travail humain : pas de production, pas de services, pas de valeur.
  • Les entreprises bénéficient de milliards d’aides publiques sans conditions ni contreparties (211 milliards par an selon un rapport du Sénat).
  • Les richesses viennent du travail et doivent être mieux redistribuées.

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, l’indexation automatique de tous les salaires sur l’inflation (échelle mobile des salaires) et un SMIC à 2000 euros net ainsi qu’une limitation de 1 à 4 de l’écart des salaires.

9. “C’est l’assistanat qui nous coûte cher”

✔️ Réponse : Faux. La fraude fiscale coûte plus chère et l’armée est en passe de devenir l’un des premier budget de l’état, loin devant les dépenses pour lutter contre la pauvreté

⇒ “Bernard Arnault il s’est fait tout seul peut-être ?

  • La fraude fiscale, c’est autour de 80 milliards d’euros/an. La fraude sociale est évaluée à 13 milliards dont plus de la moitié provient des entreprises ou patrons qui ne reversent pas des cotisations sociales dues ! Lutter contre la fraude fiscale ça financerait pas mal de RSA ! Le RSA pour une personne seule, c’est 646 euros/mois. Difficile de dire qu’on est “assisté” avec si peu. Par ailleurs, des postes de dépenses qui n’ont rien à voir avec la lutte contre la pauvreté et la précarité ont beaucoup augmenté ces dernières années, en particulier l’armée, dont le budget devrait atteindre 57 milliards par an, soit quasiment le même niveau que toute l’éducation nationale).
  • Sur les 9 à 10 millions de personnes pauvres en France, beaucoup sont des femmes, précarisées et discriminées économiquement tout au long de leur vie (au minimum vieillesse par exemple)
  • Ce qui coûte cher, c’est de ne pas lutter contre la pauvreté : un récent rapport du collectif Alerte estime que ne pas lutter contre la pauvreté coûterait 119 milliards d’euros au pays (puisque cela coûte des “points de PIB”)
  • Ce qui a augmenté, ce sont les inégalités de revenus et de patrimoine. Le taux de pauvreté a beaucoup augmenté en France ces dernières années, pour atteindre 15,4 % de la population aujourd’hui (soit presque 10 millions de personnes). Pendant ce temps, les 10 % des Français·es les plus fortuné·es détenaient près de la moitié de la masse totale du patrimoine brut dans le pays
  • Le discours sur l’assistanat, c’est le fond de commerce du RN et des racistes.
  • le patronat est assisté avec 211 milliards d’aide publiques données sans contrepartie ni contrôle : le premier budget de l’État

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, le RSA dès 18 ans, des indemnités chômage au SMIC, le droit au salaire, au logement et aux prestations sociales pour toutes et tous.

❌ 10. « L’extrême droite défend les classes populaires. »

✔️ Réponse : Faux

En vrai :

  • L’extrême droite parle “social”, mais vote contre les mesures sociales dès qu’elle en a l’occasion :
    ➡️ contre l’augmentation du SMIC,
    ➡️ contre le gel des loyers
    ➡️ contre la taxation des plus riches.
  • Son projet économique protège surtout :
    • les grandes fortunes,
    • les héritages,
    • le patronat
  • Elle ne remet jamais en cause le partage des richesses, mais détourne la colère sociale vers les étrangers et étrangères.
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(re)Penser notre syndicalisme Conditions de travail Informatique

L’IA au travail, une question syndicale

L’intelligence artificielle (IA) percute de plein fouet notre vie quotidienne, mais aussi nos métiers et nos conditions de travail. À l’image d’une pensée magique, les gouvernements, les entreprises et les administrations en font le remède à tout et sont engagés dans une course folle pour son développement.
L’IA est en réalité surtout un objet politique. Pour mieux le comprendre, “nous devons aller au-delà des réseaux de neurones et de la reconnaissance statistique des formes et nous demander ce qui est optimisé, pour qui, et qui décide” comme le propose Kate Crawford dans “Contre atlas de l’intelligence artificielle” . Dès lors, comment se repérer dans le flot d’innovations très rapides et peu transparentes ? Comment et avec qui sont développés les systèmes d’IA qui viennent impacter nos missions de service publics, nos professions ? Quelles conséquences sur nos conditions de travail et le sens même du travail ? Que pouvons-nous faire collectivement et syndicalement ?

L’IA, c’est quoi ?

Loin d’être nouveau, le terme IA existe depuis les années 50. Cependant, dans le grand public, son usage s’est surtout popularisé récemment avec l’émergence des IA génératives, dont ChatGPT est l’exemple le plus connu.

Sans définition universelle qui fasse consensus, l’intelligence artificielle est décrite comme une discipline qui réunit science et technique afin de faire imiter par une machine les capacités cognitives humaines. Le Parlement européen définit l’intelligence artificielle comme tout outil utilisé par une machine capable de “reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité”.

Ces dernières années l’IA et plus largement les outils de science des données se sont très rapidement développés dans tous les domaines (moteur de recherche, enceintes connectées , GPS, appareil photo du smartphone…), le travail ne faisant pas exception.

L’IA est souvent présentée comme une avancée technologique ayant des conséquences positives (médecine…), cependant, dans les milieux professionnels, l’introduction de l’IA est davantage source de transformations des métiers sans que les travailleurs et travailleuses n’y soient jamais associé·es conduisant à une perte de sens du travail et à de nombreux licenciements. Elle reste à ce jour avant tout perçue comme un enjeu de croissance majeur par les multinationales et les gouvernements.

Les questions techniques et politiques que ça pose

Au-delà des promesses de progrès techniques et de transformation sociétale, les systèmes d’IA représentent des risques, notamment celui de véhiculer et exacerber des stéréotypes. Ils reflètent les préjugés existants, introduisent des biais, et renforcent les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, la nationalité, la religion réelle ou supposée, mais aussi les discriminations racistes.

L’apprentissage automatique des IA produit fréquemment des absurdités, mais aussi des erreurs ou hallucinations.

Les données utilisées par les IA proviennent de contenus générés par des humain∙es, qui ne sont pas libres de droit ou qui sont des biens communs numériques comme Wikipedia. La même chose est valable pour les films, images, etc., qui sont pillés sans tenir compte du droit d’auteur.IA

L’IA et ses conséquences sur le travail et l’emploi

Modernité, allègement des tâches, gains de temps, derrière les qualificatifs dithyrambiques des employeurs, ce sont souvent les employé·es qui trinquent. Le déploiement des outils de data-science s’accompagne de suppressions de postes : cela a été le cas dans la société Onclusive, spécialisée dans la veille média, mise en lumière par la lutte syndicale pour sauvegarder les emplois (160 salarié∙es licencié∙es sur un effectif initial de 383). Cela est aussi vrai dans la fonction publique, où l’obtention de fonds pour développer ces projets est conditionnée à des gains de productivité, comprenons des suppressions de postes.

Mais au-delà des suppressions de postes, c’est un véritable déplacement du travail, dans des -logiques néocoloniales, auquel nous assistons : les pays du Nord subissent des suppressions de postes et des restructurations, dans le même temps, les pays du Sud font travailler une main d’œuvre sous-payée, les travailleurs et travailleuses du clic, sous contrats à la tâche, chargé∙es d’entraîner les algorithmes, d’annoter et de corriger les données…

Dans les secteurs où des outils d’IA ont été mis en place, nous constatons :

  • le renforcement d’oppressions comme le racisme ou le sexisme.
    Dans les centres d’appels, les salarié∙es sont écouté∙es non seulement par leurs chef∙fes d’équipe, mais également par des IA qui peuvent les rappeler à l’ordre sur leur ton durant la conversation avec le ou la client·e (suffisamment jovial ou non), les mots utilisés, et leur accent. Plusieurs entreprises qui gèrent des centres d’appels ont aussi racheté des entreprises d’IA générative spécialisées pour changer le ton de la voix ou l’accent. En règle générale, en produisant les réponses les plus probables, les plus attendues, ou en cherchant à « standardiser » les voix et les accents, les IA reproduisent les discours dominants, à commencer par les stéréotypes racistes, sexistes, LGBTphobes, classistes, validistes… L’usage de l’IA dans le domaine professionnel engendre aussi des discriminiations immédiates, comme priver d’un emploi quand elle est utilisée pour le recrutement.
  • l’industrialisation de tâches déjà existantes privilégiant l’aspect quantitatif sur l’aspect qualitatif. Ainsi le logiciel de fabrication de planning de La Poste, Pop IA, confectionne des plannings à tour de bras mais sans tenir compte d’aucun paramètre humain comme la sécurité, la santé… simple fait
  • la surveillance des salarié∙es et des usager∙es. Dans tous les services publics qui délivrent des prestations sociales (Caisses d’allocations familiales, France Travail…), les usager∙es les plus précaires sont ciblé∙es comme de potentiel∙les fraudeur·euses.Le simple fait d’être femme isolée , ou d’être attributare de l’Allocation adulte handicapée augmente le score de risque et la probabilité d’être contrôlé.
  • une perte d’autonomie : aux finances publiques, les agent·es qui programmaient eux-mêmes les contrôles fiscaux en s’appuyant sur leurs connaissances se voient attribuer désormais des listes de sociétés soupçonnées de fraude sélectionnés par IA dans les services centraux ;
  • une surcharge de travail liée au temps passé par l’intelligence humaine des salarié·es à réparer les erreurs de l’IA. Dans le métier de journaliste, les rédacteur·ices sont parfois relégué·es à un simple rôle de relecture ou de correction de textes générés par IA, sans initiative ni créativité, ce qui faisait pourtant le sel de leur métier ;
  • la perte de sens au travail avec l’apparition de nouvelles opérations chronophages et dénuées d’intérêt, l’abandon de certaines tâches, des dépendances à l’outil informatique entraînant parfois la perte de savoirs professionnels et de technicités ou l’impossibilité d’expliquer le résultat trouvé par IA car développé en boîte noire. Un usage important des technologies numériques entraîne aussi un délestage cognitif avec des conséquences sur nos compétences et notre autonomie.

Loin des promesses vantées par les employeurs, le déploiement de l’IA impacte en profondeur les conditions de travail et l’exercice des métiers, des missions de service public. Les effets sont bien réels pour les travailleurs et travailleuses, comme les client·es et usager·es. Face à ces transformations massives du travail, il est indispensable d’agir syndicalement.

A qui profite l’IA ?
Dans le monde capitaliste où nous vivons, les systèmes d’IA reposent sur l’extraction massive de données personnelles pour augmenter les profits d’une poignée d’entreprises, parfois soutenues par des fonds publics. Les acteurs publics, les universités par exemple, n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour développer les modèles les plus avancés, détenir la puissance de calcul, posséder les data centers. Ce sont donc quelques géants de la tech (Meta, Google, Amazon, Alibaba, OpenAI, xAI d’Elon Musk…) qui se partagent le marché et imposent leur domination sans aucun débat démocratique. En utilisant l’IA, on fournit donc un travail gratuit pour entraîner les IA, et ainsi augmenter les profits de ces multinationales aussi puissantes que des États, et en collusion fréquente avec l’extrême droite.

L’IA : une grave menace pour l’environnement

Consommation en eau, énergie, métaux… l’IA accentue gravement l’impact du numérique sur l’environnement. Le coût écologique est colossal mais sous-évalué, en partie parce qu’il est complexe à mesurer, a fortiori lorsque les Big Tech ne jouent pas la transparence sur les données nécessaires aux calculs . En effet, il faut prendre en compte :

  • tous les éléments nécessaires au fonctionnement de l’IA : data centers (centres de données) nécessaires au stockage et au traitement des données, réseaux, terminaux (smartphones, ordinateurs, tablettes) ;
  • les envisager à chaque étape de leur cycle de vie : conception, fabrication, distribution, utilisation et gestion des déchets, sachant que la fabrication génère l’empreinte écologique la plus lourde, notamment parce qu’elle repose sur l’extraction minière.
  • La construction de nombreux data centers peut impliquer l’artificialisation des sols. Ils sont de surcroît très voraces en énergie, qui au niveau mondial dépend aux deux tiers du charbon.

Quelques ordres de grandeur

  • Une requête ChatGPT pourrait représenter au moins 10 fois la consommation électrique d’une recherche sur Google (qui n’est déjà pas neutre !).
  • Une image générée par IA est l’équivalent électrique de la recharge d’un smartphone.
  • D’ici 2030, les choix actuels de construction de data centers à l’échelle mondiale pourraient impliquer des émissions de gaz à effet de serre équivalents aux trois quarts des émissions de CO2 du secteur de l’aviation commerciale civile.

Une contribution croissante au dérèglement climatique

Pour rester dans la course à l’IA de nombreux pays et entreprises reculent sur leurs engagements en matière de neutralité carbone. Certains data centers, dont beaucoup aux États-Unis, ont annoncé recourir au gaz ou au charbon, impliquant de maintenir ouvertes des centrales dont la fermeture avait été annoncée. Google a augmenté de 65 % ses émissions de gaz à effet de serre en 5 ans, Microsoft de 29 % en 4 ans. Quand les entreprises prétendent décarboner la technologie, ce n’est pas mieux : des projets de data centers géants dotés de mini-centrales nucléaires pour les alimenter (Small modular reactors) se multiplient.

En fait, l’IA entraîne une fuite en avant climaticide en raison de ses effets directs (par la consommation d’énergie) et indirects : report des engagements climatiques justifiés par la course à l’IA et diffusion massive du climato-scepticisme par les IA elles-mêmes. Il est en effet très facile de générer du contenu vraisemblable, conspirationniste ou climato-sceptique, avec des IA. Cela augmente drastiquement la quantité de ces discours en circulation, dont se nourrissent ensuite d’autres IA qui captent leur contenu sur Internet.

Une technologie qui repose sur l’extractivisme

Les data centers nécessitent des systèmes de refroidissement importants, qui augmente encore la consommation d’énergie. Certains utilisent de grandes quantités d’eau également. Les data centers et les sources d’énergies utilisées pourraient consommer entre 4,2 et 6,6 milliards de m3 d’eau en 2027, soit une consommation légèrement supérieure à celle d’un pays comme le Danemark, sans compter l’eau utilisée pour fabriquer les composants.

Les ordinateurs, tablettes, smartphones, et plus encore les data centers consomment des quantités exponentielles de métaux. Pour répondre à la demande croissante d’ici à 2050, la quantité utilisée pourrait représenter 3 à 10 fois le volume produit actuellement. Or ces métaux sont extraits de mines dont les impacts pour la santé et l’environnement sont colossaux : expositions pour les travailleur·euses, surconsommation en eau dans des régions déjà touchées par les sécheresses, surconsommation d’énergie, production massive de déchets miniers très toxiques… Les mines sont des zones de sacrifice, que les gouvernement des pays du Nord imposent aux pays des Suds – dont ils accaparent les ressources – ainsi qu’aux territoires où le gouvernement mène une politique de renouveau minier en France.

Rendre des services d’IA entraînera de nouveaux “besoins” en ressources numériques : mémoire et stockage, capacités de traitement des ordinateurs et smartphones. Cela risque d’augmenter l’impact environnemental de ces objets, tant lors de leur production que de leur usage. Il faudra aussi les renouveler de façon anticipée pour pouvoir utiliser les IA. On peut prévoir le déploiement de nouveaux terminaux spécialement conçus pour l’IA, avec leurs propres effets environnementplanete-2.original


Nos réponses syndicales pour freiner l’emballement autour de l’IA

Solidaires soutient une position technocritique : ni technophobe par principe, ni techno-solutionniste. Autrement dit : nous considérons qu’aucune technique ne peut constituer une réponse miracle aux crises sociales et environnementales engendrées par le capitalisme. Surtout pas une technologie aussi vorace en eau, énergie et métaux que l’IA, et qui aggrave les inégalités sociales et les oppressions systémiques.

Solidaires actif face aux directions :

Face au développement des projets d’IA dans nos secteurs professionnels, l’Union Solidaires et toutes ses structures sont aux côtés des salarié·es pour lutter contre le déploiement, imposé par les entreprises et les administrations, d’outils souvent peu respectueux des missions et des conditions de travail des personnels. Les dernières décisions juridictionnelles commencent à forger une jurisprudence obligeant les employeurs du privé à informer les syndicats de la mise en place d’un projet d’IA impactant les missions et les conditions de travail. Cette absence de consultation peut conduire le juge à demander le retrait de la technologie concernée. Dans la fonction publique, nous exigeons également le financement d’études d’impact d’IA sur les conditions de travail.

Nous revendiquons l’inscription de l’IA dans l’évaluation des risques professionnels et le financement d’études d’impacts, compte tenu de ses conséquences sur la santé des travailleur·euses.

Vous retrouverez sur les sites de Solidaires et de l’ensemble des structures du matériel détaillant l’arrivée d’IA dans les sphères professionnelles et leur impact sur le travail et notre vie quotidienne.

Solidaires combat les suppressions d’emplois

Les camarades de Solidaires Informatique se sont pleinement mobilisé∙es lorsque la société Onclusive fut l’une des premières à subir massivement des suppressions d’emplois du fait de l’arrivée de l’IA dans leur secteur professionnel. Dans la fonction publique, nous dénonçons les suppressions de postes conséquentes aux déploiement des outils d’IA. La défense de l’emploi et des travailleur·euses est centrale pour Solidaires.

Solidaires débat et s’organise !

Notre organisation syndicale a été l’une des premières à organiser un cycle de débats pour former aux dangers liés à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la sphère professionnelle, mais également sur ses dimensions liberticides, écocidaires et discriminatoires. Ces journées de débats ont mobilisé des camarades journalistes, informaticien·nes, postier·es, agent·es des finances publiques, traducteur·ices… Ils ont été enrichis par les contributions de sociologues, de membres de la Quadrature du Net, de juristes et de militant·es engagé·es contre les dérives d’une société entièrement numérisée. Par ailleurs, Solidaires organise régulièrement des espaces de débat dans ses locaux et sur sa chaîne Twitch, sur l’arrivée de l’IA.

Notre Union est engagée avec d’autres associations, collectifs ou syndicats dans la coalition Hiatus. Cette dernière entend résister au déploiement massif et généralisé de l’IA. Hiatus dénonce ainsi l’inféodation des politiques publiques aux intérêts de la tech, ainsi que les coûts humains et environnementaux de l’IA. Elle porte la revendication d’un moratoire sur les gros data centers.

Solidaires lutte contre l’opacité

Face au manque de transparence, nous mobilisons différents canaux pour obtenir de l’information et notamment tout ce qui a trait à la protection des données via le Règlement Général de la protection des données (AIPD (Analyse d’impacts à la protection des données), délibération de la Commission Nationale Informatique et Libertés, saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs…).

Lutter contre le déploiement capitaliste de ces outils ne se fera pas sans prise de conscience des enjeux de domination, de recherche du profit au mépris des conditions de travail, d’ultra-surveillance des populations, de la destruction environnementale et de réduction des libertés publiques. Aussi, et de toutes les façons possibles, y compris par la grève, notre union syndicale, aux côtés des salarié-es, des agents et des agentes continuera à se mobiliser.

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(re)Penser notre syndicalisme Conditions de travail

Mangeons les riches

Dans Expressions Solidaires : N°113

L’immense majorité de la population peine à boucler les fins de mois, et 35 % des personnes déclarent ne plus faire trois repas par jour. Dans le même temps, les milliardaires s’empiffrent, voyant leurs fortunes s’envoler à des niveaux indécents.

La phrase de Rousseau n’était peut-être pas si saugrenue ? une prophétie ? : “Quand le peuple n’aura plus rien à manger, il mangera le riche.” Car le choix est simple : manger les riches… ou mourir à petit feu !

Et eux que nous serinent-ils avec le patronat dans la presse et sur les plateaux TV ? Qu’on veut trop les taxer ! Qu’ils ont « peur » !

Peur de quoi ? De voir le fruit de notre travail enfin redistribué ? Leur seule véritable inquiétude est que nous nous organisions, que nous nous levions pour aller chercher notre dû ! Les voir paniquer nous conforte dans nos exigences, claires et non négociables :

  • Abrogation immédiate de la réforme des retraites de 2023 : hors de question de travailler plus longtemps pour enrichir les actionnaires !
  • Augmentation générale des salaires et des minima sociaux pour garantir une vie digne pour toutes et tous.
  • De l’argent, et vite, pour nos services publics ! Pour la Sécurité Sociale, l’Hôpital, l’École…

Cessons de sacrifier nos vies pour leur profit !

Le combat est global. Il faut stopper la machine qui fabrique les inégalités et l’oppression. Nous devons nous mobiliser sans relâche contre le capitalisme, qui nous exploite et pille la planète, mais aussi contre le racisme, le patriarcat et toutes les discriminations qui divisent notre camp social.

Nous serons dans la rue le 2 décembre pour nos salaires, le 18 décembre pour la Journée internationale des migrant·es. Nous serons en grève le 8 mars pour les droits des femmes. Nous serons là, à chaque appel, pour faire front.

Pas d’économies sur nos vies !

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