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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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Mardi 27 janvier : accueil syndical spécial Palestine

Lors de l’accueil Solidaires du 27 janvier nous organiserons un débat d’actualité sur la Palestine / Que faire sur le Mantois et ses environs pour soutenir les droits des palestiniennes et des palestiniens?

Avec la présence de militantes et de militants de Solidaires, d’associations ou de collectifs locaux agissant dans cette optique. Nous vous espérons nombreuses et nombreux pour en débattre.

Entrée libre et gratuite, entre 17 et 19 h, librairie La Nouvelle Réserve Limay

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(re)Penser notre syndicalisme antifascisme antimilitarisme Défense de nos libertés Violences policières

Les Utopiques numéro 30 : Quelle justice ? Quelle police ?

Les violences policières et leur caractère systémique, un syndicalisme policier majoritairement marqué à l’extrême droite et prompt à la pression sur le pouvoir, ce numéro n’oubliera pas de s’y attacher. Mais il cherchera aussi à se pencher à ce que sont les missions de la police et ce que le syndicalisme peut avoir à en dire aujourd’hui, notamment au travers de son histoire.

Parallèle presque évident, la même question vaut pour la justice. Les forces réactionnaires l’opposent à l’«efficacité» de la police et on a vu, à l’occasion de l’incroyable épisode de la condamnation de Marine Le Pen, ressortir le fantasme des « juges rouges ». Là encore, la tension est vive entre une justice qui défend aussi l’ordre de classe de la société, tout en restant parfois un recours pour celles et ceux d’en bas face aux puissants. De la même façon, au prisme du genre et des discriminations raciales, police et justice doivent être interrogées radicalement.

Thiery Tintoni décrit le paysage syndical policier. Christian Chevandier, auteur notamment de Policiers dans la ville : une histoire des gardiens de la paix, revient sur l’histoire de ce corps professionnel, son travail réel. L’association des Ami·es de Maurice Rajsfus nous offre un texte de celui qui fut un écrivain prolifique à propos de la police. Omar Slaouti revient sur les violences policières et se demande : quelles revendications face à ces situations ? Gérard Gourguechon raconte les années 1980, quand la Fédération autonome des syndicats de police participait aux débuts du Groupe des 10, ancêtre de l’Union syndicale Solidaires. Autre retour historique avec Thierry Tintoni qui brosse le portrait de la CFDT Police de l’après-68.

Gaelle Differ et Gwenola Ricordeau, autrice de Pour elles toutes : femmes contre la prison, discutent des rapports entre système pénal et féminisme. Antoine Le Scolan, du Syndicat des avocats de France traite des rapports entre l’État de droit et le couple justice/police. Patrick Ackermann décortique la longue route qui mena au procès des dirigeants de France Télécom/Orange. Christian Mahieux soulève un point particulier : quand les syndicats utilisent la justice contre le syndicalisme.

Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 décrivent ce que fut la police durant ce moment particulier de l’histoire du mouvement ouvrier. Jean-Jacques Gandini, de la Ligue des droits de l’Homme analyse l’histoire d’une ignominie ordinaire au service de l’État, révélé par le procès de Maurice Papon.

Comme toujours, la dimension internationale est présente : Zelmar Michelini nous parle du besoin de vérité et de justice en Amérique latine, après les dictatures de la fin du 20e siècle ; la commission internationale de l’Union syndicale Solidaires mobilise les exemples kurde et zapatiste pour illustrer les alternatives possibles.

Pour commander le numéro ou s’abonner à la revue :

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(re)Penser notre syndicalisme

Le guide de conversation pour survivre aux fêtes de fin d’année

Pour répondre aux idées reçues de tata et Grand-papa même avec un potimarron trop chaud en bouche !

❌ 1. « Il y a trop d’impôts en France ! »

✔️ Réponse : Les impôts ne sont pas trop élevés, ils sont mal répartis.

« Oui, surtout nous. Les super-riches, eux, ils en paient tellement peu que quand ils entendent parler de 2% ils se roulent par terre et menacent de manifester. »

  • En France, le niveau global d’imposition n’a pas explosé ; il est comparable aux autres pays avec un haut niveau de services publics.
  • Le problème, c’est que les impôts pèsent beaucoup sur les classes populaires et moyennes, via la TVA (l’impôt le plus inégalitaire) ou l’impôt sur le revenu qui devient dégressif à un certain niveau
  • Pendant ce temps, l’impôt sur les grandes fortunes et les grandes entreprises a été largement allégé : disparition de l’ISF, baisse continue de l’impôt sur les sociétés et les impôts de production, niches fiscales massives et dispositifs en tout genre qui bénéficient avant tout aux plus riches…

Solidaires revendique :

  • un impôt vraiment progressif,
  • la taxation des très hauts patrimoines,
  • la lutte contre l’évasion fiscale (au moins 80 milliards/an)
  • une revue des niches fiscales
  • le rétablissement de l’ISF

❌ 2. « Si on taxe les riches, ils vont tous partir ! »

✔️ Réponse : Non, et les études l’ont montré.

⇒ “on n’a jamais vu un exode massif de yachts bloquer le périph’ un 31 décembre.”

Les plus riches ne partent pas quand on augmente la fiscalité. Les déménagements fiscaux existent mais concernent une minorité infime.

  • Les raisons sont simples :
    • leurs affaires, leur réseau, leurs actifs sont en France ;
    • les vrais paradis fiscaux n’offrent ni infrastructures, ni marchés comparables.
    • certaines activités ne sont pas délocalisables
  • L’ISF n’a pas provoqué d’exode massif : c’est un mythe très utile aux plus riches… mais un mythe quand même.

❌ 3. « Taxer les entreprises détruit l’emploi ! »

✔️ Réponse : Non. Ce qui détruit l’emploi, ce sont les choix patronaux et la recherche du profit à tout prix.

⇒ “Pour l’instant, on leur a donné des milliards… et en échange elles ont imprimé des pin’s”

Les baisses d’impôts et de cotisations (CICE, exonérations, baisses d’IS) ont coûté des centaines de milliards, pour très peu d’emplois créés.

  • Les entreprises embauchent quand :
    • il y a de la demande,
    • la population consomme,
    • les services publics fonctionnent.
  • La fiscalité sert précisément à financer ces conditions.

Solidaires défend une fiscalité qui finance les services publics et la bifurcation écologique, pas les profits privés.

❌ 4. « Les licenciements, c’est parce que les entreprises font faillite. »

✔️ Réponse : Pas dans l’immense majorité des cas.

⇒ “Comme par exemple Michelin, 1,9 milliard d’euros de bénéfices et 1 254 suppressions d’emplois.”

  • Aujourd’hui, la majorité des grands licenciements se font dans des entreprises… qui font des profits et versent des dividendes.
  • C’est ce qu’on appelle les « licenciements boursiers » : une entreprise rentable licencie pour augmenter ses marges ou « rassurer » les actionnaires.
  • Les faillites réelles existent, mais elles ne représentent qu’une partie minoritaire des pertes d’emploi. Sans compter les groupes qui organisent la faillite d’une filiale alors que le groupe est bénéficiaire.

Solidaires revendique l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui font des bénéfices et un droit de veto des CSE sur les licenciements.

❌ 5. « Abroger la réforme des retraites, maintenant qu’elle est passée, c’est impossible. »

✔️ Réponse : Ce que la loi fait, la loi peut le défaire.

⇒ “Une loi, ça s’abroge. C’est plus facile à retirer que la tâche de sauce que tu viens de faire sur la nappe.”

  • L’histoire sociale française est pleine de réformes abrogées ou remplacées.
  • Rien n’empêche un gouvernement ou une majorité parlementaire de revenir à 62 ans, voire mieux.
  • Le financement existe :
    • hausse de cotisations patronales,
    • fin des exonérations inefficaces,
    • taxation des dividendes,
    • égalité salariale femmes/hommes

Solidaires revendique l’abrogation de la réforme de 2023 et le retour au 62 ans comme première étape pour un retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités.

❌ 6. « La retraite à 60 ans ? Impossible ! »

✔️ Réponse : Elle est largement finançable.

⇒ “ Impossible ? Comme faire un repas de famille sans embrouille ? Non… juste une question de volonté.”

  • La productivité a explosé depuis les années 1980 : on produit plus avec moins de travail humain. C’est donc normal de travailler moins longtemps.
  • Le retour à 60 ans est finançable par des choix politiques :
    • meilleure répartition des richesses,
    • hausse des salaires (donc des cotisations),
    • taxation du capital,
    • égalité salariale femmes/hommes.
  • C’est aussi un enjeu de santé : l’espérance de vie en bonne santé stagne, voire recule pour les plus modestes.

Solidaires revendique l’abrogation de la réforme de 2023 et le retour au 62 ans comme première étape pour un retour à la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités.

❌ 7. « Augmenter les salaires coûte trop cher aux entreprises. »

✔️ Réponse : Non : baisser les salaires coûte trop cher à la société.

⇒ “Ce qui coûte cher, ce sont les actionnaires.”

  • Les salaires financent les cotisations sociales,
  • Les profits, eux, explosent :
    • +85 % en dix ans pour les entreprises du CAC40,
    • dividendes record chaque année : 1 750 milliards de dollars dans le monde en 2024 et 98,2 milliards d’euros en France rien que pour les entreprises du CAC40,
  • Revaloriser les salaires permet :
    • d’améliorer la vie des gens
    • de financer les retraites et la Sécu,
  • Ce n’est pas un coût : c’est un investissement collectif.

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, l’indexation automatique de tous les salaires sur l’inflation (échelle mobile des salaires) et un SMIC à 2000 euros net.

❌ 8. « Ce sont les entreprises qui créent la richesse. »

✔️ Réponse : Ce sont les travailleurs et travailleuses qui créent la richesse

⇒ “Bernard Arnault n’a pas dû coudre beaucoup de portefeuilles dans sa vie. Sait-il seulement passer le fil dans l’aiguille ?”

  • Sans travail humain : pas de production, pas de services, pas de valeur.
  • Les entreprises bénéficient de milliards d’aides publiques sans conditions ni contreparties (211 milliards par an selon un rapport du Sénat).
  • Les richesses viennent du travail et doivent être mieux redistribuées.

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, l’indexation automatique de tous les salaires sur l’inflation (échelle mobile des salaires) et un SMIC à 2000 euros net ainsi qu’une limitation de 1 à 4 de l’écart des salaires.

9. “C’est l’assistanat qui nous coûte cher”

✔️ Réponse : Faux. La fraude fiscale coûte plus chère et l’armée est en passe de devenir l’un des premier budget de l’état, loin devant les dépenses pour lutter contre la pauvreté

⇒ “Bernard Arnault il s’est fait tout seul peut-être ?

  • La fraude fiscale, c’est autour de 80 milliards d’euros/an. La fraude sociale est évaluée à 13 milliards dont plus de la moitié provient des entreprises ou patrons qui ne reversent pas des cotisations sociales dues ! Lutter contre la fraude fiscale ça financerait pas mal de RSA ! Le RSA pour une personne seule, c’est 646 euros/mois. Difficile de dire qu’on est “assisté” avec si peu. Par ailleurs, des postes de dépenses qui n’ont rien à voir avec la lutte contre la pauvreté et la précarité ont beaucoup augmenté ces dernières années, en particulier l’armée, dont le budget devrait atteindre 57 milliards par an, soit quasiment le même niveau que toute l’éducation nationale).
  • Sur les 9 à 10 millions de personnes pauvres en France, beaucoup sont des femmes, précarisées et discriminées économiquement tout au long de leur vie (au minimum vieillesse par exemple)
  • Ce qui coûte cher, c’est de ne pas lutter contre la pauvreté : un récent rapport du collectif Alerte estime que ne pas lutter contre la pauvreté coûterait 119 milliards d’euros au pays (puisque cela coûte des “points de PIB”)
  • Ce qui a augmenté, ce sont les inégalités de revenus et de patrimoine. Le taux de pauvreté a beaucoup augmenté en France ces dernières années, pour atteindre 15,4 % de la population aujourd’hui (soit presque 10 millions de personnes). Pendant ce temps, les 10 % des Français·es les plus fortuné·es détenaient près de la moitié de la masse totale du patrimoine brut dans le pays
  • Le discours sur l’assistanat, c’est le fond de commerce du RN et des racistes.
  • le patronat est assisté avec 211 milliards d’aide publiques données sans contrepartie ni contrôle : le premier budget de l’État

Solidaires revendique +400 euros pour toutes et tous, le RSA dès 18 ans, des indemnités chômage au SMIC, le droit au salaire, au logement et aux prestations sociales pour toutes et tous.

❌ 10. « L’extrême droite défend les classes populaires. »

✔️ Réponse : Faux

En vrai :

  • L’extrême droite parle “social”, mais vote contre les mesures sociales dès qu’elle en a l’occasion :
    ➡️ contre l’augmentation du SMIC,
    ➡️ contre le gel des loyers
    ➡️ contre la taxation des plus riches.
  • Son projet économique protège surtout :
    • les grandes fortunes,
    • les héritages,
    • le patronat
  • Elle ne remet jamais en cause le partage des richesses, mais détourne la colère sociale vers les étrangers et étrangères.
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(re)Penser notre syndicalisme Conditions de travail Informatique

L’IA au travail, une question syndicale

L’intelligence artificielle (IA) percute de plein fouet notre vie quotidienne, mais aussi nos métiers et nos conditions de travail. À l’image d’une pensée magique, les gouvernements, les entreprises et les administrations en font le remède à tout et sont engagés dans une course folle pour son développement.
L’IA est en réalité surtout un objet politique. Pour mieux le comprendre, “nous devons aller au-delà des réseaux de neurones et de la reconnaissance statistique des formes et nous demander ce qui est optimisé, pour qui, et qui décide” comme le propose Kate Crawford dans “Contre atlas de l’intelligence artificielle” . Dès lors, comment se repérer dans le flot d’innovations très rapides et peu transparentes ? Comment et avec qui sont développés les systèmes d’IA qui viennent impacter nos missions de service publics, nos professions ? Quelles conséquences sur nos conditions de travail et le sens même du travail ? Que pouvons-nous faire collectivement et syndicalement ?

L’IA, c’est quoi ?

Loin d’être nouveau, le terme IA existe depuis les années 50. Cependant, dans le grand public, son usage s’est surtout popularisé récemment avec l’émergence des IA génératives, dont ChatGPT est l’exemple le plus connu.

Sans définition universelle qui fasse consensus, l’intelligence artificielle est décrite comme une discipline qui réunit science et technique afin de faire imiter par une machine les capacités cognitives humaines. Le Parlement européen définit l’intelligence artificielle comme tout outil utilisé par une machine capable de “reproduire des comportements liés aux humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité”.

Ces dernières années l’IA et plus largement les outils de science des données se sont très rapidement développés dans tous les domaines (moteur de recherche, enceintes connectées , GPS, appareil photo du smartphone…), le travail ne faisant pas exception.

L’IA est souvent présentée comme une avancée technologique ayant des conséquences positives (médecine…), cependant, dans les milieux professionnels, l’introduction de l’IA est davantage source de transformations des métiers sans que les travailleurs et travailleuses n’y soient jamais associé·es conduisant à une perte de sens du travail et à de nombreux licenciements. Elle reste à ce jour avant tout perçue comme un enjeu de croissance majeur par les multinationales et les gouvernements.

Les questions techniques et politiques que ça pose

Au-delà des promesses de progrès techniques et de transformation sociétale, les systèmes d’IA représentent des risques, notamment celui de véhiculer et exacerber des stéréotypes. Ils reflètent les préjugés existants, introduisent des biais, et renforcent les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, au handicap, à l’âge, la nationalité, la religion réelle ou supposée, mais aussi les discriminations racistes.

L’apprentissage automatique des IA produit fréquemment des absurdités, mais aussi des erreurs ou hallucinations.

Les données utilisées par les IA proviennent de contenus générés par des humain∙es, qui ne sont pas libres de droit ou qui sont des biens communs numériques comme Wikipedia. La même chose est valable pour les films, images, etc., qui sont pillés sans tenir compte du droit d’auteur.IA

L’IA et ses conséquences sur le travail et l’emploi

Modernité, allègement des tâches, gains de temps, derrière les qualificatifs dithyrambiques des employeurs, ce sont souvent les employé·es qui trinquent. Le déploiement des outils de data-science s’accompagne de suppressions de postes : cela a été le cas dans la société Onclusive, spécialisée dans la veille média, mise en lumière par la lutte syndicale pour sauvegarder les emplois (160 salarié∙es licencié∙es sur un effectif initial de 383). Cela est aussi vrai dans la fonction publique, où l’obtention de fonds pour développer ces projets est conditionnée à des gains de productivité, comprenons des suppressions de postes.

Mais au-delà des suppressions de postes, c’est un véritable déplacement du travail, dans des -logiques néocoloniales, auquel nous assistons : les pays du Nord subissent des suppressions de postes et des restructurations, dans le même temps, les pays du Sud font travailler une main d’œuvre sous-payée, les travailleurs et travailleuses du clic, sous contrats à la tâche, chargé∙es d’entraîner les algorithmes, d’annoter et de corriger les données…

Dans les secteurs où des outils d’IA ont été mis en place, nous constatons :

  • le renforcement d’oppressions comme le racisme ou le sexisme.
    Dans les centres d’appels, les salarié∙es sont écouté∙es non seulement par leurs chef∙fes d’équipe, mais également par des IA qui peuvent les rappeler à l’ordre sur leur ton durant la conversation avec le ou la client·e (suffisamment jovial ou non), les mots utilisés, et leur accent. Plusieurs entreprises qui gèrent des centres d’appels ont aussi racheté des entreprises d’IA générative spécialisées pour changer le ton de la voix ou l’accent. En règle générale, en produisant les réponses les plus probables, les plus attendues, ou en cherchant à « standardiser » les voix et les accents, les IA reproduisent les discours dominants, à commencer par les stéréotypes racistes, sexistes, LGBTphobes, classistes, validistes… L’usage de l’IA dans le domaine professionnel engendre aussi des discriminiations immédiates, comme priver d’un emploi quand elle est utilisée pour le recrutement.
  • l’industrialisation de tâches déjà existantes privilégiant l’aspect quantitatif sur l’aspect qualitatif. Ainsi le logiciel de fabrication de planning de La Poste, Pop IA, confectionne des plannings à tour de bras mais sans tenir compte d’aucun paramètre humain comme la sécurité, la santé… simple fait
  • la surveillance des salarié∙es et des usager∙es. Dans tous les services publics qui délivrent des prestations sociales (Caisses d’allocations familiales, France Travail…), les usager∙es les plus précaires sont ciblé∙es comme de potentiel∙les fraudeur·euses.Le simple fait d’être femme isolée , ou d’être attributare de l’Allocation adulte handicapée augmente le score de risque et la probabilité d’être contrôlé.
  • une perte d’autonomie : aux finances publiques, les agent·es qui programmaient eux-mêmes les contrôles fiscaux en s’appuyant sur leurs connaissances se voient attribuer désormais des listes de sociétés soupçonnées de fraude sélectionnés par IA dans les services centraux ;
  • une surcharge de travail liée au temps passé par l’intelligence humaine des salarié·es à réparer les erreurs de l’IA. Dans le métier de journaliste, les rédacteur·ices sont parfois relégué·es à un simple rôle de relecture ou de correction de textes générés par IA, sans initiative ni créativité, ce qui faisait pourtant le sel de leur métier ;
  • la perte de sens au travail avec l’apparition de nouvelles opérations chronophages et dénuées d’intérêt, l’abandon de certaines tâches, des dépendances à l’outil informatique entraînant parfois la perte de savoirs professionnels et de technicités ou l’impossibilité d’expliquer le résultat trouvé par IA car développé en boîte noire. Un usage important des technologies numériques entraîne aussi un délestage cognitif avec des conséquences sur nos compétences et notre autonomie.

Loin des promesses vantées par les employeurs, le déploiement de l’IA impacte en profondeur les conditions de travail et l’exercice des métiers, des missions de service public. Les effets sont bien réels pour les travailleurs et travailleuses, comme les client·es et usager·es. Face à ces transformations massives du travail, il est indispensable d’agir syndicalement.

A qui profite l’IA ?
Dans le monde capitaliste où nous vivons, les systèmes d’IA reposent sur l’extraction massive de données personnelles pour augmenter les profits d’une poignée d’entreprises, parfois soutenues par des fonds publics. Les acteurs publics, les universités par exemple, n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour développer les modèles les plus avancés, détenir la puissance de calcul, posséder les data centers. Ce sont donc quelques géants de la tech (Meta, Google, Amazon, Alibaba, OpenAI, xAI d’Elon Musk…) qui se partagent le marché et imposent leur domination sans aucun débat démocratique. En utilisant l’IA, on fournit donc un travail gratuit pour entraîner les IA, et ainsi augmenter les profits de ces multinationales aussi puissantes que des États, et en collusion fréquente avec l’extrême droite.

L’IA : une grave menace pour l’environnement

Consommation en eau, énergie, métaux… l’IA accentue gravement l’impact du numérique sur l’environnement. Le coût écologique est colossal mais sous-évalué, en partie parce qu’il est complexe à mesurer, a fortiori lorsque les Big Tech ne jouent pas la transparence sur les données nécessaires aux calculs . En effet, il faut prendre en compte :

  • tous les éléments nécessaires au fonctionnement de l’IA : data centers (centres de données) nécessaires au stockage et au traitement des données, réseaux, terminaux (smartphones, ordinateurs, tablettes) ;
  • les envisager à chaque étape de leur cycle de vie : conception, fabrication, distribution, utilisation et gestion des déchets, sachant que la fabrication génère l’empreinte écologique la plus lourde, notamment parce qu’elle repose sur l’extraction minière.
  • La construction de nombreux data centers peut impliquer l’artificialisation des sols. Ils sont de surcroît très voraces en énergie, qui au niveau mondial dépend aux deux tiers du charbon.

Quelques ordres de grandeur

  • Une requête ChatGPT pourrait représenter au moins 10 fois la consommation électrique d’une recherche sur Google (qui n’est déjà pas neutre !).
  • Une image générée par IA est l’équivalent électrique de la recharge d’un smartphone.
  • D’ici 2030, les choix actuels de construction de data centers à l’échelle mondiale pourraient impliquer des émissions de gaz à effet de serre équivalents aux trois quarts des émissions de CO2 du secteur de l’aviation commerciale civile.

Une contribution croissante au dérèglement climatique

Pour rester dans la course à l’IA de nombreux pays et entreprises reculent sur leurs engagements en matière de neutralité carbone. Certains data centers, dont beaucoup aux États-Unis, ont annoncé recourir au gaz ou au charbon, impliquant de maintenir ouvertes des centrales dont la fermeture avait été annoncée. Google a augmenté de 65 % ses émissions de gaz à effet de serre en 5 ans, Microsoft de 29 % en 4 ans. Quand les entreprises prétendent décarboner la technologie, ce n’est pas mieux : des projets de data centers géants dotés de mini-centrales nucléaires pour les alimenter (Small modular reactors) se multiplient.

En fait, l’IA entraîne une fuite en avant climaticide en raison de ses effets directs (par la consommation d’énergie) et indirects : report des engagements climatiques justifiés par la course à l’IA et diffusion massive du climato-scepticisme par les IA elles-mêmes. Il est en effet très facile de générer du contenu vraisemblable, conspirationniste ou climato-sceptique, avec des IA. Cela augmente drastiquement la quantité de ces discours en circulation, dont se nourrissent ensuite d’autres IA qui captent leur contenu sur Internet.

Une technologie qui repose sur l’extractivisme

Les data centers nécessitent des systèmes de refroidissement importants, qui augmente encore la consommation d’énergie. Certains utilisent de grandes quantités d’eau également. Les data centers et les sources d’énergies utilisées pourraient consommer entre 4,2 et 6,6 milliards de m3 d’eau en 2027, soit une consommation légèrement supérieure à celle d’un pays comme le Danemark, sans compter l’eau utilisée pour fabriquer les composants.

Les ordinateurs, tablettes, smartphones, et plus encore les data centers consomment des quantités exponentielles de métaux. Pour répondre à la demande croissante d’ici à 2050, la quantité utilisée pourrait représenter 3 à 10 fois le volume produit actuellement. Or ces métaux sont extraits de mines dont les impacts pour la santé et l’environnement sont colossaux : expositions pour les travailleur·euses, surconsommation en eau dans des régions déjà touchées par les sécheresses, surconsommation d’énergie, production massive de déchets miniers très toxiques… Les mines sont des zones de sacrifice, que les gouvernement des pays du Nord imposent aux pays des Suds – dont ils accaparent les ressources – ainsi qu’aux territoires où le gouvernement mène une politique de renouveau minier en France.

Rendre des services d’IA entraînera de nouveaux “besoins” en ressources numériques : mémoire et stockage, capacités de traitement des ordinateurs et smartphones. Cela risque d’augmenter l’impact environnemental de ces objets, tant lors de leur production que de leur usage. Il faudra aussi les renouveler de façon anticipée pour pouvoir utiliser les IA. On peut prévoir le déploiement de nouveaux terminaux spécialement conçus pour l’IA, avec leurs propres effets environnementplanete-2.original


Nos réponses syndicales pour freiner l’emballement autour de l’IA

Solidaires soutient une position technocritique : ni technophobe par principe, ni techno-solutionniste. Autrement dit : nous considérons qu’aucune technique ne peut constituer une réponse miracle aux crises sociales et environnementales engendrées par le capitalisme. Surtout pas une technologie aussi vorace en eau, énergie et métaux que l’IA, et qui aggrave les inégalités sociales et les oppressions systémiques.

Solidaires actif face aux directions :

Face au développement des projets d’IA dans nos secteurs professionnels, l’Union Solidaires et toutes ses structures sont aux côtés des salarié·es pour lutter contre le déploiement, imposé par les entreprises et les administrations, d’outils souvent peu respectueux des missions et des conditions de travail des personnels. Les dernières décisions juridictionnelles commencent à forger une jurisprudence obligeant les employeurs du privé à informer les syndicats de la mise en place d’un projet d’IA impactant les missions et les conditions de travail. Cette absence de consultation peut conduire le juge à demander le retrait de la technologie concernée. Dans la fonction publique, nous exigeons également le financement d’études d’impact d’IA sur les conditions de travail.

Nous revendiquons l’inscription de l’IA dans l’évaluation des risques professionnels et le financement d’études d’impacts, compte tenu de ses conséquences sur la santé des travailleur·euses.

Vous retrouverez sur les sites de Solidaires et de l’ensemble des structures du matériel détaillant l’arrivée d’IA dans les sphères professionnelles et leur impact sur le travail et notre vie quotidienne.

Solidaires combat les suppressions d’emplois

Les camarades de Solidaires Informatique se sont pleinement mobilisé∙es lorsque la société Onclusive fut l’une des premières à subir massivement des suppressions d’emplois du fait de l’arrivée de l’IA dans leur secteur professionnel. Dans la fonction publique, nous dénonçons les suppressions de postes conséquentes aux déploiement des outils d’IA. La défense de l’emploi et des travailleur·euses est centrale pour Solidaires.

Solidaires débat et s’organise !

Notre organisation syndicale a été l’une des premières à organiser un cycle de débats pour former aux dangers liés à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la sphère professionnelle, mais également sur ses dimensions liberticides, écocidaires et discriminatoires. Ces journées de débats ont mobilisé des camarades journalistes, informaticien·nes, postier·es, agent·es des finances publiques, traducteur·ices… Ils ont été enrichis par les contributions de sociologues, de membres de la Quadrature du Net, de juristes et de militant·es engagé·es contre les dérives d’une société entièrement numérisée. Par ailleurs, Solidaires organise régulièrement des espaces de débat dans ses locaux et sur sa chaîne Twitch, sur l’arrivée de l’IA.

Notre Union est engagée avec d’autres associations, collectifs ou syndicats dans la coalition Hiatus. Cette dernière entend résister au déploiement massif et généralisé de l’IA. Hiatus dénonce ainsi l’inféodation des politiques publiques aux intérêts de la tech, ainsi que les coûts humains et environnementaux de l’IA. Elle porte la revendication d’un moratoire sur les gros data centers.

Solidaires lutte contre l’opacité

Face au manque de transparence, nous mobilisons différents canaux pour obtenir de l’information et notamment tout ce qui a trait à la protection des données via le Règlement Général de la protection des données (AIPD (Analyse d’impacts à la protection des données), délibération de la Commission Nationale Informatique et Libertés, saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs…).

Lutter contre le déploiement capitaliste de ces outils ne se fera pas sans prise de conscience des enjeux de domination, de recherche du profit au mépris des conditions de travail, d’ultra-surveillance des populations, de la destruction environnementale et de réduction des libertés publiques. Aussi, et de toutes les façons possibles, y compris par la grève, notre union syndicale, aux côtés des salarié-es, des agents et des agentes continuera à se mobiliser.

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(re)Penser notre syndicalisme Conditions de travail

Mangeons les riches

Dans Expressions Solidaires : N°113

L’immense majorité de la population peine à boucler les fins de mois, et 35 % des personnes déclarent ne plus faire trois repas par jour. Dans le même temps, les milliardaires s’empiffrent, voyant leurs fortunes s’envoler à des niveaux indécents.

La phrase de Rousseau n’était peut-être pas si saugrenue ? une prophétie ? : “Quand le peuple n’aura plus rien à manger, il mangera le riche.” Car le choix est simple : manger les riches… ou mourir à petit feu !

Et eux que nous serinent-ils avec le patronat dans la presse et sur les plateaux TV ? Qu’on veut trop les taxer ! Qu’ils ont « peur » !

Peur de quoi ? De voir le fruit de notre travail enfin redistribué ? Leur seule véritable inquiétude est que nous nous organisions, que nous nous levions pour aller chercher notre dû ! Les voir paniquer nous conforte dans nos exigences, claires et non négociables :

  • Abrogation immédiate de la réforme des retraites de 2023 : hors de question de travailler plus longtemps pour enrichir les actionnaires !
  • Augmentation générale des salaires et des minima sociaux pour garantir une vie digne pour toutes et tous.
  • De l’argent, et vite, pour nos services publics ! Pour la Sécurité Sociale, l’Hôpital, l’École…

Cessons de sacrifier nos vies pour leur profit !

Le combat est global. Il faut stopper la machine qui fabrique les inégalités et l’oppression. Nous devons nous mobiliser sans relâche contre le capitalisme, qui nous exploite et pille la planète, mais aussi contre le racisme, le patriarcat et toutes les discriminations qui divisent notre camp social.

Nous serons dans la rue le 2 décembre pour nos salaires, le 18 décembre pour la Journée internationale des migrant·es. Nous serons en grève le 8 mars pour les droits des femmes. Nous serons là, à chaque appel, pour faire front.

Pas d’économies sur nos vies !

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(re)Penser notre syndicalisme Luttes antivalidistes

Non au validisme : pour une société inclusive ! 3 Décembre : Journée internationale des personnes handicapées

Publié le 3 décembre 2025

Ce 3 décembre doit être l’occasion de parler du validisme. Le validisme est un système d’oppression qui valorise la norme valide et dévalorise celles et ceux dont le corps, les sens ou les capacités cognitives ne correspondent pas à cette “norme”. Le validisme organise ainsi l’exclusion et la maltraitance des personnes en situation de handicap.
Il opère dans tous les pans de la société.

Un continuum de violences

Le validisme s’inscrit dans un continuum de violences. Comme pour les violences faites aux femmes, on retrouve un continuum de violences insupportables :

  • cela commence par des micro-agressions et l’usage d’un vocabulaire injurieux (“autiste”, “schizo”, “mongol” etc.)
  • cela se poursuit par des humiliations, de la relégation (inaccessibilité des lieux et refus de droit) ;
  • cela peut conduire jusqu’aux violences physiques et à la mort.

Ce continuum est visible dans l’affaire Pormanove. 

La mort de Jean Pormanove, humilié en direct sur une plateforme, est la manifestation cruelle et intolérable de ce système. Ce n’était pas un simple “fait divers” : c’était le résultat d’un harcèlement qui a pu se dérouler parce que notre société tolère le validisme.

C’est parce qu’il a été assigné comme personne en situation de handicap que Jean Pormanove a été ciblé, insulté, méprisé, surnommé « Cotorep ». C’est parce qu’il est un homme handicapé sous curatelle, avec une enfance passée en IME que Stéphane Guy surnommé « Coudoux » est moqué, frappé, piégé (surnommé le « béluga »).

C’est parce que notre société tolère le validisme que ce harcèlement a pu se dérouler sans réaction suffisante de sa part et conduire à la mort de Jean Pormanove.

Le validisme, un impensé politique et social

Les institutions et le monde politique, qui devraient être exemplaires, se montrent bien trop souvent complices de ce système.

  • Les termes validistes sont encore monnaie courante, même chez les ministres. L’utilisation d’un trouble (comme l’autisme) ou d’une déficience sensorielle (comme la surdité) comme insulte contribue à la stigmatisation et au rejet. «On n’est pas sourds, on n’est pas autistes» disait dans le journal de France 2, le nouveau Ministre du Travail, monsieur Farandou le 13 octobre dernier. 
  • Malgré les lois, l’inaccessibilité reste la règle dans le logement, les transports, l’emploi, les formations, les espaces culturels et même, trop souvent, au sein d’organisations militantes.
  • Les personnes handicapées, qui représentent 16 % des Français·e, sont cantonnées au statut de “faire-valoir” et sont exclues des lieux de décision.

Quand l’idéologie d’extrême-droite menace les droits

Plus grave encore, les discours portés par l’extrême-droite proposent d’institutionnaliser cette dévalorisation. En promouvant la “préférence nationale” et en questionnant l’accès aux droits sociaux (comme l’AAH) pour une partie des personnes handicapées, elle renforce l’idée que certaines vies ont une “moindre valeur” et que la solidarité doit être sélective. Ces idéologies nourrissent la haine et menacent la construction d’une société réellement inclusive. 

N’oublions pas non plus l’histoire : sous le régime nazi, l’idéologie validiste a conduit à l’extermination de plus de 200 000 personnes handicapées dans le cadre du programme T4, considérées comme « indignes de vivre ».

Exiger une société pleinement inclusive

Pour Solidaires, le handicap n’est pas un problème uniquement médical, mais avant tout un problème sociétal. La société est organisée par et pour les valides, et c’est ce changement de paradigme que nous devons exiger.

L’Union syndicale Solidaires revendique :

  • L’application stricte des textes internationaux (notamment la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées de l’ONU que la France a ratifié en 2010) et nationaux pour une accessibilité globale (physique, numérique, cognitive) et l’autonomie.
  • Le respect et le renforcement des obligations d’emploi de travailleuses et travailleurs handicapé·es dans les entreprises et administrations.
  • l’inclusion progressive dans l’Éducation nationale des établissements médico-sociaux par le transfert des moyens et des personnels dans l’école publique, en concertation avec les personnels du santé-social, de façon à inclure tou·tes les élèves en situation de handicap au sein d’une seule école ;
  • Des moyens massifs pour les MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées) pour garantir un accès effectif et rapide aux droits (AAH, PCH, etc.).

L’Union syndicale Solidaires refuse une société qui trie et rejette. Notre combat, c’est celui de l’accessibilité partout ! C’est celui du droit au travail, à l’éducation et à l’autonomie, sans conditions ni chantage à la “préférence”.

Le validisme est l’affaire de toutes et tous. Parce que c’est en luttant contre toutes les formes d’oppression que nous construisons une société réellement inclusive, où chacun·e a sa place.

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(re)Penser notre syndicalisme Cycle autogestion

4 novembre : un cycle sur l’autogestion à l’accueil syndical Solidaires 78

Librairie La Nouvelle Réserve, de 17 à 19 h, ouvert à toustes, entrée libre et gratuite

Mardi 23 septembre a débuté un cycle de travail sur l’autogestion dans le cadre de l’accueil syndical de Solidaires 78 à Limay.

Cette première séance avait pour but de déterminer des questionnements communs et des axes de réflexion pour l’année à venir.

Un débat… à l’écrit !

Pour cela, les participantEs se sont appuyéEs sur une pratique d’éducation populaire de débat : les nappes tournantes.

Chaque personne a eu une feuille sur laquelle écrire. Dans un 1er temps, nous avons chacunE noté ce que le mot « autogestion » évoquait, ce que nous savions dessus, les questions que cela nous posait, les critiques et limites que nous voulions formuler, etc.

Il était possible d’écrire des phrases, des mots, de dessiner. Pas de normes imposées.

Au bout de 3-4 minutes, nous avons tourné : chacunE a récupéré la feuille de la voisine ou du voisin pour la lire, y réagir, commenter ou ajouter des éléments.

Nous avons tourné ainsi plusieurs fois afin d’avoir la réaction de tout le groupe sur chacune des nappes tournantes. C’est à partir de ces écrits à plusieurs mains que nous avons pu faire émerger des questionnements et des envies collectives autour de l’autogestion.

Ici, pas de prise de parole interminables de quelques-uns, pas de participation dominante avec toujours les mêmes qui s’imposent par leurs expériences, leurs habitudes militantes, leur « aura ». Chacune et chacun a pu prendre le temps de mûrir sa réflexion, de se confronter à celles des autres, d’y prêter attention, de voir comment ça fait bouger – ou non – ses propres représentations.

C’est une pratique qui permet de se décentrer un peu de soi, de se rendre compte des questionnements et des besoins qui émergent du collectif sur un thème donné.

Nous avons également pu évoquer comment chacunE a rencontré la problématique de l’autogestion, dans le cadre du travail ou du militantisme, par exemple.

Voir l’article

Quels questionnements communs ? Quelles orientations pour un travail syndical sur l’autogestion ?

– est-ce que ça marche ? Quelles expériences d’autogestion ? Plusieurs films ont été évoqués, avec l’idée d’organiser des projections.

– quels sont outils de l’autogestion ?

– c’est quoi un mandat ? quels sont les types de mandats ? Faut-il les contrôler ? Si oui, comment les contrôler ?

– autogestion, anti-hiérarchie : comment tenir sur le long terme face au conditionnement social et politique à vouloir se donner ou être des chef-fes ?

– l’autogestion, c’est pas facile ! Quelles sont les difficultés ? Comment y faire face ?

– travailler sur l’histoire de l’autogestion : d’où ça vient, comment ça s’est traduit dans les mouvements de lutte, dans les entreprises, dans la vie de tous les jours ?

– peut-on tout autogérer ?

– la part individuelle et la part collective dans l’autogestion ; quelle part de responsabilité des individus et du collectif ?

– comment aborder la question du partage des tâches dans l’autogestion ?

– comment mettre en avant la joie et l’enthousiasme qui peuvent naître de l’autogestion ?

Prochaine séance le 4 novembre : on s’y retrouve ?

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(re)Penser notre syndicalisme

Cerises, la coopérative n°73 – octobre 2025

Et maintenant ?

Le coup d’état permanent, avec 49/3 à répétition et gouvernements à l’identique, exprime la difficulté du pouvoir à sortir d’une contradiction majeure : ou bien privilégier les intérêts des détenteurs de capitaux ou bien répondre aux besoins du pays et aux aspirations des citoyens, notamment des jeunes.

Contrairement à leurs protestations de ces derniers jours, les capitalistes peinant à assurer un rythme d’accumulation croissant ne peuvent se développer qu’en abandonnant toute contribution aux biens communs et en pillant les fonds publics destinés aux travailleurs et au pays. Les gouvernements successifs sont incapables de dégager la moindre solution politique, le moindre « compromis » réel, au grand dam des socialistes.

Ce faisant, le pouvoir et les institutions perdent leur crédibilité.
Pour la première fois depuis longtemps, les manifestants mettent en cause directement la responsabilité conjointe du capitalisme et des gouvernements successifs. Ils ne s’arrêtent pas à réclamer des concessions, ils proposent des solutions potentiellement transformatrices : « Taxer les riches » est au cœur de toutes les revendications au-delà de leurs diversités. « Nous ne voulons pas de petits aménagements mais une politique de rupture » déclarent des syndicalistes.
Tout semble montrer qu’audelà de participation et de formes d’action différentes, nous sommes face à une véritable dynamique politique en formation.
Pour être réellement transformatrice, la revendication de justice fiscale qui irrigue le mouvement doit être connectée à l’exigence que la richesse produite par le travail n’aille plus enrichir les actionnaires et gonfler les marchés financiers, mais soit investie dans les services publics, la transition écologique et la réorganisation de l’économie en fonction des besoins réels.
Les partis de gauche restent en deçà de ces nécessités. L’autre enseignement du mouvement, c’est que depuis Nuit Debout et les Gilets jaunes, les citoyens commencent à penser qu’ils sont les mieux placé.e.s pour agir et élaborer des solutions. Ils n’attendent plus les directives. Là encore, la gauche est en deçà. Le moment n’est-il pas venu de s’engager dans la construction d’alternatives concrètes, en évaluant collectivement les besoins et les moyens à mettre en œuvre, commune par commune, entreprise par entreprise, les transformant en lieux d’émancipation, de pouvoir-agir et de vivre ensemble autrement ?

Catherine Bottin-Destom et Josiane Zarka E

https://ceriseslacooperative.info/2025/10/03/journal-doctobre-3/
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