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Dans le privé et le public, un syndicalisme de lutte pour la transformation sociale

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Lettre ouverte du syndicat SUD Télécom IDF

SUD Télécom IDF – 87 avenue de Paris 94800 Villejuif
  01 45 21 97 92 – sudtidf@sudptt.fr

    Samedi 11 avril 2026

Objet : Cession de Globecast, filiale d’Orange

Madame la Députée,

Cette lettre ouverte de notre syndicat SUD Télécom IDF, est rédigée sous forme d’alerte sociale et économique. La direction d’Orange sous la houlette de la Directrice Générale Christel Heydemann dépasse les bornes de l’irresponsabilité en décidant que le groupe devrait se séparer de sa filiale Globecast en ce début d’année 2026.

Il y a urgence à mettre fin à une dérive stratégique qui a commencée avec l’arrivée de la Directrice Générale il y a 4 ans. Le dossier d’information-consultation de la cession de la holding Globecast passe au CSEC d’Orange le 16 avril 2026, présenté par son PDG, Philippe Bernard.

Bien avant la consultation obligatoire des Instances Représentatives du Personnel, l’annonce, bien que parcellaire de la cession a été faite dans les médias (Challenge, Les Échos). Le délit d’entrave ne freine pas les velléités de vente et l’appât du gain de la Direction d’Orange : faire du cash à tout prix pour satisfaire ses actionnaires, quitte à déséquilibrer l’intégrité du groupe Orange et à malmener son personnel, quitte à s’assoir sur la souveraineté de l’entreprise, voire à porter le flanc de la souveraineté nationale aux ingérences étrangères.

Les conséquences négatives de ces annonces précipitées sur la bonne marche de la filiale ne se sont pas faites attendre depuis octobre 2025, pertes de parts de ce marché très restreint, départ de client·e·s, le sentiment de gâchis et d’écœurement du personnel.

Le 19 février, les places financières ont pu assister à un show médiatique pour le lancement du second plan stratégique d’Orange : Trust the future.

Mais la ligne stratégique de la direction d’Orange reste la même depuis quatre ans : faire fructifier les stock-options et autres actions gratuites. Les salarié·e·s en sont toujours les premières victimes, et seront encore présent·e·s dans ce qu’il restera de l’entreprise démantelée, quand la DG, elle, repartira sans état d’âme après s’être enrichie sur son dos.

Mais dans un contexte international tendu, la souveraineté, notamment numérique est mise à mal : assujettissement à des serveurs étrangers, particulièrement états-uniens (Microsoft, Amazon…), asservissement à des constellations satellitaires appartenant à des milliardaires suprémacistes comme Starlink. Il est inacceptable de sacrifier la pépite Globecast : une filiale aux infrastructures complètes, un réseau mondial et un personnel aux compétences rares.

SUD Télécom IDF ne peut se satisfaire du compromis des représentant·e·s de l’Etat au Conseil d’Administration, qui acceptent que la filiale soit cédée, du moment que ce soit un repreneur sous pavillon français. En effet, l’état français détient encore 23% des actions de la maison-mère Orange. Quel manque de mémoire, quand on se souvient qu’Orange, partenaire prémium des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, a réussi à retransmettre ce spectacle qualitativement à 3 milliards de téléspectateurs et téléspectatrices, grâce à sa ressource interne exceptionnelle : Globecast.

Quel manque de lucidité des pouvoirs publics, à notre connaissance, un seul député s’en inquiète. C’est pourquoi, nous vous alertons, représentants et représentantes de la République, il y a urgence à mettre fin à cette manœuvre financière indigne de l’opérateur de télécommunications historique français.

Un réseau et des structures ont été construits en 25 années, sous l’enseigne Globecast. Filiale créée afin de poursuivre les activités historiques de France Télécom qui, depuis près d’un siècle assure les transmissions radio, TV et satellites.

Globecast achemine depuis un quart de siècle, des flux vidéo d’évènements mondiaux : le Tour de France, les JOP (Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris), les Coupes du Monde de football et les retransmissions de l’Elysée etc. C’est un réseau, actif, de 12 téléports satellitaires, 125 000km de fibre, 60 unités mobiles.

Une entreprise française de distribution mondiale de services en médias, fonctionnelle, autonome, dotée de sa propre infrastructure, est en passe d’être dispersée si la filiale est vendue à une entreprise spécialiste de « carve-out » (en français « détourage »). En résumé, une opération de cession à la découpe pour ne retenir qu’une partie des titres ou d’actifs, les plus rentables.

Il est inconséquent d’abandonner cet héritage industriel français, et de disperser son personnel expérimenté.

Parlons-en du personnel, l’éternel oublié, il est grand temps qu’il soit respecté. D’autre part, la transmission des connaissances, de l’expérience et des métiers rares serait irrémédiablement abandonnée avec les emplois supprimés, un véritable renoncement à cette richesse inestimable.

Orange a laissé pourrir la situation de la filiale en recyclant comme PDG notamment, l’ex-DRH Didier Barberot de 2010 à 2016, en procédure juridique depuis 2010, pour harcèlement institutionnel.  C’est dire le peu d’entrain de sa part pour soutenir cette filiale et son personnel pendant 6 ans. Malgré cette entrave, le personnel a pu se ressaisir pour réussir les JOP 2024.

Depuis plusieurs mois, il est laissé dans l’ignorance, l’expectative et le doute, à la suite des annonces médiatiques. Son PDG, Philippe Bernard a certes réuni son personnel, début 2026, mais le dirigeant prétend alors se taire, parce ce serait porter atteinte au “droit des affaires“. Sans aucune empathie pour le personnel plongé dans l’incertitude sur son avenir. Rien d’étonnant à ce digne successeur de Mr Barberot, DRH d’Orange déchu.

Avec ses 489 salarié·e·s (dont 206 en France) et 172 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (dont 88 en France), Globecast représente peu à l’échelle des bientôt 48 milliards de recettes de sa maison-mère. Mais c’est une entreprise qui pèse lourd dans sa branche, réputée à l’international. Seulement, elle a été mise artificiellement en déficit, ce qui ne collerait pas avec les objectifs de rentabilité du groupe Orange.

Un salarié de Globecast témoigne : 

« Aucun effort pour garder les clients historiques : ni de plan après la fermeture du site historique d’Archives à Paris, ni de garantie financière. Les effets d’annonce de sa cession par Orange depuis plusieurs mois provoquent le rejet de fait des appels d’offre. Après lui avoir saboté le marché de l’événementiel, Orange prétexte que Globecast n’est plus rentable.

Il reste encore 38 fonctionnaires chez Globecast France. La gestion du personnel est délétère : on le pousse à partir, on remplace son directeur technique par un Américain ne parlant pas un mot de français et nous obligeant à tout faire en anglais !!!

Les CDI formés sont incités à quitter Globecast pour rejoindre la maison-mère Orange. Les alternants et des CDD partent dès qu’ils commencent à maitriser le boulot. Lorsqu’il y a un incident, on blâme l’opérationnel sans se dire que la gestion humaine est calamiteuse. Combien de DRH en 5 ans ? Je ne les compte plus !

L’enjeu serait aussi de garder des activités au sein du groupe pour ne pas devenir dépendant d’une autre entreprise, voire celui d’une entreprise suisse, allemande ou luxembourgeoise. Le dernier repreneur envisagé serait un liquidateur français. »

Quant à l’atteinte à la souveraineté nationale, la directrice générale d’Orange semble oublier que le téléport de Sainte Assise en Seine-et-Marne, héberge le centre de transmission de la Marine Nationale, une infrastructure classée « secret défense ».

Le réseau de Globecast est également étroitement imbriqué avec celui de l’armée française. Il serait préjudiciable de briser l’intégrité de ces réseaux entremêlés.

En conclusion : le désengagement en cours de Globecast, la filiale spécialisée dans la retransmission de flux et de contenus, est un abandon d’infrastructures existantes dans la diffusion, notamment satellitaire. Orange se passerait de réseaux terrestres, mais aussi d’équipements de téléports satellites. Outre le scandaleux montage financier en ce début d’année 2026, la perte d’influence mondiale pour le groupe entier serait également une ineptie de la direction d’Orange. Pour reprendre son slogan publicitaire : “Orange ne serait plus là” lors des grands évènements sportifs à venir.

Il est temps de mettre un terme au saccage du groupe Orange. Le groupe doit investir dans Globecast plutôt que de céder cette précieuse ressource interne.

Freddy Bruneel

Secrétaire de SUD Télécom IDF

06 71 21 44 23

sudt78@orange.fr

sudtidf@sudptt.fr

https://sud-telecom-ile-de-france.frama.io/
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